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Interview : "La Petite prairie aux bouleaux"
18 nov. 2003 à 19:05
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Rencontre avec Marceline Loridan-Ivens, réalisatrice du drame "La Petite prairie aux bouleaux" avec Anouk Aimée, en salles depuis le 12 novembre.

Palme de l'émotion et mention spéciale du dernier Festival de Saint-Jean-De-Luz, La Petite prairie aux bouleaux, en salles depuis le 12 novembre, met en scène le retour d'une rescapée des camps de concentration (Anouk Aimée) sur le lieu où, adolescente, elle connut l'enfer de la barbarie nazie... Signant ici son premier long métrage de fiction, sa réalisatrice Marceline Loridan-Ivens a derrière elle une longue expérience de cinéma : âgée de 75 ans, la cinéaste a été la femme et la compagne de route de Joris Ivens pendant trente ans. Déportée elle-même à l'âge de 15 ans, Marceline Loridan-Ivens a mis plus de dix ans à concrétiser La Petite prairie aux bouleaux, menaçant de recourir à la grève de la faim si on l'empêchait de tourner le film dans la véritable enceinte de Birkenau... Ce qui est loin d'avoir éteint son énergie puisqu'elle a en projet un nouveau long-métrage sur la résurgence de l'antisémitisme en France. Rencontre.

AlloCiné : Faire ce film vous a demandé une longue gestation. Comment se replonge-t-on dans un passé aussi douloureux ?
Marceline Loridan-Ivens : On ne s'y replonge pas car c'est quelque chose qu'on subit tout le temps. Ce passé-là, tout l'évoque : les trains, les cheminées d'usine... Je me souviens qu'après la guerre, je ne pouvais pas entrer dans une teinturerie, à cause de l'odeur. De même, je ne supporte pas les enterrements où les gens se font incinérer. Faire le film m'a donc demandé un immense travail sur moi. Il faut réapprendre à parler de quelque chose dont on n'a presque jamais parlé. Ca ne peut se faire que par étapes. Il faut retourner à Auschwitz plusieurs fois et chercher comme une folle ce qu'on a consciemment ou inconsciemment oublié...

Vous venez du cinéma documentaire, pourquoi avoir choisi la fiction pour évoquer votre histoire ?
La fiction vous donne des moyens plus puissants que le cinéma documentaire. Je voulais traiter ce sujet à travers les émotions d'une femme, et seul un acteur peut aller au fond de ces émotions grâce à la richesse de ses expressions et de sa personnalité. J'ai pensé à tous les films qui s'étaient faits sur le sujet et je voulais aller au-delà du témoignage, c'est-à-dire transmettre l'indicible. Ce que seuls des comédiens savent faire. Plutôt que de choisir le discours, j'ai choisi l'esquisse des émotions d'une femme.

Comment avez-vous convaincu Anouk Aimée de vous suivre dans cette aventure ?
Anouk a tout de suite accepté après la lecture du scénario : j'étais enchantée parce qu'elle était vraiment le personnage. De plus, ses origines font qu'elle était plus impliquée que n'importe quelle autre actrice, car elle a aussi perdu de la famille dans les camps. Moi j'y ai perdu quarante-cinq personnes, dont mon père.

Comment s'est passé votre premier retour à Birkenau ?
Il m'a fallu beaucoup d'années pour y retourner. La première fois en 1991. Le Festival de Cracovie m'avait invitée pour présenter le dernier film de Joris Ivens, Une histoire de vent, et il était hors de question pour moi d'aller en Pologne sans retourner à Birkenau. La confrontation de ma mémoire avec ce lieu a été extraordinaire : j'avais tout dans la tête, du moins tout ce que je connaissais. Le lieu était resté intact dans ma mémoire. J'ai alors ressenti une force grandissante en moi qui m'obligeait à faire ce film. (...) J'ai 75 ans et il faut laisser des traces de cette expérience, la montrer aux autres générations d'une autre manière. Mais ce film, je l'ai fait aussi pour mon père, pour Joris, car je lui avais promis de le faire, et pour mes compagnes. Leur avis était primordial pour moi. Simone Veil a dit : "c'est le seul film qui soit notre film".

Dans le film, votre personnage s'approprie le lieu, elle barre la mention "Museum" sur un panneau pour la remplacer par "Camp"...
J'ai voulu désacraliser ce lieu, parce que ce côté muséum m'est insupportable. Je ne supporte pas Auschwitz, car ils y ont planté des arbres. A Birkenau, les Allemands ont brûlé les crématoires avant de partir en janvier 1945 et les Polonais ont détruit les baraques pour récupérer les planches. Et puis, il n'y a plus les cris des Kapo... Cela ne ressemble plus au lieu dans lequel j'ai souffert mais en même temps c'est le même lieu. Peut-être que dans dix ans ça sera pire. Pour l'instant, il y a un certain respect de Birkenau. Il y a encore le sentiment de la chose. Mais que vont-ils en faire ? Ces scènes ont un sens de désacralisation par rapport à notre propre mémoire et l'insupportable de ce qu'on en fait.

A-t-il été difficile de convaincre les autorités polonaises de tourner là-bas ?
La Petite prairie aux bouleaux est le premier film de fiction tourné dans l'enceinte du camp. Obtenir l'autorisation ne fut pas facile, mais je leur ai dit que j'étais prête à m'enchaîner à la grille sous la fameuse devise "Arbeit macht frei" ("Le travail rend libre") et à faire la grève de la faim pour l'obtenir. Ils ne pouvaient pas m'empêcher de le faire. Là-bas, je suis chez moi.

Vous teniez beaucoup à la confrontation entre Myriam et Oscar, ce jeune Allemand qui se sent coupable des méfaits de son grand-père SS...
Mon souhait n'était pas de véhiculer un message, mais cette confrontation est aussi une mise en garde : il faut apprendre à vivre ensemble, accepter nos différences et s'écouter. J'ai présenté le film au Festival de la Roche-sur-Yon. A la fin de la séance, un homme est venu vers moi et m'a dit : "J'ai besoin de parler avec vous, car je suis l'Oscar de votre film. J'ai découvert il y a peu que mon père avait été dans la Gestapo. On le cachait dans notre famille..." On sentait son humiliation et sa tristesse. Il voulait écrire un livre. Je lui ai dit : "Cherchez, allez loin dans votre quête. Rencontrez les gens qui l'ont condamné, cherchez ce qu'il a fait. Mais surtout ne vous sentez pas coupable, ce n'est pas de votre faute. Votre tâche à vous, c'est d'essayer de comprendre et de transmettre. Mais ne souffrez pas, ne prenez pas cette culpabilité..."

Votre mari, Joris Ivens, vous- a-t-il porté pour faire ce film ? Quels conseils vous donnait-il ?
J'avais demandé à Joris quels conseils il donnerait à un jeune réalisateur et il m'a répondu : "Je lui dirai qu'il faut prendre tous les risques. Il n'y a qu'avec tous les risques qu'on fait ce qu'on veut". Mais la plus grande leçon de cinéma qu'il m'ait donné, c'est d'apprendre à être un bon chef d'orchestre. Il faut savoir diriger un groupe, s'assurer que tout le monde joue sa partition et donne le meilleur de sa créativité. Il me disait : "si quelqu'un a une idée meilleure que la tienne, prends-la. C'est un cadeau qu'il te fait". C'est important aussi d'unir le groupe et c'est pour cette raison que j'ai commencé le tournage à Birkenau. Ce lieu, c'est l'enfer, mais il pouvait aussi nous faire un cadeau formidable. Ce lieu m'avait pris toute mon énergie au moment de mon adolescence et je suis venue la lui reprendre au moment de ma vieillesse.

Propos recuillis par Yannis Polinacci et Frédéric Leconte



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