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    Jim Carrey : confessions d'un braqueur

    Le cinéma, la vie, l'argent, : à l'occasion de la sortie de la comédie "Braqueurs amateurs" ce 22 févrer, Jim Carrey se livre pour AlloCiné...

    AlloCiné : "Braqueurs amateurs" est un remake. Y-a t-il un film, parmi ceux que vous avez tourné, dont vous aimeriez voir le remake ?

    Jim Carrey : Que quelqu'un d'autre ferait ? Je crois qu'ils l'ont déjà fait avec Dumb and dumber. J'ai déjà vécu ça...

    Vous n'avez pas aimé ?

    (Rires) Si ! (Rires) Mais c'est un peu comme si on avait pillé ma tombe alors que j'étais encore vivant. C'était très étrange. Un peu comme être Elvis Presley à Las Vegas. Très bizarre.

    Tea Léoni dit de vous que vous êtes le roi des interviews. Qu'est-ce qu'elle entend par là ?

    Téa a vraiment dit ça ? (Il prend un air important) Vous savez, j'ai une certaine intelligence, je suis quelqu'un de présentable, donc oui, j'assure en interview ! (Il prend un air solennel) Je suis très attaché au film. J'en suis le producteur, et je crois que c'est un très bon film. C'est quelque chose de très difficile à dire quand vous n'aimez pas le film : ça ne m'est pas arrivé souvent, mais dans ce cas-là vous vous concentrer très fort pour paraître positif. Mais Braqueurs amateurs me semble être un bon film, et je crois que les gens l'aimeront.

    Dans le film, vous vous improvisez braqueur. Vous avez déjà volé quelque chose ?

    Oui, j'ai volé quelques trucs. Quand j'étais plus jeune, nous allions dans les champs du voisin pour lui voler du maïs, et nous le faisions bouillir. J'ai pas mal suivi mon grand frère étant plus jeune, et il faisait plein de trucs insensés. Il avait trois ans de plus que moi et il traînait avec un gars vraiment méchant qui a fini par épouser ma soeur et qui fait donc toujours partie de la famille. C'est devenu quelqu'un de bien, mais c'était un délinquant dans le temps. Ils s'introduisaient dans l'école et volaient l'argent de la cantine ou vandalisaient les locaux. Des trucs vraiment dingues. D'autres fois, ils pénétraient dans les maisons de personnes en vacances, mais ils ne volaient rien : ils se contentaient de faire la fête, de manger et d'écouter de la musique. Et puis ils repartaient... Et j'étais souvent du voyage.

    Dans le film, vous vous essayez à plein de boulots pour essayer de vous en sortir. Quel est le travail le plus étrange que vous ayez fait avant d'être comédien ?

    J'ai travaillé sur des chantiers au Canada en plein hiver. Ce n'est pas le travail idéal quand il fait moins 20 degrés et que vous vous éclatez le doigt avec un marteau ! Déjà, ce n'est pas forcément agréable de se taper sur les doigts, mais par moins 10 ou moins 20, ce n'est pas génial. Sinon, à un moment donné, quand ma famille est passé en dessous du seuil de pauvreté, je travaillais 8 heures par jour comme gardien dans une usine, après les cours. Je n'étais pas vraiment heureux. J'étais même très énervé, parce qu'il y avait des clans au sein-même de l'usine. Les différents groupes ethniques se détestaient, et certains portaient même des couteaux et cherchaient à provoquer des bagarres. Ils me laissaient souvent des petits cadeaux dans l'évier à la fin de la journée : des excréments. C'était difficile. Ce n'était pas drôle et en même temps, j'en ai retiré plein de choses pour la comédie. Tout ce qui vous arrive de dur dans la vie est un outil pour un comédien. Mais je ne crois pas que vous y pensiez sur le moment : ce serait sympa de pouvoir se dire, quand vous avez été étripé et que votre coeur est jeté en pâture aux mouettes, je vais en tirer quelque chose de bon un jour, je vais réutiliser ça !

    Après être passé par tout ça, pensez-vous que les acteurs hollywoodiens méritent de tels salaires ?

    Je crois que c'est lié à l'argent qu'ils rapportent aux studios. Si vous travaillez dur, que vous travaillez sur le film durant trois mois en amont du tournage, que vous réécrivez entièrement le script, que vous jouez dedans, que vous aidez à le vendre et que le studio engrange 500 millions de dollars, vous méritez vos 20 millions. Oui, c'est vraiment beaucoup d'argent, mais si quelqu'un récolte un demi-milliard derrière, c'est mérité. Après, ce n'est pas comme si je gardais tout pour moi. Je donne beaucoup. Pour construire des ponts, des routes, des éclairages publics... Et puis des causes plus personnelles.

    Quelles causes ?

    J'ai une vraie philosophie vis à vis de la charité, et j'ai donné à chaque fois que j'estimais cela nécessaire. Je le fais de façon réfléchie, car je trouve que c'est très dangereux de donner pour de mauvaises raisons. Si vous le faites pour avoir un autocollant sur votre pare-brise, ce n'est pas bien. Cela devient assez troublant. Par exemple, j'ai donné un million de dollars pour le 911, et j'ai fait un communiqué de presse, simplement pour inciter d'autres gens à faire comme moi. Même si je pense que ma raison première pour donner cet argent était la bonne, tout cela m'a embrouillé. Est-ce que j'ai fait cela pour de bonnes raisons ? Est-ce que j'ai fait cela pour me faire remarquer ? Désormais, je ne veux plus me prendre la tête avec ce genre de choses. Mais je continue à beaucoup donner. Seulement, je le fais un peu comme un leprechaun, une fois la nuit venue.

    Craignez-vous un jour de perdre cet argent et d'être pauvre à nouveau ?

    Vous savez, le monde peut changer d'ici demain et l'argent ne plus être aussi important à nos yeux. Je n'ai jamais eu peur de la pauvreté, même quand j'ai vécu des moments difficiles. J'étais juste furieux contre le monde entier de ce qu'avait vécu mon père. Il était triste mais moi ça allait. J'étais juste énervé pour ça. Sinon, j'ai toujours su attendre les bonnes choses. J'ai rendu ma première femme dingue avec ça, car quelques jours avant que ne tombe le loyer, on ne savait pas où trouver l'argent. Et je lui disais "ca va aller, on va trouver". Et à chaque fois, un chèque tombait du ciel au bon moment. J'ai toujours eu la foi, je savais que ça finirait par tomber. Et ça a toujours marché.

    Est-ce parce que vous avez un petit Bouddha en vous ?

    (Rires) Peut-être un peu, oui. Bouddha, Jésus, Krishna et tout autre divinité qui passe dans le coin.

    Dans quelle direction allez-vous aller désormais, spirituellement parlant ?

    Vers le haut j'espère ! (Rires) Vous savez, je vois la vie comme une expérience. Je vis ces expériences avec la nourriture, la méditation, en faisant de l'exercice, en faisant des activités que j'aime. Je vois tout ça comme une expérience immense, et j'ai toujours vécu la vie de cette façon. Maintenant, j'essaye d'aller vers plus de clarté. Parfois, je m'assois sur le canapé, chez moi, la nuit, et je commence à éprouver un sentiment désagréable que je n'essaye pas de combattre, car de l'autre coté il y a un peu de bonheur. Dans cette société, nous sommes comme programmés pour éviter ce genre de sentiments mais moi je n'ai pas peur d'y faire face. Peut-être que j'ai de grandes ambitions mais je désire avoir une bonne âme.

    Parmi vos films, quels sont ceux que vous préférez ?

    C'est un peu comme Le Choix de Sophie ! (Rires) Je les considère tous comme mes bébés. Je les aime tous. Mais Eternal Sunshine of the Spotless Mind reste une expérience très spéciale à mes yeux. J'ai adoré parce que nous faisions quelque chose de différent. The Truman Show était génial également !

    Quel est votre prochain projet ?

    The Number 23. C'est un projet qui m'est tombé dessus un peu par hasard. J'ai toujours été obsédé par le nombre 23 : je l'ai cherché constamment durant des années, que ce soit dans les plaques d'immatriculations, les dates de naissance... Là par exemple, je ne vais pas me mettre à compter combien de gens se trouvent dans la pièce mais je pourrais le faire ! Il y a quelques années, j'en ai parlé à quelqu'un qui m'a donné un livre, The 23rd Sum, et tout a commencé comme ça. Depuis, j'ai changé le nom de ma société en "JC 23". Pour moi, vivre avec le 23 Sum, c'est comme vivre sans peur, en sachant que quelqu'un veille sur vous. J'ai trouvé que c'était parfait pour moi. J'expliquais tout ça à quelqu'un quand ils m'ont parlé d'un scénario, The Number 23, qui était tellement émouvant et intéressant que je devais le tourner. Je l'ai transmis à l'un de mes amis et il l'a lu en une heure et demie. Quand je suis revenu dans la pièce, il m'a montré la page 23 où il avait entouré les 23e mot de chaque phrase ! C'est ce que ce bouquin provoque chez vous. Et je voudrais faire partager ça aux spectateurs, leur faire prendre conscience de toutes ces choses. C'est comme cela que je gère ma carrière : quelqu'un me parle et je suis le mouvement.

    Quand un nouveau talent émerge et qu'on le nomme "Le Nouveau Jim Carrey", qu'est-ce que cela vous inspire ?

    Je suis le nouveau Jim Carrey. Tous les sept ans, vos cellules sont remplacées, donc je suis nouveau ! Sinon, je trouve ça cool. Une chose vraiment géniale, c'est quand des gens me disent que leurs enfants regardent The Mask en boucle. Alors je me dis que ce sera cool quand j'aurais 80 balais et que des gens de 40 ans viendront me voir en me disant "Mec, t'étais le héros de mon enfance ! Je t'ai regardé tous les jours !" C'est quelque chose que j'attends avec impatience ! Il y a de grands comiques qui émergent de nos jours. J'adore Vince Vaughn, Dave Chappelle, Chris Rock et Will Ferrell. J'adore Will Ferrell, vraiment. J'aimerais faire un film avec lui. J'ai participé au Saturday Night Live et j'ai fait un sketch avec lui, où je jouais un maître nageur. Il est vraiment marrant. Et puis je vais faire un film avec Ben Stiller également (Used guys; NDLR), et je suis très impatient. C'est un projet très drôle, situé dans un univers parallèle où les femmes ont pris le contrôle du monde et où les hommes sont vendus comme des voitures. Ben et moi jouons des modèles obsolètes : lui, c'est le gars sympa qui ne fait jamais rien d'offensant et qui est à l'écoute des femmes. Moi, je suis le mannequin qui les tient éveillées toute la nuit.

    Propos recueillis par Emmanuel Itier à New York le 4 décembre 2005

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