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"Comment tu filmes ?" : Bertrand Blier répond à Allociné
26 oct. 2005 à 07:01
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A l'occasion de la sortie ce mercredi de "Combien tu m'aimes ?", Bertrand Blier revient pour Allociné sur quelques-unes de ses obsessions, et tord le cou à certaines idées reçues sur son cinéma.

Blier et les femmes
Je ne me suis pas dit à un moment : "Tiens, je vais faire des films de femmes", mais je crois que les hommes ont commencé à m'ennuyer, que je n'avais plus grand-chose à dire sur eux. C'est peut-être aussi une question de pudeur : avant, j'avais du mal à investir, en tant qu'auteur, sur les femmes, alors qu'aujourd'hui c'est ça qui me plaît. Mais il y a quand même toujours eu des femmes dans mes films. La petite jeune fille dans Beau-père avait par exemple une importance énorme, je pourrais citer aussi Préparez vos mouchoirs. Simplement, à mes débuts, je parlais des femmes à travers mes héros masculins, maintenant j'en parle plus directement. Combien tu m'aimes ?, je l'ai construit autour de Monica Bellucci, et même le plus près possible d'elle, un peu comme un soutien-gorge... J'avais déjà le postulat de départ, et l'idée de Bernard [Campan] pour le rôle masculin. Je l'ai appelée après l'avoir vue dans Irréversible, où elle m'avait impressionné.

Blier et la prostitution

Il y a toujours des choses à dire sur ce thème-là. On pourrait faire toute une oeuvre sur les putes. Moi, je n'ai fait que deux films sur dix-huit. Ca va, c'est pas encore la grande maladie (sourire). Je savais que Combien tu m'aimes ? serait très différent de Mon homme : dans ce film, il était surtout question de souffrance, le personnage de Marie se disait heureux mais on n'y croyait pas. Tandis que là, on y croit. Et puis, il y a une différence de physique : Anouk [Grinberg], c'était un petit oiseau, alors que Monica, c'est une femme triomphante.

Blier et les actrices

Sur le tournage de Combien tu m'aimes ?, celle qui m'a fait penser à Anouk, c'est Sara Forestier : même gabarit, même côté populaire. Et puis, comme Anouk, c'est une fille qui peut jouer dans tous mes films : de la même manière qu'Anouk Grinberg aurait pu être dans Les Valseuses, Sara aurait pu être dans Mon homme. C'est curieux, d'ailleurs, pour un réalisateur, d'avoir comme une famille. Il y a des gens qui sont faits pour travailler dans mes films, et manifestement, Sara Forestier en fait partie. Je pourrais lui faire jouer la fille de Miou-Miou, par exemple. Ce serait cohérent, elles parlent la même langue.

Blier et la provoc'

Il n'y a aucune provocation dans ce film, puisqu'il s'agit d'acheter une pute. Si j'avais choisi comme postulat : on achète une mère de famille qui pousse un landau dans la rue, et on lui propose 10 000 euros par mois, là, ce serait de la provoc. Mais quoi de plus naturel que d'aller trouver une pute, qui vend ses charmes dans un bar, et de lui proposer un fixe, un bon salaire ? Où est le problème ? Il n'y en a pas. Si, il y en a un, un seul : le mac. D'ailleurs, énormement de prostituées se marient avec un client. Je ne parle pas des malheureuses qui traînent dans les rues, mais de celles qui sont installées. C'est leur rêve. Vers 40-45 ans, elles épousent un client auquel elles se sont attachées, ou alors elles partent en province épouser un notaire.

Blier et les hommes
Les hommes ont toujours été inférieurs aux femmes dans mes films, mais ça n'a pas toujours été perçu par les gens, sans doute à cause d'une tendance de la société à épouser, ou plutôt à faire semblant d'épouser, les causes féministes. Attention, il y a des causes féministes qui sont très justes, évidemment, comme l'égalité des salaires. Mais certaines causes me font quand même bien rigoler... Pour revenir au film, le personnage de François n'est pas si fragile qu'il n'en a l'air. Il manipule, il est malin. Et puis surtout, il a une qualité formidable, c'est qu'il va au bout de son attirance pour cette fille, il est courageux, il joue sa peau. Il a un camp de base, et puis il grimpe, il pitonne. Et finalement il arrive en haut.

Blier et le bonheur
Combien tu m'aimes ? est un film plutôt optimiste. Les bases de l'histoire sont assez désespérées, mais sur ce désespoir, on construit un bonheur. Aller acheter une femme, c'est quand même affreux, il faut bien le dire. Je regrette un peu de ne pas avoir traité cet aspect-là. Mais de toute manière, quoi qu'on fasse, on a toujours des regrets.

Blier et la musique
C'est ma passion. Ce qui est délicat avec la musique de film, c'est qu'il faut la trouver le plus tôt possible. L'idéal, c'est d'avoir, pendant l'écriture du scénario, ce que j'appellerais un "interlocuteur" musical. J'ai des stocks de disques, j'ai quasiment tout, en tout cas en classique et en jazz. J'en achète tout le temps. Donc dès le début de l'écriture, je cherche, je tâtonne. Mais attention, il faut avoir une raison pour choisir telle musique. Là, il y en a une. C'est l'Italie. La volupté de la musique colle avec le corps de l'actrice, et avec sa nationalité.

Blier et la mort

Dans ce film, c'est Jean-Pierre Darroussin qui incarne la Mort, et pourtant c'est un homme. On lui mettrait une perruque, il ferait une Mort extraordinaire. C'est vrai que mes films précédents se terminaient souvent par la mort d'un personnage. Dans le temps, on mourait au cinéma... (sourire). C'était beau, d'ailleurs. J'aime bien quand ça finit mal. Mais aujourd'hui, étant donné la morosité ambiante, les gens ont besoin de films qui se terminent bien, il faut en tenir compte. Sur Les Valseuses, on avait tourné une fin différente, qui était très bonne. C'était celle du livre : ils étaient en voiture, et ils perdaient la roue. Ils voyaient la roue partir devant, et ils disaient : "Mais elle est à qui, cette roue ?""Eh ben, c'est la nôtre !" Et là, ils se foutaient en l'air dans le précipice, la voiture brûlait. C'était une fin parfaite, que j'ai tournée. Mais on a montré le film à un distributeur américain très important de l'époque, avec une traduction simultanée dans l'oreille. En sortant, il a dit : "J'achète le film." C'était fantastique. Et il a ajouté : "Mais il faut couper la fin. Les deux garçons sont trop sympathiques." J'ai dit "D'accord, OK, it's OK !" (rires). On est allé au montage, on a changé la fin, on a remixé, et ils ne meurent plus. Mais ça n'a aucune espèce d'importance, il ne m'est jamais venu à l'idée de remettre cette fin sur le DVD par exemple. Le film est comme ça, les gens qui veulent connaître l'autre fin n'ont qu'à relire le livre.

Blier et l'échec
Les Côtelettes, ça n'a pas plu. Et quand ça ne plaît pas, faut pas chercher à comprendre, faut faire autre chose. Il ne faut pas perdre de temps comme Jean-Jacques Beineix, qui, quand il se prend un échec, reste trois ans à réflechir... Non, il faut enchaîner. La vie est faite d'échecs. C'est comme en amour : si une fille ne veut pas de vous, on va voir à côté, plutôt que de passer deux ans à se lamenter.

Blier et le réalisme
Il y a dans mes films une désorganisation générale, qui n'est pas sociale, mais qui est ma désorganisation d'auteur. Quand je tourne, je ne m'intéresse pas beaucoup au réalisme. Le cinéma n'est pas là pour respecter les considérations domestiques ou autres. On s'en fout, c'est comme en musique. On parle souvent de l'aspect théâtral de mes films, mais je ne suis pas d'accord avec ça. C'est en fait un aspect littéraire, lié au fait que les dialogues sont extrêmement travaillés, même s'il s'agit d'un parler populaire. J'ai fait du théâtre, et j'ai vu la différence. Il y a autre chose dans mes films qui peut faire penser, à tort, au théâtre, ce sont les regards-caméra. J'y ai souvent recours, et en cela, je suis fidèle aux premiers grands metteurs en scène comme Chaplin. Chez lui, tous les acteurs jouent face caméra, il n'y a pas de champ-contre-champ. Il avait raison, on n'a jamais fait mieux. Souvent, je dis à l'acteur : "Tourne-toi face caméra !". Et s'il me dit : "Mais mon partenaire me parle dans mon dos...", je lui réponds : "Et alors ? Tu t'en fous, c'est pas lui qui te regarde, c'est la caméra."

Propos recueillis le 21 octobre 2005 par Julien Dokhan



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