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    Guillermo Del Toro nous ouvre "Les Yeux de Julia" !

    "Les Yeux de Julia" n'est pas sa nouvelle réalisation, mais il a chapeauté le long métrage. A l'occasion de la sortie en salles de ce thriller, Guillermo Del Toro revient avec nous sur le film, ses projets, sa prochaine mise en scène, et nous parle aussi de jeux vidéo. Allo Guillermo ?

    Allociné : Quand on y regarde de plus près, il y a certaines similitudes entre “Les Yeux de Julia” et “L’Orphelinat” (Juan Antonio Bayona, 200), que vous avez également produit, au niveau des thèmes notamment. Même dans votre rôle de producteur, vous restez donc un auteur ?

    Guillermo del Toro : Oui c’est vrai, même j’ai toutefois produit des films très différents. Mais s’il y a des similitudes entre Les Yeux de Julia et L'Orphelinat, c’est parce que j’ai supervisé ces deux longs métrages en étant très impliqué dans leur production, donc on y retrouve un peu ma patte quelque part.

    Comme vous venez de le dire, vous avez également produit différents types de films, et notamment ces derniers temps, avec "Rabia", "Splice" ou "Rudo et Cursi". Comment choisissez vous les projets sur lesquels vous vous impliquez ?

    Ça dépend. Quand je produis un film, que ce soit aux Etats-Unis ou en Europe, je choisis des projets qui attisent ma curiosité, ou parce qu’ils seront faits par des réalisateurs que j’admire. C’est très rare que je présente un projet à quelqu’un, car ça demande une plus grosse implication. Mais généralement, je choisis un film parce que j’ai envie de le voir, ou parce que je juge qu’il est à voir, à l’image de Biutiful ou Splice : ces deux longs métrages ont été durs à faire, et le fait de les produire les a aidés à voir le jour. Le cas des Yeux de Julia est différent, car le film est très proche des choses que j’aime, et ça me plaisait de voir certaines idées que j’aurais pu avoir, traitées avec un style différent.

    Le style est peut-être différent du vôtre, mais "Les Yeux de Julia" confirme que le cinéma hispanique est toujours au top en matière de fantastique et d’horreur. A quoi tient, selon vous, cette aptitude des réalisateurs à être à aussi à l’aise avec le genre ?

    Je pense qu’il y a comme une école de l’horreur hispanique, née d’un groupe de fans très intelligents ces dernières années. Ces gens ont été découverts dans des festivals consacrés à l’horreur comme Sitges (Espagne) ou dans le reste de l’Europe, et ils portaient en eux une vraie tradition de l’horreur ainsi qu’une connaissance quasi-encyclopédique du genre. Beaucoup de ceux qui font ces films sont des fans qui ont écrit, bien souvent des critiques, à propos de films d’horreur. A ce niveau, on pourrait dire qu’une Nouvelle Vague de l’horreur est née en Espagne grâce à ces gens : ils ont écrit sur les films avant de passer derrière la caméra pour en montrer une nouvelle facette.

    Votre prochaine production, "Don’t Be Afraid of the Dark" (photo ci-dessous), est également un film d’épouvante, mais il est américain ce coup-ci. Que pouvez-vous nous dire sur le long métrage ?

    Ça tombe bien que vous en parliez, car le film devrait être vendu, avec d’autres titres de Miramax, cette semaine, et nous espérons qu’il sorte en 2011. C’est un très beau film que j’ai écrit il y a 13 ans, avec Matthew Robbins, et il a fallu attendre très longtemps avant qu’il puisse voir le jour. Mais c’est maintenant chose faite, et je le décrirais comme un conte de fées horrifique.

    Côté réalisation, vous travaillez actuellement sur "Les Montagnes hallucinées". Que pouvez-vous nous dire sur ce projet ?

    Ce sera un film à gros budget, produit par James Cameron, et qui va demander beaucoup de moyens et de décors. Le film sera très proche du roman de Lovecraft dont il est adapté, et nous attendons actuellement le feu vert d’Universal Pictures. Je ne sais pas s’ils vont le donner ou pas, mais j’attends et la réponse devrait intervenir dans très peu de jours.

    Est-il vrai que vous aimeriez diriger Tom Cruise dans le film, comme il avait été annoncé il y a peu de temps ?

    Nous avons rencontré plusieurs grands acteurs pour le casting, mais nous n’avons choisi personne pour le moment, même si j’aimerais beaucoup travailler un jour avec Tom Cruise, oui.

    Avec le recul, n’êtes vous pas trop déçu d’avoir abandonné "Bilbo le Hobbit" ?

    Non, pas du tout. Il m’a fallu beaucoup de temps pour prendre cette décision, et une fois que je suis décidé, je n’hésite plus du tout. Ça n’a pas été facile, ni plaisant à faire, mais je n’ai absolument aucun remords et je suis serein quant à mon choix.

    Et que pensez-vous du choix de Martin Freeman (photo ci-dessous) pour jouer le personnage principal ?

    Martin a toujours été notre choix pour le rôle de Bilbo. Depuis le début.

    Quand on jette un œil à votre filmographie, on peut voir que vous avez beaucoup de projets de réalisations, et cette interview nous offre une occasion en or pour faire le point avec vous. Travaillez-vous, ou projetez-vous toujours de faire Killing on Carnival Row ?

    Non, plus maintenant. J’y étais attaché il y a 4 ans environ, mais c’est tombé à l’eau de mon côté, et quelqu’un d’autre l’a repris en main, car je n’avais pas travaillé dessus pendant plusieurs années.

    Et qu’en est-il de "Saturn and the End of Days" ?

    Là je travaille encore dessus et je suis tout seul sur l’écriture du scénario. Mais, comme bien souvent quand j’écris seul sans que ce soit une commande, les choses prennent du temps car j’avance lentement. J’ai par exemple mis des années à terminer le script de Cronos (1993).

    Passons maintenant à "Trollhunters".

    J’ai récemment présenté un premier jet à DreamWorks, et Trollhunters sera un film d’animation, sauf que ça va prendre du temps à réaliser et animer. Mais ça ne sera plus un long métrage en prises de vues réelles, ça c’est sûr.

    Projetez-vous toujours de réaliser de nouvelles versions de "Docteur Jekyll and Mister Hyde" et "Frankenstein" ?

    Je dois encore écrire les scripts pour Universal Pictures, mais j’ai déjà une idée claire de ce que je veux faire. Par contre nous n’avons pas encore commencé à travailler sur ces deux projets, ni sur Slaughterhouse - Five (remake d'Abattoir 5 de George Roy Hill, ndlr), car nous sommes assez occupés avec Les Montagnes hallucinées.

    On approche de la fin avec 'Drood'.

    Le scénario a été écrit par Brian Helgeland, à qui l’on doit L.A. Confidential, et son script est aussi beau que solide. J’ai vraiment hâte de re-commencer à travailler sur le film, car j’ai beaucoup aimé ce qu’il a écrit.

    Et on termine avec The Witches.

    C’est drôle que vous me posiez la question sur ce film, que je produis avec Alfonso Cuarón, et que nous essayons de développer en animation, avec Michael Grace, car je suis en ce moment même sur le point d’aller petit-déjeuner avec des producteurs de la Warner pour voir si nous pouvons mettre le projet sur pied, car ils l’ont beaucoup aimé. J’aimerais pouvoir le diriger, mais si ça n’est pas possible, je me contenterais de le produire. Et quand j’ai rencontré Lucy Dahl, la veuve de Roald Dahl, elle m’a dit qu’elle considérait notre scénario comme la meilleure adaptation d’un des livres de son mari. J’en suis donc très fier, et j’aimerais vraiment qu’il devienne un film, au lieu de rester à l’état de scénario.

    Il y a quelques mois, vous aviez annoncé que vous développiez plusieurs jeux vidéo avec THQ. L’un d’entre eux s’appelait "Sundown", donc pouvez-vous nous en dire un peu plus sur celui-ci et les autres ?

    "Sundown" est un projet sur lequel je me suis lancé il y a environ 4 ans, mais je me suis rendu compte qu’il y avait, au sein de l’industrie, beaucoup de personnes conservatrices qui étaient effrayées par le genre de jeu que nous voulions faire. Puis "Left 4 Dead" est sorti 2 ans plus tard, et il est très similaire à celui que nous cherchions à développer. En plus de ça il a bien marché donc j’ai eu des regrets quant au nôtre, mais c’est bel et bien fini pour nous. L’autre titre s’appelle "Insane", et il s’agit d’un jeu d’aventure horrifique épique, inspiré de l’univers de Lovecraft. Nous cherchons à en faire quelque chose de spécial : pas seulement à cause des créatures ou de l’histoire, mais grâce à la façon dont nous allons la raconter. Nous sommes en train de faire des recherches pour aboutir à du jamais vu, ou jamais joué plutôt. Cela fait 6 mois que nous travaillons dessus, et je pense qu’il va encore nous falloir 2 ans de plus avant de pouvoir le sortir.

    Vous parliez de Lovecraft, dont vous êtes en train d’adapter l’un des romans ("Les Montagnes hallucinées"). A quel point vous sentez-vous proche de son univers ?

    Je vois Lovecraft comme un visionnaire, car il a parfaitement compris les peurs primales et cosmiques, qui peuvent nous donner des frissons lorsqu’on se rend compte qu’on est un homme face aux ténèbres du cosmos. Lovecraft nous a fait nous sentir insignifiants par rapport à l’univers, tout en nous le présentant comme un endroit sombre, froid et maléfique, dans lequel nous ne sommes que des microbes, vus à travers un microscope. C’est pour ça que je trouve Lovecraft unique et brillant.

    Sachant que vous êtes, entre autres, un fan avéré de jeux vidéo, pourquoi n’envisagez-vous pas de réaliser l’adaptation d’un titre sur grand écran ?

    Parce que je n’ai jamais vu un jeu vidéo capable de donner naissance à un grand film, à part "Bioshock". Je trouve personnellement que les jeux vidéo sont très bons, mais en tant que jeux vidéo. Ils n’ont pas besoin d’être changés en films, car nous avons à faire à deux médias très différents l’un de l’autre. Si une adaptation peut améliorer l’univers du jeu, alors c’est utile, mais je n’ai jamais été confronté à un tel cas. J’aime les jeux vidéo autant que j’aime les films, mais pour des raisons différentes, car chacun des deux médias nous confronte à des choses très différentes.

    Propos recueillis par Maximilien Pierrette à Paris, le 15 décembre 2010.

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