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    Interview avec Tanya Wexler, réalisatrice de "Oh My God !"
    13 déc. 2011 à 06:00
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    En salles, ce mercredi, "Oh My God !" est une comédie inspirée de l’histoire vraie de l’invention du vibromasseur dans l’Angleterre victorienne. La réalisatrice Tanya Wexler évoque ce défi : « faire un film sur l’invention du vibromasseur que les mères et leurs filles adolescentes puissent regarder ensemble ».

    Allociné : Avant le cinéma, vous avez fait des études de psychologie. Votre intérêt pour l’hystérie et le plaisir féminin vient-il de là ?

    Tanya Wexler : Pour être sincère, je crois que mon intérêt par le plaisir féminin vient du fait que je suis une femme ! La productrice Tracey Becker, qui est une très bonne amie, est venue me parler d’un projet. Je lui ai demandé de quoi il s’agissait, et elle m’a répondu : « C’est sur l’invention du vibromasseur dans l’Angleterre victorienne », et j’ai tout de suite dit : « C’est bon, je le fais ! ». Rien que l’idée me faisait rigoler, je sentais que j’avais un penchant naturel pour ce projet.


    Tanya Wexler, sur le tournage

    A ce propos, a-t-il été difficile de financer un film avec un tel thème ?

    Très ! On pourrait penser qu’avec ce thème, ça aurait été la chose la plus simple au monde… Je ne suis pas une réalisatrice connue, donc je ne pouvais pas dire, tout simplement : « Après mes œuvres merveilleuses, voici mon nouveau projet… ». J’ai eu beaucoup de chance en France en termes de soutien et de financement. Je savais que ça serait dur parce que je ne suis pas française, et que le film ne serait pas en langue française, mais ça a fini par marcher, c’est devenu vraiment une production européenne. Tout le monde veut désespérement tourner à Hollywood, moi je voulais desespérément tourner en Europe ! Et puis je me suis dit que le thème pouvait plaire. C’est sur des orgasmes, enfin ! Qui n’aime pas les orgasmes ? En plus, c’est l’Angleterre victorienne ! Le plus drôle pour moi était de savoir qu’il y avait tous les médecins et les patients qui pensaient que ce n’était pas sexuel, juste médical. Il y avait une idée très claire dans leur tête : « S’il n’y a pas un pénis dans l’histoire, ce n’est pas du sexe ». Je trouvais ça hilarant. J’avais dit aux acteurs : « Amusez-vous. Si ça vous paraît trop pornographique ou dégoûtant, ou alors si ça devient trop délicat, ça ne va pas être drôle. » Je savais que, s’ils s’amusaient, le public allait s’amuser aussi. C’est tout. Parfois, les personnes me demandent quel est le « message » du film, et je pourrais dire « Ne vous prenez pas tellement au sérieux ! C’est censé être amusant, et vous n’avez pas besoin d’un médecin pour ça. Et si vous avez tout de même besoin d’aide, bien, il y a de très bons outils pour ça… ».

    Et vous avez distribué des vibromasseurs à tous les membres de l’équipe…

    A absolument tout le monde, femmes et hommes compris ! Pour deux raisons : je voulais qu’ils comprennent tous que c’était un objet vraiment amusant, et puis je ne voulais voir personne gêné par le sujet. Il fallait casser les tabous. Finalement, c’est juste une petite chose qui fait « buzz »... Une amie m’a par ailleurs raconté une histoire sur Rachel Maines, auteur d’un livre très didactique intitulé La technologie de l’orgasme, qui était une de nos références. Dans une émission de radio, où elle était venue avec un vicromasseur, on lui a demandé si les hommes aussi en utilisaient. L’animateur de l’émission, très gêné, lui a dit : « Enlève ça de ma vue, je n’aime pas la concurrence. » Alors elle lui a répondu : « Mais non, ce n’est pas de la concurrence, il joue dans ton équipe ». J’étais tout à fait d’accord. Ce n’est pas un remplacement, c’est de l’amélioration !"

    Hugh Dancy et Maggie Gyllenhaal


    Etait-ce facile d’expliquer cela aux acteurs ? Comment  avez-vous travaillé avec  Maggie Gyllenhaal, Hugh Dancy, Jonathan Pryce ?

    C’était un rêve ! Quand on écrit le scénario, c’est plus simple d’imaginer quelqu’un, et donc je pensais à une nouvelle Audrey Hepburn et à un jeune Hugh Grant. Je ne voulais pas avoir des acteurs précis, et me dire « Si je n’ai pas telle personne, je ne tourne pas ». Le seul film qui pourrait exiger une chose de ce genre, d’ailleurs, c’est Dans la peau de John Malkovich ! Dans mon cas, j’ai fait une « liste idéale » avec cinq acteurs par rôle, et puis on a commencé à se demander qui connaissait qui, qui pourrait avoir accès à quel agent… A la fin c’était super, tous les acteurs étaient sur ma liste de départ. Maggie (Gyllenhaal) m’a dit : « Le script est parfait, on ne trouve jamais des scripts comme celui-là à Hollywood ». D’habitude, on réécrit plusieurs fois, et les investisseurs sont réticents à donner de l’argent sans savoir qui est au casting, mais là je savais que j’avais un très bon scénario en main. Et après il fallait juste essayer de ne pas tout foirer ! Jonathan Pryce s’est associé au projet dès le départ, ce qui nous donnait de la légitimité, parce qu’il a un C.V. de fou, en plus Brazil est un de mes films préférés. J’ai eu également une très bonne directrice de casting, à qui je demandais toujours de m’apporter de vraies personnes, pas de gens trop parfaits et beaux, mais des acteurs joyeux et très humains.

    D’ailleurs, vous disiez au festival de Toronto que votre préoccupation avec ce film n’était pas de faire une œuvre d’époque parfaitement précise en termes historiques. Comment cela a-t-il influencé le travail avec l’équipe artistique du film ?

    En fait, je voulais que toute l’apparence du film soit très réaliste. Donc le design est tout à fait fidèle à l’époque, et je dois le préciser parce que sinon Sophie (Becher, chef décoratrice) va me tuer ! Je les torturais pour que tout soit rigoureux… Même d’un point de vue cinématographique, Sean (Bobbitt, directeur de la photographie) et moi avions des règles : pas de zooms, rien de moderne. Il fallait faire un film classique, comme les grandes fresques britanniques d’époque en termes de composition et de mouvements de caméra. Mais pour le rythme, le montage et l’humour, c’était autre chose. Avec Maggie Gyllenhaal, c'était différent, parce que son personnage est très progressiste pour l’époque. On lui a consciemment demandé de choisir une partie de ses costumes, qui étaient quand même précis (elle portait un corset après tout !), mais on lui laissait créer l’image d’une femme puissante. Je ne crois pas que j'aurais pu être aussi courageuse qu’elle l'a été à l’époque.

    Est-ce qu’on pourrait dire que "Oh my god !" est un film féministe ?

    Mais oui ! Cela me fait toujours rire quand je pense que j’ai réussi à faire une comédie romantique et féministe sur un homme ! Il est le personnage principal, après tout. Il y a aussi, bien sûr, ce personnage féminin très fort, qui peut être une source d’identification pour les femmes, et qui l’était pour moi. J’ai toujours pensé que l’autre titre du film pourrait être L’éducation de Mortimer Granville, parce que d’une certaine façon, c’est l’histoire de son réveil après cette maladie fabriquée, qui n’a pas besoin d’être traitée. Les femmes ont seulement besoin d’un peu de liberté.


    Maggie Gyllenhaal et Hugh Dancy

    Il y a un personnage dans le film qui suggère que les français sont beaucoup plus libéraux sexuellement que de l’autre côté de l’Atlantique. Est-ce que vous croyez que le public français va réagir au film d’une façon différente des Américains et Britanniques ?

    Tiens, ils m’ont posé la même question ! Je leur ai répondu qu’aux États-Unis, il y a 350 millions de personnes, donc quelques-unes vont aimer, d’autres non ! Enfin, je sais qu’il y a toujours eu un courant de pensée très progressiste en France, je ne sais pas si c’est grâce aux arts, mais de toute façon le côté libéral français est très connu. Je ne peux pas oublier qu’il a été très difficile de trouver du financement aux États-Unis, et que ceux qui nous ont aidés ont été les Français, les Britanniques, les Italiens, les Australiens et les Scandinaves, qui sont toujours très à l’aise avec le sexe. Les cinéphiles pourront me demander si le film est « subversif » ou « osé », et je pense que ce n’est pas vraiment difficile de faire un film subversif sur l’invention du vibromasseur, mais faire un film sur l’invention du vibromasseur que les mères et leurs filles adolescentes puissent regarder ensemble, ça c’est un vrai défi !

    C’est donc un film universel, que les hommes peuvent apprécier aussi.

    C’est curieux, quand je montais Oh My God !, on a fait un test avec le public, ce qui était une exigence de certains de nos investisseurs anglais, et le film a eu une meilleure note avec les hommes ! Peut être que les hommes peuvent avoir une impression que c’est un film contre eux, ou alors que c’est le genre de film que leurs copines vont aimer, mais ce n’est pas du tout un « film de fille ». Le film est une lettre d’amour aux hommes, aux femmes, à l’amour, et au plaisir ! Les hommes peuvent bien l’aimer s’ils acceptent de l’essayer. C’est comme le vibromasseur : il suffit de l’essayer !

    Avec la sélection au festival de Toronto, beaucoup de portes s’ouvrent pour vous en ce moment. Quels sont vos prochains projets ?

    Je travaille avec une scénariste et actrice française, Mirabelle Kirkland, sur un projet intitulé « The New Me », à propos d’un homme qui essaie de reconquérir sa femme. C’est très surréel. Je travaille aussi sur un film intitulé Papercuts, et Paula Patton, qui a joué dans Precious et Mission : Impossible - Protocole fantôme, est déjà associée à ce projet. Nous devons encore faire un peu de réécriture, je ne sais pas encore quand on pourra le tourner.

    Propos recueillis par Bruno Carmelo le 5 décembre 2011

    La bande-annonce de "Oh my god !"

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