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    "Les Faussaires" : rencontre avec Adolf Burger
    9 févr. 2008 à 10:00
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    Nommé aux Oscars dans la catégorie Meilleur film étranger, le film allemand "Les Faussaires", actuellement en salles, est inspiré du livre autobiographique du témoin Adolf Burger. AlloCiné l'a rencontré...

    AlloCiné : Après avoir reçu un tract sur lequel était écrit que les camps de concentration étaient un mensonge, vous avez commencé à faire des recherches et à rendre ce sujet public...
    Adolf Burger : C'était le Mensonge d'Auschwitz en 1972. Le nazi (Thies Christophersen) est allé pour cette affaire seulement six mois en prison. Pourtant, il a distribué des milliers de tracts à la jeunesse allemande. Sur ces tracts était marqué : "Auschwitz n'a pas existé !" Ensuite, j'ai commencé à aller dans les écoles pour raconter aux élèves ce qu'Auschwitz-Birkenau était. À la fin, je dis toujours aux élèves : "Vous êtes la nouvelle génération, vous ne devez pas avoir des sentiments de culpabilité. Mais si vous allez chez les néonazis, un jour, vous allez devenir des meurtriers !"

    Comment voyez vous les scènes néonazis d'aujourd'hui?
    Aujourd'hui, il y a des parties dans les gouvernements qui soutiennent les néonazis. À Prague, les néonazis marchent dans les rues et, en plus, la police les protège au nom de la démocratie. C'est quoi, cette démocratie ? C'étaient des meurtriers, hélas ! Non seulement à Prague, mais dans tous les pays, les néonazis descendent dans la rue et font de la provocation. En réalité, c'est surtout la faute des gouvernements. Ils laissent revivre les néonazis au nom de la démocratie. Mais ce n'est pas une démocratie. Jamais ils n'auraient dû laisser revivre ces groupes. À Prague, il y a des néonazis qui se baladent dans les rues. Comment est-ce possible après tous ces années où Prague a souffert à cause des nazis ?

    Quand vous étiez dans le camp, est-ce que vous aviez deviné l'évolution de la guerre ? On voit dans le film que Herzog, le commandant du camp, devient de plus en plus nerveux par exemple...
    Dans le camp de concentration, nous n'avons rien appris sur ce qui se passait à l'extérieur. Jusqu'au dernier moment, les nazis ont frappé et tué les prisonniers. Et tout d'un coup, ils se sont enfuit. Quand les américains étaient à 150 km devant Ebensee (en Autriche), ils sont partis. Ils ont crié : "Les Américains, les Américains !" Mais en fait, ils n'étaient pas encore là. Comme ils sont partis tellement fiévreux, nous sommes restés en vie, sinon ils nous auraient tous tués.

    Comment l'idée de faire de votre livre autobiographique un film est-elle née?
    Il y a quatre ans, j'étais à Kiel pour faire une conférence devant l'armée. Ensuite, deux femmes se sont présentées à moi. Elles venaient d'une petite boîte de production d'Hambourg qui vit grâce aux subventions. Elles m'ont dit qu'elles avaient lu mon livre et qu'elles souhaiteraient en faire un film. J'ai dit oui, sans demander de contrat ou autre chose car je savais qu'elles n'avaient pas d'argent. J'avais juste une seule condition : que le scénario ne soit pas tourné avant que je l'ai lu. La boîte n'avait pas assez de l'argent pour réaliser ce film et s'est associé par la suite avec une entreprise autrichienne. C'est comme ça que l'histoire des Faussaires est née il y a quatre ans.

    Vous avez participé à l'évolution du scénario pour que les faits restent fidèles...
    Oui, j'ai participé à la conception du scénario des Faussaires. Stefan Ruzowitzky est venu avec son scénario chez moi à Prague. Je n'étais pas d'accord avec ce scénario car il avait écrit qu'on aurait fait des millions de billets de dollars, mais ce n'est pas vrai. On n'en a fait que 2200 et puis, il y avait déjà les Russes et nous nous sommes enfuis en Autriche, où les Américains s'approchaient. Puis, Ruzowitzky l'a changé, mais dans le deuxième scénario, il avait écrit que les Russes m'auraient libéré. Mais ce sont les Américains qui m'ont libéré. On ne peut pas changer des faits comme celui-ci. Puis, il a enlevé ça. Il a alors dû écrire un troisième scénario et était déjà un peu fâché contre moi. Pour le troisième scénario, il avait inventé que Himmler nous aurait donné les ordres du mérite pour notre bon travail. C'était la plus grande des bêtises de dire qu'Himmler aurait décoré les prisonniers, dans un camp de concentration ! Il fallait qu'il enlève ça. Une fois modifié et terminé, j'ai validé le scénario et Les Faussaires pouvait enfin être tourné.

    Est-ce que vous êtes content du résultat ?
    L'histoire d'amour et d'autres choses appartiennent à la fiction, mais ce n'est pas grave. On ne s'est pas disputé au camp de concentration ; ce n'est pas vrai, dans mon livre, on peut lire le contraire d'ailleurs. Le principal, c'est qu'on voit comment on a imprimé. C'est ce que les gens doivent apprendre. Aujourd'hui, tout ceux qui verront Les Faussaires sauront que les nazis n'étaient pas seulement des meurtriers, mais aussi des faussaires ignobles. Je pense que j'ai réussi à faire connaître l'histoire grâce à ce film, c'est la chose la plus importante pour moi. Pendant la Berlinale, Stefan Ruzowitzky venait vers moi et disait : "L'autre jour, j'étais vraiment très fâché contre vous. Mais aujourd'hui, je vous remercie beaucoup car si j'avais laissé ces bêtises dans le scénario, le film ne serait jamais arrivé jusqu'ici."

    "Les Faussaires" a été vendu à 60 pays, récompensé par de nombreux prix et est même nommé à l'Oscar. Est-ce que vous auriez pensé que le film aurait tant de succès ?
    Je ne l'aurais jamais pensé. C'est un film sur les camps de concentration mais en même temps il n'est pas que ça. Car de vrais films sur les camps ne peuvent pas être autrement que très difficile à supporter. Mais avec ce film, on s'amuse aussi. Je n'aurais jamais pensé que le film sera projeté à la Berlinale, et encore moins qu'il serait nommé aux Oscars. Comme le film tchèque est éliminé, les journaux de Prague parlent des Faussaires et de moi. En même temps, le succès ne me surprend pas, car c'est un film sur les camps de concentration mais pas uniquement sur ce sujet. Dans le film, on voit comment le garçon avec la tuberculose est fusillé. En vérité, il a effectivement été fusillé, mais différemment, on l'a emmené et personne ne l'a jamais revu. C'est une scène très forte dans le film. Il y a plusieurs scènes qui sont de vraies scènes du camp, mais il y a aussi des scènes plus légères. On peut rire aussi, et c'est à mon avis le point fort du film.

    Propos recueillis à Paris en janvier 2008 par Barbara Fuchs
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