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    Zoom sur... Maïwenn
    21 oct. 2011 à 05:00
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    Elle est la force de "Polisse", l’auteur de ce film coup de poing qui a éraflé le vernis cannois au mois de mai dernier. Le Prix du jury, elle l’a reçu en plein cœur, bouleversée et à bout de souffle, comme si elle descendait du ring après un long combat. Désarmante Maïwenn, réputée pour ses humeurs, sa franchise et son impudeur. La rencontrer était tentant, peut-être un peu intimidant… Surtout très émouvant.

    "Cette reconnaissance, ça soigne une plaie. Tout ce qui se passe autour du film me console de la souffrance du tournage, mais pour la suite, ça me fait très peur. Ça me met la pression…" A l’étage du Café Beaubourg, assise sur le rebord de la fenêtre ouverte, Maïwenn a déjà la cigarette et la sincérité aux lèvres : "C’est dur de diriger les gens qu’on aime et qui, sur un plateau, ne sont plus les mêmes. C’est dur d’être une femme  réalisatrice. C’est un métier qui fait appel à des hormones masculines. Pour porter une équipe, des enfants, des acteurs avec tous une personnalité forte, un ego fort, c’est très dur..." Dur comme son polar social qui parle de viol et de maltraitance, sans détour ni faux semblants. L’enfance maltraitée, Maïwenn en témoigne comme personne, elle qui on le sait, en a été l’objet. Une douleur vécue qu’elle n’a jamais cachée et sur laquelle elle a pris le parti de s’appuyer pour créer.

    Enfant et femme de...

    De son enfance elle a déjà beaucoup parlé et c’est d’un commun accord qu’on en diminuera la portée. C’est lorsqu’on parlera cinéma que d’elle-même elle y reviendra, décrivant une mère actrice "trop" cinéphile qui à 12 ans la blâmait de ne pas connaitre Antonioni et de lui préférer La Boum ou Subway. Avec malice, elle nous raconte comment en trainant aux Halles, elle s’est fait sa propre culture cinéma,  en se liant d’amitié avec le caissier de l’UGC Orient Express qui lui a fait voir pendant des années tous les films qu’elle désirait, en douce : "Il y a des gens comme ça qui changent une vie…"


    Johnny Hallyday et Maïwenn dans La Gamine

     

    Sa vie ? Elle la resserre vite fait : pour recevoir de l’amour de sa mère qui rêve de la voir à l’écran, elle a couru les castings dès l’âge de trois ans. "Ma vie professionnelle a vraiment démarré pour moi au moment où j’ai monté mon propre spectacle. Tout ce que j’ai fait avant comme enfant actrice, c’était ma vie d’enfant. Vous avez sûrement joué à faire des interviews lorsque vous étiez petite, non ? Ça n’a pas la même résonnance le jour où vous êtes majeure, avec votre propre compte en banque." En effet... A ceci près qu’au moment où de notre coté on improvisait un entretien au magnétophone avec nos poupées, elle fréquentait les plateaux d’Isabelle Adjani (L' Année prochaine... si tout va bien, L' Eté meurtrier) et donnait la réplique à Daniel Auteuil (Lacenaire) et Johnny Hallyday (La Gamine).

     

    Cette "vie d’avant" dont on a évité de parler, Luc Besson l'a fréquentée. Le Luc Besson du Grand bleu et de Nikita, qu’elle rencontre à 16 ans. Il a le double de son âge, la prend sous son aile, comble ses manques, l’épouse, lui fait un enfant et l’emmène à Hollywood. Une parenthèse enchantée pendant laquelle Maïwenn prend le temps : de former sa propre famille, d’étudier, d’être elle-même, sans jouer à faire plaisir. A part son rôle de diva dans Le Cinquième élément, elle ne joue plus justement et se découvre une autre passion : "J’ai réalisé le making-of de Léon, mais il n’a pas été exploité je crois. C’était marrant de toucher pour la première fois à la mise en scène. Mais attention, dans un making-of on capte la vérité et on la sublime. Dans un film, on capte la vérité et on la malaxe…"

     

    Maïwenn dans Le Cinquième élément

    Maïwenn sans Le Besco

    Nous y voilà. L’acte créateur et fondateur. Celui dont on se plait enfin à discuter et qui a eu lieu "après". Après l’enfant Le Besco malmenée et après la femme Besson quittée. Après avoir écrit un livre non publié car "larmoyant et inintéressant dans lequel [elle] racontait [s]a vie au premier degré", Maïwenn monte toute seule son one woman show Le Pois Chiche, encouragée par sa psychanalyste : "J’ai joué pour la première fois mon spectacle un 28 mai 2001 et du jour au lendemain ce n’était plus pareil. J’ai senti que je m’exprimais enfin, que je savais faire autre chose que m’occuper de mes enfants. J’ai senti que j’avais mon univers à moi". Un règlement de comptes détonnant avec son passé, qui plait, et qui, à défaut de la guérir lui apporte le respect. Elle n’avait rien à perdre, elle a tout gagné. Boostée, la jeune femme réinvestit l’amour et l’argent reçus dans un court métrage qui ne lui "ressemble plus vraiment aujourd’hui" et dans lequel elle fait jouer sa fille, Shana Besson : " Jamais je ne l'ai poussée, ni ne la pousserai à être actrice... Je l'ai choisie à ce moment-là parce qu'elle était la plus naturelle, la plus vraie de toutes".

     

    La vérité… Tout un programme pour Maïwenn, qui en fera son obsession. En 2006, seule à nouveau et en trois semaines à peine, elle écrit, produit, réalise et joue dans Pardonnez-moi, son premier long métrage. Tourné à la manière d’un documentaire, cette autofiction aux allures de Festen raconte la révolte d’une future maman, ex-enfant battue par son père, qui confronte sa famille à ses mensonges et à ses non-dits. La réalisatrice y exprime les blessures béantes de l'enfance et suscite le malaise autant que l'admiration par sa manière d'entremêler avec science le fantasme et la réalité : "La vie est un mauvais scénario qu’on ne peut se contenter de copier. La vérité de la vraie vie n’appartient qu’à la vraie vie, la vérité du cinéma est autre. Vous savez, si mes fictions semblent si réelles, c’est parce qu’il y a beaucoup de travail derrière, de ma part et de celle des acteurs."

     


    Le travail des acteurs, elle connait et c'est sur lui qu'elle décide ensuite de porter un regard distancié. Comédie sur la face cachée du métier, Le Bal des actrices met en scène une pléiade d'actrices parmi lesquelles Marina Foïs, Karin Viard et Charlotte Rampling qui se dévoilent avec ironie et second degré. "Les clichés ne se fondent pas sur rien. Oui ce sont des gens névrosés, égocentriques on le sait, mais ce sont surtout des êtres à vif, assoiffés de regards et d’amour…" Des gens qu’elle aime en tous cas, et en qui elle se plait à déceler "coûte que coûte" le potentiel et la vérité.

     

    Artiste ni polie, ni lisse

    "Attention je n’ai pas de famille d’acteurs. Pour Polisse, j’ai retravaillé avec Karin Viard, Marina Foïs ou Joey Starr parce qu’ils correspondaient aux personnages. Les acteurs ne sont pas fidèles, pourquoi le serais-je ?" L'actrice infidèle, Maïwenn elle-même l'a jouée pour d'autres entre temps, fréquentant aussi bien le thriller d'épouvante d' Alexandre Aja (Haute tension) que le drame romantique de Claude Lelouch (Les Parisiens et Le Courage d'aimer), un "homme qui aime autant la vie que le cinéma, ce qui est très rare et très enrichissant". Bientôt, elle côtoiera la comédie avec le Télé gaucho de Michel Leclerc, cinéaste césarisé du Nom des gens. "Mais je me sens plus légitime en tant que réalisatrice qu'en tant qu'actrice", avoue-t-elle. Avant de s'évader : "J'aimerais faire un film avec un metteur en scène qui me mette en valeur, chose que je ne fais jamais sur mes films. C'est vrai, non? Je me donne à chaque fois le mauvais rôle...". Son seul bémol ? La nudité : "On peut m’emmener partout dans toutes sortes de rôles mais ça c'est un gros problème pour moi, j’ai refusé plein de choses à cause de cela. Mon corps est ma limite". Normal pour une écorchée.

     

    Photo Christophe L - FILM - Le Courage d'aimer : 57614

    Le Courage d'aimer

     

    Cathartique, le cinéma l'a néanmoins fait avancer. "Je vais mieux parce que je me sens reconnue, aimée et respectée par les gens de mon métier. Ça me donne des ailes et me rend plus forte. Ce n’est pas en parlant de ma vie au cinéma que je me suis soignée. C’est minimiser les séquelles et les bénéfices d’une analyse que d’assimiler le cinéma à une thérapie. La psychanalyse m’a appris à vivre, à me contrôler, mais jamais je ne serai soignée." Réaliste et radicale. Comme ses films. Avec Polisse, Maïwenn a encore grandi, mettant en scène l’horreur sans la crudité, expulsant hors d’elle la violence sans frapper, et faisant du langage clair et précis la seule arme acceptée. A l'image des policiers de la Brigade de Protection des Mineurs, elle est en quête et enquête sur LA vérité : "Je travaillais avec des enfants et j’avais besoin de sentir que les parents avaient confiance en ma démarche et la trouvaient sans ostentation, ni perversité ou racolage. Les limites qui m'étaient imposées avec eux m'ont en outre permis d'apprécier à sa juste valeur la force du suggéré." Et en digne héritière de Maurice Pialat, de réussir à émouvoir avec sa Police aussi dure que douce, toujours brute de décoffrage et vue cette fois-ci sous le prisme de l'enfance. D'où la faute d'orthographe...

     

    Elle a éteint sa dernière cigarette et d'un franc sourire, a clos l'entretien en même temps que la fenêtre. "On aurait pu parler encore, mais on m'attend..." Déroutante et touchante Maïwenn... Ni polie, ni lisse. Tantôt joyeuse, sitôt méfiante, souvent exaltée et même absente. Sa devise du moment ? "L'humour c'est la politesse du désespoir". C'est vrai. Et du sien, elle a fait un Art...

     

    Laetitia Ratane

     

    Bande-annonce "Polisse"

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