Rencontre avec Michael Lonsdale : 4 visages de prêtres
Par Thomas Imbert ▪ vendredi 31 janvier 2014 - 19h00

Tout au long de son impressionnante carrière, Michael Lonsdale, monstre sacré du cinéma français, a de nombreuses fois consacré ses rôles à un thème qui lui est cher : celui de la religion. Alors qu'il incarne à nouveau un prêtre dans "Le village de carton", en salles cette semaine, retour sur cet étonnant parcours à travers les yeux de 4 hommes d'églises... (Thomas Imbert)

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© Mars Distribution

 

Toujours respecté, souvent admiré, mais pourtant jamais encore récompensé jusqu'en 2011, Michael Lonsdale voit enfin sa carrière couronnée d'un César du meilleur second rôle masculin et d'une aventure particulière.

 

Des hommes et des dieux de Xavier Beauvois, et avec Lambert Wilson, retrace les derniers jours des moines de Tibhirine, enlevés et massacrés en Algérie en 1993. Du propre aveu de nombreux membres de l'équipe du film, Michael Lonsdale en tête, il ne s'agissait pas d'un tournage comme les autres.

 

Ayant revêtu pour l'occasion la bure de Luc, frère convers médecin, l'acteur évoque son personnage avec une affection particulière...

 

"J'avais l'impression que ce n'était pas moi qui parlais quand je disais ces paroles."

 


Pour vous, quel genre d'homme était frère Luc ?

C’est un saint homme. Il a accompli ce que le Fils demande : "Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime." Et il aimait les êtres humains, ce n’était ni parce qu’ils étaient algériens, ni musulmans. Les êtres humains, tout simplement. C’est un modèle de bonté. Et puis c’est un homme qui me plait bien parce qu’avant de s’endormir, il lisait aussi bien le Canard Enchainé que l’Equipe ou que Schopenhauer. Il était très cultivé. Au bout de 20 ans, on lui a dit qu’il pouvait passer de frère convers (qui s’occupe de l’entretien de la maison, du menage) à prêtre, et il a dit qu’il ne pouvait pas, parce qu’il était dans sa clinique de 7h du matin à 10h le soir. Il assistait rarement aux offices.

 

© Mars Distribution

 

 

Quelle était l'atmosphère sur le tournage du film, vos relations avec les autres comédiens ?

 

Ça a été merveilleux parce qu’on avait demandé aux comédiens d’aller passer une semaine chez les cisterciens pour apprendre leur mode de vie. La règle c’est d’avoir 5 prières par jour. On se retrouve, on chante, on prie. Et sur les 6 comédiens sollicités, il y a 3 qui ont accepté et les autres qui pensaient avoir affaire à des vieux bonhommes qui allaient leur faire la morale… Je ne sais plus qui leur a parlé mais ils ont fini par accepter. Et ils n’ont pas regretté parce que les moines n’étaient d’abord pas des vieux bonshommes, et puis ils les ont accueillis merveilleusement. Ils se sont mis à 4 pour leurs expliquer comment tout fonctionnait. Et le jour où ils sont venus tourner et qu’ils ont revêtu ce costume de moine, ils étaient changés. D’habitude on se marre beaucoup, on rigole, on dit des conneries sur les tournages. Et puis là, pas du tout. Ils étaient impressionnants. Ils ne pouvaient pas commencer à faire les idiots avec ce costume.

 

© Mila Deth / Allociné

 

C'est pour ce film que vous avez reçu le premier César de votre carrière. Qu'avez-vous ressenti à ce moment-là ?

J’ai pris ça un peu à la blague. J’ai dit : " Ah, coquin, te voilà enfin, il était temps !" et j’ai raconté l’histoire de Strasbourg. Ça a fait rire tout le monde. C’était bien, il fallait prendre ça à la légère. Je ne cours pas après les prix. J’avais été nommé pour plusieurs films avant, il y avait eu "Monsieur Arnaud", "La Question Humaine", je crois. J’ai donc reçu un César. Je n’aime pas les sculptures mais enfin, c’est là (rires). Non, c’était un bon moment, quoi.

 

Parmi tous les hommes d'église que vous avez incarnés, lequel vous correspond le plus, vous semble le plus juste ?

C’était au théâtre, lorsque j’ai joué Saint Séraphin de Sarov, ce grand prêtre mystique du siècle d’avant. J’avais l’impression que ce n’était pas moi qui parlais quand je disais ces paroles. Et avec frère Luc, c’était pareil. Je n’avais pas l’impression que c’était moi qui jouais.

 

 

La bande annonce de "Des hommes et des dieux"...


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Commentaires

  • Le Nouveau Cin?phile

    Très bon dossier, un grand acteur avec de grands rôles, et il est vrai qu'il joue merveilleusement les prêtres. Cela dit, un détail: Frère Luc n'était pas un prêtre, mais un moine cistercien, un "frêre convers" comme on dit dans les monastères; mais c'est un léger détail.

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