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"4 minutes": rencontre avec Chris Kraus
16 janv. 2008 à 06:00
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Grand succès en Allemagne, lauréat de nombreux prix, "Quatre Minutes" sort en France. A cette occasion, AlloCiné a rencontré le réalisateur Chris Kraus pour parler avec lui, entre autres, de la découverte de soi-même et de musique...

AlloCiné : De 1991 à 1998, vous avez étudié la réalisation à l'Académie du Film de Berlin. Vous avez alors commencé à écrire des scénarios pour le cinéma et la télévision. Mais c'est seulement en 2002 que vous avez réalisé votre premier film "Scherbentanz". Pourquoi pas avant ?
Chris Kraus: Je n'en ai pas eu la possibilité. A l'époque où j'ai commencé mes études, la situation était différente. On faisait des études de réalisateur pour ensuite devenir chauffeur de taxi. Dans les années 90, j'ai eu la possibilité de faire une formation pour devenir scénariste. Comme j'étais père de famille, je l'ai fait. Je suis auteur et j'adore écrire. Mais j'ai rencontré aussi beaucoup de frustrations car je suis tombé sur de mauvais réalisateurs. C'est pourquoi j'ai décidé de réaliser mes propres films, mais plus tard, une fois que je me suis fait connaître comme auteur. C'était alors plus facile de dire : "OK, je vous fais cadeau de l'histoire, vous devez simplement me prendre comme réalisateur." C'est comme ça que j'ai réussi. J'en suis très content car on a une plus grande maîtrise des choses. Quand on est auteur, on ne sait pas ce que devient le texte qu'on a écrit. Beaucoup de gens interviennent après pour modifier le scénario original, et ça ne me plaisait pas.

La production de "Quatre minutes" a été délicate, en particulier en ce qui concerne le financement. Vous avez travaillé en tout plus de huit ans à la production de ce film...
Cela résulte de l'accumulation de plein de problèmes : on avait choisi une première équipe d'acteurs, il y a ensuite eu des procès, le financement a sauté... c'était une très longue odyssée. Je n'en reviens toujours pas d'avoir finalement réussi à réaliser ce film avec un budget équivalent à la moitié de ce dont on avait vraiment besoin.

Vous pensez que le résultat aurait été différent avec plus de moyens ?
Il aurait peut-être été pire ! Finalement, ce n'est pas plus mal qu'on n'ait pas eu plus d'argent. Tout le monde a accepté d'être peu payé. Tout le monde a gagné autant, et il n'y avait ainsi pas de jalousie. Cela a suscité un grand esprit de solidarité et c'est important pour un film de ce genre. Il nous fallait des gens passionnés pour participer à ce film et cela a effectivement apporté une autre dimension à l'histoire.

Le film aborde beaucoup de problématiques : la criminalité, la violence, le viol, la culpabilité, la vengeance, l'idéologie nazie, l'homosexualité... Quelles sont pour vous les problématiques du film les plus importantes ?
Le film traite surtout de la manière dont on réussit à s'épanouir. Tous les sujets que vous avez cités émanent des différents personnages. Comme j'ai choisi des personnages aux destinées très difficiles, tous ces sujets délicats interviennent dans le film. Toutes ces personnes éprouvent de grandes difficultés à s'épanouir. Malgré cela, il finit par y avoir un moment très pur, même s'il est très court. C'est finalement ce moment qu'il faut retenir du film. J'ai choisi des personnages complexes et c'est pourquoi il y a beaucoup de sujets compliqués, mais ils ne sont finalement pas développés jusqu'au bout. La seule problématique qui aboutit est celle de la découverte de soi. C'est cela qui est déterminant.

La musique joue un rôle essentiel dans le film. Le titre lui-même est lié au choix de cette musique...
On a cherché un titre pendant longtemps, au début le film devait s'appeler autrement. Mais finalement je trouve Quatre minutes très bien car il révèle l'importance du moment dans le film. Souvent, on est en quête de buts très linéaires. Or, je trouve cette quête vaine. Des changements très importants peuvent découler d'un moment très court de vie. C'est ce que j'ai voulu montrer dans le film. Jenny finit par se trouver dans un moment qui ne dure que quatre minutes.

J'ai lu que vous vous étiez inspiré d'une photo dans un journal pour écrire l'histoire...
Je possède beaucoup d'archives. J'ai commencé à les collectionner depuis que je suis auteur. Dans mes archives, je cherche des articles sur des personnes qui m'intéressent. Un jour, j'ai trouvé un article sur une femme qui travaillait dans une prison depuis 50 ans. Il y avait aussi une photo d'elle et ce qui m'a beaucoup étonné, c'est qu'elle avait à la fois des allures très masculines mais aussi des mains extrêmement féminines. Je me suis demandé comment cette dame avait pu travailler autant de temps dans une prison et j'ai alors imaginé une histoire d'amour. Ce qui est fou dans cette histoire c'est que cette femme était encore en vie et qu'elle a entamé un procès contre moi. C'est d'ailleurs une des raisons pour laquelle le tournage a été repoussé il y a huit ans. Elle voulait m'empêcher de tourner parce qu'elle m'accusait d'avoir détourné son histoire. Elle avait vraiment eu une relation avec une prisonnière il y a de nombreuses années. Elle lui avait enseigné le piano. C'était incroyable parce que je n'en savais rien évidemment !

Au départ, vous n'envisagiez d'utiliser que la musique de Mozart. Pourquoi avez-vous finalement changé d'avis ? Elle était trop démodée ?
Quand on joue de la musique classique en boucle, comme ic, je ne trouve pas qu'elle est démodée mais morte. Je suis en train de mettre en scène un opéra et là je constate évidemment que la musique classique n'est pas du tout morte. La question fondamentale est de savoir comment on la traite, elle peut avoir une force énorme. J'espère qu'on ressent cela aussi pendant le film. Dans la conception musicale, on a confronté deux différents styles de musique car chaque personnage est lié à un style particulier.

Jenny réussit à contrôler son agressivité grâce à la musique. La musique était aussi très importante dans la vie de Traude et lui a donné de la force pour continuer à vivre. Est-ce que vous pensez que la musique peut aider à gérer des moments difficiles dans la vie ?
C'est l'une des questions du film. Mais j'ai pris la musique juste comme variante de l'art. J'aurais pu faire un film sur des personnes qui dessinent ou écrivent. Le film parle plus de l'art en général que de la musique. Dans mon cas, et c'est aussi pourquoi je lui ai dédié le film, la rencontre avec mon propre professeur de musique a été essentielle. Je trouve que la relation entre un professeur et son élève est toujours très érotique, mais d'une façon très abstraite. Quand on admire une personne, on fait la chose que cette personne même admire. Pour moi, c'est logique que l'histoire entre les deux femmes du film soit érotisée, mais je ne la raconte pas jusqu'à la fin. La relation est simplement suggérée. Quant à la question : "La musique peut-elle changer les hommes ?" Nous l'espérons tous. L'art, la musique, n'ont rien à voir avec l'instinct sexuel ou avec l'instinct de survie. Il s'agit d'une abstraction qui rend les hommes beaux.

Propos recueillis par Barbara Fuchs
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Commentaires
  • Tristan Le Guillou

    Allez voir ma critique du film sur http://titou989.blogs.allocine... ou Cinephileblog

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