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"Wholetrain": Rencontre avec Florian Gaag
13 janv. 2010 à 06:00
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Avec son premier film, le réalisateur et scénariste Florian Gaag a été invité dans les festivals internationaux. À l'occasion de la sortie de "Wholetrain" en France, Allociné a rencontré ce jeune Allemand pour parler avec lui du monde des graffeurs.

Craignez-vous que votre film n'intéresse qu'un public d'initiés ?
Florian Gaag : Ca ne m'a jamais vraiment fait peur car dès le début j'ai voulus faire un film qui ne s'adresse pas à une cible en particulier. Pendant l’écriture du scénario, j'étais déjà sur le fil de rasoir car mon film devait fonctionner auprès des graffeurs, être perçu comme crédible. En même temps, il devait ouvrir ce monde à un public qui ne le connaît pas. La culture du graffiti a déjà une histoire de presque 40 ans et elle n'a cessé de se développer, même si les médias n'en ont pas toujours rendu compte. Le contexte actuel est très favorable car il y a une vraie hype autour du street art en Europe, ce qui a réveillé l'intérêt pour le graffiti.

Que pensez-vous du reproche selon lequel le Graffiti serait "la forme la plus vulgaire de l’art"?
C'est une attitude très bourgeoise envers l'art qui considère seulement l'art apparu de façon académique. Je pense qu'il faut prendre la peine de s'intéresser à un domaine pour y découvrir des choses, comprendre leur sens. Evidemment, quelqu'un qui ne connait pas cette culture ne peut pas l'appréhender comme les oeuvres d'art classiques car ce qui est en jeu, c'est autre chose que la beauté et le rayonnement ornemental.

Où situez-vous la limite entre vandalisme et art ?
Je ne pense pas qu'il y ait de véritable limite. Beaucoup de gens que tous les graffeurs font la même chose, alors que chaque graffeur a son propre style. Evidemment, il y a des gens qui font du vandalisme pendant quelques semaines et rien d'autre. Il y en a aussi qui ne font que des images légales, d'autres qui font les deux. Cette "limite" est difficile à situer car pour la plupart des gens qui ne se sont pas penchés sur le sujet, un texte est forcément laid et des images sont forcément jolies : plus les images sont proches de la réalité, plus elles sont jolies. Les gens ne remarquent pas que les tags sont l'oeuvre des mêmes artistes que les images, et que les tags ont une fonction différente car ils doivent être produits vite et n'importe où. Il est plus difficile d'y voir de la beauté. C’est un préjugé très courant dans la société de penser que les graffeurs agissent par pure envie de vandalisme, alors que ce n'est pas de tout leur moteur. Quand on regarde 100 tags côte à côte on voit que chacun est travaillé d'une manière calligraphique particulière. Chaque graffeur a sa propre écriture. C'est le bien le plus précieux de cette culture.

Que pensez-vous sur des zones où le graffiti est autorisé ?
Je trouve que cela peut donner des choses intéressantes, y compris dans les galeries. Parfois, je me demande si l'essence de cette culture est encore là car à l'origine, les grafs se font dans des endroits publics ou interdits. L'objectif des graffeurs sérieux, ce n'est pas la destruction mais un traitement conscient avec la ville et les espaces publics. Les questions qui se posent, c'est : les espaces publics sont-ils bien utilisés ? Er qui a le droit de les utiliser : les entreprises, qui les louent contre des millions, ou moi-même, comme simple individu, qui ai le droit de m'exprimer personnellement dans le paysage urbain ? Personnellement, j'avais toujours un code d'honneur. Jamais je me serais par exemple permis de faire un tag sur une église médiévale ou un monument. Certains pensent autrement. Tout le monde apprend dans la rue, il n'y a pas d'instructions strictes, on s'améliore peu à peu.

Quel rôle jouent l’adrénaline et la dimension politique pour les graffeurs ?
Je crois qu'on surestime l'importance de l'adrénaline, c'est une opinion de sociologue. Il y a sûrement des graffeurs pour qui c’est un point important mais pour la plupart, cela n'a rien à voir. C'est sans doute parce qu'on se retrouve tout le temps sur un terrain interdit qu'on ressent cela. Mais dire que derrière cette culture, il n'y a que l'adrénaline et la tension, c'est trop facile. Concernant l'aspect politique, c'est difficile à dire. Il y en a surement beaucoup qui relient un message politique au graffiti. Je trouve le travail de Banksy par exemple assez intéressant, sa façon de jouer avec les médias est sympathique.

Le graffiti reste-il un domaine masculin ?
Si on est réaliste, il faut dire que 90% des graffeurs sont des hommes. Ces derniers temps, il y a de plus en plus de femmes, surtout en Espagne mais aussi un peu en France. Il y a surement un rapport avec les conditions dans lesquelles on pratique cette activité, car quelle femme voudrait grimper dans les tunnels de metro sales et se mêler à des combats entre bandes ? Si on se souvient des origines de ce mouvement, on voit que c’était une culture dominé par les gangs. Le fait de vouloir marquer son territoire a ainsi joué dès le début un rôle important. Aujourd’hui, cela devient de moins en moins primordial. C’est sûrement aussi dû au fait que les graffeurs deviennent plus mûrs et regardent leur travail avec plus de réflexion.

Propos recueillis à Paris en octobre 2009 par Barbara Fuchs.
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