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    "Snowpiercer" : les auteurs de la BD sous le charme du film ! [INTERVIEW]
    29 oct. 2013 à 13:00
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    Venus pour la présentation de "Snowpiercer", en clôture du dernier Festival de Deauville, les auteurs de la BD Jean-Marc Rochette et Benjamin Legrand n'ont pas manqué de faire part de leur enthousiasme quant à l'adaptation du "Transperceneige" par Bong Joon Ho.

    Jean-Marc Rochette & Benjamin Legrand

    Attention, événement ! Pour la clôture de sa 36ème édition, le Festival du Cinéma Américain de Deauville s'est offert le très attendu Snowpiercer de Bong Joon Ho, que beaucoup espéraient voir à Cannes et Venise. Mais non, et le réalisateur avait fait le déplacement sur les planches, en compagnie de Jean-Marc Rochette et Benjamin Legrand, respectivement dessinateur et scénariste de la BD originale, sous le charme de cette adaptation.

    Allociné : Que ressentez-vous en voyant votre "Transperceneige" s'animer sur grand écran ?

    Jean-Marc Rochette : Moi je l'ai dessiné, sur un scénario de Jacques Lob, il y a 30 ans. Donc ça me renvoie déjà à ma jeunesse. Ensuite, je suis absolument fan de ce film donc il y a une grande fierté, de ma part, d'avoir participé à une telle oeuvre, surtout que c'est bien meilleur que ce que j'aurais pu imaginer.

    Benjamin Legrand : Pour moi c'est l'adaptation rêvée. C'est à la fois le scénario de départ de Jacques Lob, le graphisme de Jean-Marc et ce que j'ai rajouté. Il y a tout dedans : la fable et un travail d'écriture, de mise en scène et de direction d'acteurs absolument hallucinant. Ça fait déjà 3 fois qu'on le voit, on va le revoir ce soir et je sais que ce sera avec un immense plaisir en ce qui me concerne, car j'y découvre à chaque fois un petit détail dans un coin. Pour un scénariste professionnel, voir aussi beau scénario aussi bien filmé, c'est absolument hallucinant.

    Quand avez-vous été approchés par des producteurs en vue d'une adaptation ?

    Jean-Marc Rochette : Le premier album est sorti début 1984, et a tout de suite connu un grand succès. On a d'emblée eu une demande d'adaptation, qui a été refusée par Jacques Lob. Pas parce qu'il pensait que le réalisateur n'était pas bon, mais parce que ça n'était pas la bonne personne pour ça selon lui. Et il a bien fait car il n'y avait pas d'images de synthèse en 1984. Du coup ça aurait été du studio ou des extérieurs. A l'époque j'avais quand même été très étonné du refus de Jacques, car quand on est un jeune dessinateur de 25-26 ans comme moi, refuser une adaptation cinématographique, ça paraît fou. Mais le temps lui a donné raison, car Bong Joon Ho n'aurait jamais fait de remake d'un film français de 1984.

    "Bong Joon Ho est un génie du cinéma"

    Qu'est-ce qui fait de Bong Joon Ho la personne la mieux placée pour adapter cette bande-dessinée ?

    Jean-Marc Rochette : C'est d'abord un amateur de bande-dessinée. Mais un vrai amateur : quand j'étais sur le tournage à Prague, il m'a offert un livre sur l'Histoire de la bande-dessinée pragoise - ou tchèque. Ça montre à quel point il est passionné, et pas uniquement par les mangas ou les comic books. Il est passionné par toute forme de bande-dessinée, donc ça veut dire qu'il la sent. Et puis il raconte que, quand il a découvert "Le Transperceneige" dans une petite librairie de Séoul, ça lui a pris comme une maladie. Du coup il a lu les 3 tomes d'affilée et s'est dit "Je vais le faire !" Ça a été dur, pour des raisons financières notamment car ça n'est pas un film facile à monter, mais quand il l'a vu il a dit que c'était comme s'il s'était libéré d'une maladie. C'était son destin de le faire.

    Benjamin Legrand : J'avais déjà vu Memories of Murder avant de rencontrer Bong Joon Ho à Cannes, quand il était venu présenter The Host. Et là j'ai pensé qu'il fallait absolument que je le rencontre, car on venait d'apprendre qu'il avait acquis les droits de la BD. Nous avons donc discuté tous les deux, et je me suis dit que ce mec était un génie du cinéma. Peut-être que quelqu'un d'autre aurait pu le faire, mais les circonstances miraculeuses de cette BD traduite en coréen et trouvée dans une petite librairie, ça faisait une accumulation de miracles qui font qu'on a aujourd'hui un film qui est une sorte de chef-d'oeuvre.

    A quel point avez-vous été impliqués dans le film ? Avez-vous eu un droit de regard ?

    Jean-Marc Rochette : Non. Le casting s'est également fait d'une façon miraculeuse. Bong m'a raconté que les acteurs sont pratiquement venus sans qu'il les cherche, aussi bien Tilda Swinton que Chris Evans, dans une certaine mesure. Mais il ne nous a jamais rien demandé niveau scénario, car il avait son idée. Je pense que c'est un créateur qui est très très pointu. Comme l'a dit Chris Evans, Bong Joon Ho c'est le genre de type qui, s'il doit construire une maison, ne va pas acheter un sac de clous mais 253 clous (rires) Il sait exactement ce qu'il veut. Mais il m'a quand même fait participer, car tous les dessins qu'on voit dans le film sont de moi. Donc j'ai oeuvré en tant que peintre.

    C'est vrai qu'on se pose la question en les voyant dans le film...

    Jean-Marc Rochette : Voilà. Il m'a demandé de dessiner toute l'histoire du train. Toutes ces scènes d'anthropophagie, de terreur et de tragédie absolue qu'il ne pouvait pas filmer, il a décidé de les montrer par le biais du dessin. Un peu comme ceux de Goya sur la Guerre d'Espagne. Du coup je me suis enfermé pendant 3 semaines dans mon atelier à Berlin, avec ces images d'enfer dans le cerveau, pour essayer de les retranscrire le mieux possible. Quand je les ai renvoyés, Bong Joon Ho m'a répondu qu'ils n'étaient pas assez sales, alors que je les avait déjà beaucoup salis. Du coup il les a donnés à son équipe de déco qui n'osait pas toucher à des dessins originaux. Et au final on a l'impression qu'il sont passés dans du cambouis, tant ils sont magnifiques de saleté.

    Quand vous avez travaillé sur la bande-dessinée, pensiez-vous que son histoire et ses thèmes seraient encore d'actualité aujourd'hui ?

    Jean-Marc Rochette : A la base, Jacques Lob avait imaginé l'histoire en 1975, pour un autre dessinateur qui est mort entre temps. Du coup je l'ai reprise en 1982, et elle me paraissait assez éternelle cette histoire d'Arche de Noé avec des conflits internes et humains, car j'ai l'impression que l'Humanité a toujours fonctionné comme ça. Et ça n'est malheureusement pas fini.

    Benjamin Legrand : Oui, c'est une fable éternelle. Il y a tous les ingrédients qu'il faut, et Bong Joon Ho a en plus rajouté des émotions qui n'étaient pas dans les albums. Et il a sa patte personnelle, qui fait que c'est un très très grand metteur en scène. Je ne sais pas quel film il va faire après, mais ça ne sera sûrement pas un mauvais film. Je ne vois pas comment ce serait possible.

    "Le cinéma c'est du spectacle"

    "Snowpiercer" rappelle un peu "Elysium", de par son sujet et le thème des inégalités sociales. Pensez-vous que la science-fiction soit le meilleur genre pour évoquer l'actualité ?

    Jean-Marc Rochette : Ça permet de l'outrer un peu, d'appuyer l'éclairage. Là par exemple, on met des pauvres qui s'entre-dévorent en queue de train, donc on grossit le trait pour le rendre plus spectaculaire. Et le cinéma c'est du spectacle, donc quand on en fait un qui soit philosophique et intelligent comme ça, c'est mieux. Et grâce à la science-fiction, on peut créer un monde complètement gelé. C'est comme le théâtre grec à l'époque : on parlait des mythes, des tragédies. On est pas dans le réel quoi.

    Benjamin Legrand : La SF et le polar sont pareils : ça sert à caricaturer le présent et permet d'aller plus loin. Presque toutes les inventions que nous avons maintenant, téléphones portables compris, ont été inventés par des auteurs de science-fiction dans les années 50. Les fusées, la conquête de la Lune..., tout avait été écrit avant par des auteurs. Et maintenant on va sur Mars mais je trouve que ça ne va pas assez vite. Moi j'aimerais déjà y être.

    Le film connaît quelques soucis aux Etats-Unis puisqu'Harvey Weinstein veut faire couper 20 minutes. Est-ce que ça n'est pas dénaturer son propos que de faire sauter la violence au coeur du récit ?

    Jean-Marc Rochette : Ce que j'ai cru comprendre, c'est qu'ils veulent couper au début, dans la présentation psychologique des personnages - qui est parfaite, donc je ne vois pas trop ce que l'on peut enlever. La violence, ils vont la garder en revanche, car ça ne les ennuie pas tellement les Américains. Au contraire même. Par contre je pense qu'ils veulent couper la scène de l'école,

    - Spoiler :
    parce que tirer à la mitraillette dans une école aux Etats-Unis, hum. En plus les gosses y sont très orduriers.
    -

    Ça m'ennuie parce que c'est l'une de mes scènes préférées, mais j'ai peur qu'ils n'y coupent pas. Et c'est le cas de le dire...

    C'est d'autant plus dommage que cette scène appuie la critique des Etats-Unis et de la Corée, en même temps qu'elle "résume" le film et son mélange d'humour et de violence. Donc c'est vraiment le dénaturer...

    Benjamin Legrand : C'est criminel, oui !

    Propos recueillis par Maximilien Pierrette à Deauville le 7 septembre 2013

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