L’association entre le cinéma et l’opéra n’a jamais été une simple affaire. Puristes et détracteurs ont toujours revendiqué leur scepticisme face à l’arrivée de l’opéra sur grand écran. Pourtant, l’opéra s’est peu à peu imposé dans les salles obscures. Etat des lieux des liens entre art lyrique et Septième art.Dossier réalisé par Edouard Brane
En 2003, le chef d’orchestre Antonio Pappano propose à Benoît Jacquot (qui a réalisé en 2000 le film-opéra Tosca) de mettre en scène Werther de Jules Massenet à Covent Garden. Un spectacle repris en 2010 à l’Opéra de Paris.
Il est des réalisateurs français qui osent et qui expérimentent.
Benoît Jacquot est de ceux-là. Avec
La Fille seule, il filme quelques instants de la vie d’une femme caméra au poing. Avec
La Fausse Suivante, il réinvente une manière de filmer le théâtre, il signe aussi bien dans des films d’époque soignés (
Sade ou
Adolphe) que des films contemporains tournés en DV comme
À tout de suite.
Vu son goût pour le romantisme et les destins tragiques, il n’était pas étonnant de le voir mettre en scène pour le cinéma
Tosca de
Puccini. Soucieux d’y montrer l’envers du décor, son film mélange répétitions, repérages et scènes filmées :
"Je me demande toujours où est le scénario dans mes projets. Quand on fait un film, le scénario perd rapidement de sa valeur face aux images qui le remplacent. Quel est l’équivalent d’un scénario à l’Opéra ? C’est la musique. Et pour travailler dessus, il faut, comme le définit Rousseau dans son dictionnaire, avoir l’œil dans l’oreille."
En 2004, il accepte de mettre en scène à l’opéra londonien de Covent Garden
Werther de
Jules Massenet. Le succès est au rendez-vous, et
Benoît Jacquot saute donc sur l’occasion quand l’Opéra de Paris lui propose en 2009 de venir présenter sa production en France. Sa mise en scène est à l’image de ses films : sobre et aux décors romantiques. Nous l’avons rencontré lors de ses répétitions...