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| Posté par AlloCiné
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mercredi 5 septembre 2007
AlloCiné a rencontre à Venise Abdel Kechiche et sa troupe de comédiens pour parler du film-coup de coeur de la Mostra 2007, "La Graine et le mulet", Prix spécial du jury et prix de la révélation pour Hafsia Herzi.
aider son beau-père Slimane dans sa périlleuse entreprise : ouvrir, sur un bateau, un restaurant spécialisé dans le couscous au poisson. "Cette projection était très émouvante, car on s'est réellement battus pour ce film. On était épuisés pendant le tournage, mais on n'avait pas le droit de baisser les bras, Abdel nous avait fait un tel cadeau". N'empêche : "On a tous craqué a un moment. Pendant la scène de la danse, je suis tombée dans les pommes de fatigue", avoue-t-elle. Pour Habib Boufares, débutant sexagénaire qui campe Slimane, ça n'a pas été facile non plus, surtout lorsque son personnage doit courser des voleurs de mobylette : "Je devais courir de dix heures du soir à 5 heures du matin, pendant 15 jours, par -2 ou -3 degrés", se souvient-il, avant d'ajouter : "Mais quand on entend ces applaudissements, on oublie tout le travail."
Car si ce troisième opus s'est monté juste avant le succès de L'Esquive (grace à Claude Berri qui "a vraiment mouillé sa chemise", selon le réalisateur), le projet est plus ancien. "Le point de départ, c'était une envie de parler d'une génération, celle de mon père, celle de ces émigrés arrivés dans les années 60 en France, qui ont bati leur vie ici et qui l'ont souvent sacrifiée parce qu ils rêvaient à une vie meilleure pour leurs enfants", explique Kechiche (photo). "Après, ca s'est transformé en une envie de parler d'une communauté, d'un milieu social, en gardant cette idée de raconter l'histoire d'un père auquel on donne une dimension de héros de cinéma".
alias Souad, la première femme de Slimane, reine du couscous...), mère de famille licenciée d'arabe et pleine de bagout, à Abdelhamid Aktouche, aide-soignant à la retraite. "Mais mon dada depuis que j'ai 15 ans, c'est la musique", s'empresse d'ajouter celui-ci. C'est dire si ce fan de Farid el-Hatrache était ému de jouer du luth dans un orchestre pour une scène du film.
Et puis pas de maquillage, pas de coiffure... Moi je pensais qu'il fallait être belle quand on tourne un film !" Abdelhamid Aktouche (photo) n'en revient toujours pas : "Abdel est allé jusqu'à exiger de moi que j'enlève mon dentier ! Il voulait que ce soit nature..."
mais si un mot nous dérangeait, on en discutait et il pouvait le changer." Loustau (photo) va plus loin : "A partir du moment où la trame, le propos sont respectés, les acteurs ont une liberté de proposition totale". "Il apprécie et favorise notre créativité. Il est comme un démiurge, comme un magicien", s'enflamme Bouraouia Marzouk.
Comme encore lorsque Habib Boufares (photo) se souvient du tournage : "On a passé 6-7 mois ensemble, dormi dans le même hôtel, on est devenu une vraie famille." Une famille dans laquelle, comme dans L'Esquive, ce sont les femmes qui mènent la danse. "Peut-être que j'ai eu dans mon entourage des femmes très fortes", sourit Kechiche. "Mais c'est vrai qu'il y avait une volonté, que ce soit dans L'Esquive avec la jeune fille de banlieue ou ici avec la femme d'origine maghrébine, de rompre avec le cliché de la femme soumise qui obéit à son mari ou à son père. C'est quelque chose que j'ai observé. " Tout n'est pas rose pour autant, loin de là, dans le cinéma de Kechiche : "Malheureusement, dans mes films il y a une sorte de constat d'échec. Si je l'exprime, c'est que je me sens sans doute marqué par quelque chose qui fait que mes personnages échouent. Quand on voit toutes les humiliations par lesquelles passe Slimane en allant dans ces centres administratifs, qui sont des symboles (la banque, la mairie, les services de l'hygiène), quand on voit que deux générations si éloignées, celles de Slimane et de Rym, ne trouvent pas d'echo à leur recherche, c'est qu'il y a un malaise. On le dit d'ailleurs à plusieurs reprises dans le film : Slimane cherche pour son restaurant "une place sur le Quai de la République"..."
Le problème aussi, c'est que quand ces jeunes réalisateurs veulent raconter une histoire qui ne va pas dans la direction qu'on attend d'eux, c'est-à-dire le spectaculaire, ils ne trouvent pas de financement. On préfère conforter les habitants de ces ghettos dans une certaine image, et c'est très dangereux." Mais dans l'immédiat, Abdellatif Kechiche entend laisser d'autres cinéastes poursuivre ce salutaire travail de nettoyage des clichés au karcher, car lui a d'autres projets en tête : "J'ai vraiment envie de faire un film qui soit en rupture, de me libérer de ce que je ressens un peu comme une obligation morale. Surtout, je ressens le besoin d'evoluer en tant qu'artiste, et de faire quelque chose de neuf qui correspond à ce que je suis maintenant." Tout sauf une esquive.En savoir plus : Abdellatif Kechiche , Olivier Loustau , Habib Boufares , Hafsia Herzi , Abdelhamid Aktouche , Bouraouia Marzouk , La Graine et le mulet
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