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"Mon Frère est fils unique" : rencontre avec Diane Fleri
12 sept. 2007 à 05:00
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Dans "Mon frère est fils unique", deux frères s'opposent mais aiment la même femme, Francesca. Rencontre avec Diane Fleri, objet de leurs tourments et véritable révélation du film.

AlloCiné : Pouvez-vous nous expliquer le titre du film ?
Diane Fleri : Mio fratello è figlio unico, le titre original du film, est d'abord, également, le titre d'une chanson italienne de Rino Gaetano. Il est très connu en Italie et là-bas, tout le monde à compris que ça venait de là. En même temps, ça joue sur le jeu de mot du fait que dans Mon frère est fils unique, on sent bien que les deux frères se sentent comme des fils uniques, isolés. Surtout le personnage principal, Accio. Il se sent comme le mouton noir.

Pourquoi Accio se sent-il rejeté ?
Je crois qu'il n'a pas le caractère extraverti de son frère Manrico. Il est le cadet et lorsqu'il arrive, toute la place est déjà prise à la maison. Ce n'est pas évident pour le cadet d'une famille nombreuse. En même temps, il est plus fragile, plus sensible. Il a besoin de trouver sa propre identité, un sens à sa vie. Tout cela rentre en conflit avec cette facilité qu'a son frère, son caractère très séducteur qu'il a sur toutes les femmes y compris sa mère. Accio lui est plus renfermé, plus timide. Il a pourtant un tempérament bouillonnant, mais on fond de lui, il est plus renfermé. Il paraît extraverti dans son attitude mais il fait partie de ces gens qui ont du mal à exprimer ce qu'ils ressentent. C'est ce qu'on voit avec Francesca. Elle a une relation très particulière avec Manrico et est très différente avec l'autre. Son vrai ami, la personne avec qui elle développe un lien, c'est pourtant Accio.

Lorsque Accio révèle à Francesca qu'il est encarté au parti fasciste, elle qui a des convictions diamétralement opposées ne semble pas heurtée, pas en colère, par cette révélation...
Oui, mais il faut dire que Latina, la ville ou ils sont, est une ville ouvrière très à droite et qui a d'ailleurs été construite par Mussolini. Alors, elle ne s'attend peut-être pas à ça de la part du frère de son petit ami, qui lui est très à gauche, mais ce n'est pas non plus si difficile à admettre. A cette époque, la politique est très présente, tout est politisé et il y a même une très forte bipolarisation. Beaucoup de gens - et beaucoup de jeunes - sont engagés, soit au parti fasciste, soit au parti communiste.

Le cinéma italien, à ses plus grandes heures en tout cas, a souvent, à travers des histoires intimes mis en perspective la société, la politique... C'est quelque chose que l'on a longtemps perdu et que l'on commence à retrouver aujourd'hui avec des films comme "Nos Meilleures années", "Buongiorno Notte" ou "Romanzo Criminale". Est-ce qu'il y a un retour de ce cinéma en Italie ?
C'est aussi une impression que j'ai. Et heureusement ! A travers ces films, j'ai d'ailleurs le sentiment que le cinéma italien récupère du sens et de la profondeur. De la vitalité aussi. Ca, c'est parce qu'il a le courage de livrer ses sentiments les plus profonds et qui font l'identité de l'Italie.

A travers ces films notamment, on a l'impression que l'Italie est comme hantée par "les années de plombs" (années 70-80). Est-ce vraiment le cas ?
Je ne dirais pas que l'Italie est hantée par "les années de plombs". En revanche, ça reste bien sûr un moment très fort d'une Histoire qui est encore récente et que l'on a pas encore totalement comprise aujourd'hui. Il reste des zones d'ombres et c'est ce qui fait que l'on se retourne toujours vers cette période. On y cherche des réponses.

L'histoire de "Mon Frère est fils unique" se situe juste avant ces années-là, pendant les années 60-70. Est-ce que le film permet de mieux comprendre comment on en est arrivé à cette violence ?
Je crois que, pour une fois, Mon frère est fils unique est un film qui interroge cette période sans parti pris politique. Il montre comment cela s'est passé de l'intérieur. Il n'y a pas de jugement. La fin du film introduit "les années de plombs" mais ça n'explique en rien ce qui va alors se passer. Ce que le film montre, c'est comment l'Italie bouillonnait alors, tant à gauche qu'à droite, ce besoin qu'il y avait des deux côtés de politiser la vie, de lui trouver un sens à travers la politique.

Propos recueillis par Benoît Thevenin à Paris, le 20 juillet 2007
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