© Tôei Animation Company
Allociné : Comment êtes-vous devenu un producteur et réalisateur pour le compte de la Tôei ?
Kôzô Morishita : J'ai commencé à travailler pour les studios d’animation de Tôei à une époque où, au Japon, l’industrie du cinéma et celle de la télévision se rapprochaient. Que cela soit en prises de vues réelles ou en dessins animés, nous travaillions avec des effectifs très réduits et les conditions de travail étaient parfois difficiles.
La France est le pays le plus consommateur de mangas dans le monde après le Japon. Comment expliquez-vous cela ? Le public français est-il désormais pris en compte dans la production des séries nippones ?
Le dessin animé tel qu’il s’est mis en place au Japon s’inspire fortement du cinéma en prises de vues réelles, et des films français en particulier. Après la seconde guerre mondiale, les dessinateurs japonais ont voulu travailler sur des sujets plus réalistes, mais aussi plus mûrs et matures, pour concevoir leur travail d’une nouvelle manière. Cela se voit notamment dans le traitement des lumières, avec davantage de clair / obscur, inspiré par la Nouvelle Vague et des films en noir et blanc comme Ascenseur pour l'échafaud de Louis Malle. Il y a donc eu une très grande influence du cinéma français, différent de tout ce qui se faisait ailleurs, dans le domaine du dessin animé au Japon. Je crois également que le dessin animé nippon a souffert de complexe vis-à-vis de ce cinéma français, si différent et si spécifique pour l’époque. C’est ce qui explique la production d’œuvres plus originales par la suite. Je crois que ce sont ces différents raisons qui expliquent en quoi il est plus facile pour les Français d’apprécier ces productions et de se sentir si proches de leurs univers.
©2011 OSAMU TEZUKA’S BUDDHA Production Committee
L’ultime long-métrage d’Hayao Miyazaki, Le Vent se lève, vient de sortir. L’absence du cinéaste dans le paysage cinématographique japonais risque-t-elle d’être préjudiciable au cinéma d’animation ou pensez-vous que d’autres réalisateurs sont en mesure de prendre la relève ?
Si on réfléchit en termes de tradition, de continuité et de transmission, il y a beaucoup de gens au Japon qui peuvent prolonger le parcours de Mr. Miyazaki, dans la mesure où son travail est devenu une sorte d’institution. Il a eu un impact considérable auprès du grand public, mais beaucoup de gens sont capables de continuer ce qu’il a fait ou même d’explorer de nouveaux horizons. Le dessin animé traditionnel, à savoir la technique de dessiner chaque image sur papier, risque dans un futur proche de ne plus exister qu’au Japon, d'un point de vue commercial. Les techniques numériques et 3D sont de plus en plus importantes et amenées à devenir la principale méthode d’animation. Mais au Japon, outre l'attachement à la tradition ancestrale du tracé manuel, l’animation d'origine est probablement amenée à survivre et pourquoi pas à se développer davantage encore.
© Nibariki - GNDHDDTK
Le grand public est occidental connait peu le bouddhisme et l’histoire de Bouddha en général. Avez-vous réalisé ce film dans le but de promouvoir la religion ou avant tout comme un divertissement ?
Au sein de la compagnie Tôei Animation, nous visons un grand public donc évidemment nous réfléchissons en premier lieu en termes de divertissement. Mais c’est également vrai que l’on aborde un thème ou une croyance religieuse, sans pour autant tomber dans le film militant. Chaque religion à travers le monde possède ses spécificités, mais les gens qui croient en Dieu peuvent trouver dans chacune des points communs liés dans leur foi et leur conviction personnelle. C’est donc ce lien qui nous permet de transmettre le bouddhisme sans pour autant faire un film sur la religion en elle-même. C’est donc avant tout un divertissement, qui se base sur une religion, et nous n’estimions pas nécessaire d’aller au-delà pour faire passer un quelconque message.
Le box-office mondial est dominé depuis plusieurs années par les adaptations de comics américains. Se pourrait-il que les films tirés de mangas connaissent un sort similaire ?
Historiquement, il est vrai que Disney a toujours connu d'énormes succès, de même que les comics édités par Marvel. A l'inverse, les productions japonaises avaient des budgets moins importants et donc un succès moindre. Mais nous sommes désormais décidés à rivaliser avec des budgets plus élevés et à accorder une attention plus particulière sur la qualité visuelle de nos programmes pour attirer un public encore plus grand. De nos jours, les fans sont plus nombreux et motivés qu’avant et permettent donc d’élever nos ambitions. A titre personnel, je pense que le succès de l’animation japonaise sera grandissant au fil des années, comme le laisse présager le succès en salles d’Albator en France et en Italie par exemple.
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Propos recueillis par Clément Cusseau.
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