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    Cannes 2014: Pour Les Ponts de Sarajevo, les engagées Isild Le Besco et Ursula Meier au micro !
    Par Laetitia Ratane — 16 juil. 2014 à 19:00
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    En salles cette semaine, "Les Ponts de Sarajevo" réunit le point de vue de 13 réalisateurs européens sur cette capitale, théâtre douloureux de l'Histoire. Rencontre à Cannes avec deux de ces cinéastes engagées : Isild Le Besco et Ursula Meier.

    Rezo Films

    C'est une guerre qui était à notre porte, je voulais faire une proposition radicale ...

    Ursula Meier : Cela a été un long processus, ce n'est que 9 minutes 30 mais ça a été une longue réfléxion parce qu'au départ quand Jean-Michel Frodon m'a proposé le projet, je m'étais interdit la fiction. Ce n'est pas mon pays, ni ma ville, ni mon histoire. C'est une guerre qui était à notre porte et qui m'a touchée, et je voulais faire une proposition radicale, de recherche. Je m'interdisais la fiction pour des questions de légitimité. 

    J'avais déjà été à Sarajevo, présenter Home, mon premier long métrage qui a été une rencontre extraordinaire avec la ville et ses habitants. J'ai donc dit oui tout de suite. Puis j'y suis retournée avec mon coscénariste, on a rencontré énormément de gens, on a marché des heures dans la ville. Je suis tombée sur cet endroit, ce stade où se déroulait un entrainement avec cet entraineur qui avait une énergie assez dure. Le cimetiere chrétien et musulman est collé à ce lieu, sans filet pour les séparer. L'idée du film est née de la proximité de ces deux lieux.

    Ces enfants qui ont eu une vie difficile savent déjà tout de la vie d'une certaine manière...
    Isild Le Besco : J'ai été contactée au tout début de l'été par Jean-Michel Frodon. Il m'a demandé si huit minutes sur Sarajevo me tentaient. J'ai dit oui immédiatement. Dans mon imaginaire, Sarajevo c'était une sorte de plaine avec des maisons en pierre, des bunkers mais parce que j'étais très petite lorsqu'il y a eu la guerre. Ces images étaient enfantines, venant des échos que j'avais eus. J'avais très envie de filmer les gens, les lieux là-bas. Au bout d'un moment, mon envie s'est portée sur cet enfant. Je suis restée plusieurs mois parce que j'avais envie de faire mon film, de le terminer là-bas, d'y faire le montage et la post production.  C'est une ville curieuse, magnifique. Y aller une semaine non mais six mois oui, il le faut. Pour être dérouté, pour y vivre.

    Quand je vois ces enfants qui ont eu une vie difficile... : tout ce qu'ils portent sur leurs épaules de 30 cm, je trouve ça beau... A 5 ans ils savent déjà tout de la vie d'une certaine manière. Ce qu'ils ont vécu est sans mot. J'ai aimé retrouver un enfant, le filmer, comme sur mon premier film. Avec eux, il y a quelque chose au-delà des mots, au-delà du social, comme avec les animaux.

    Je voulais parler de Sarajevo au présent mais aussi dans l'avenir, à travers des enfants...

    Ursula Meier :  Mon jeune héros va enjamber cette barrière, passer du monde des vivants au monde des morts. Il fait cette rencontre un peu étrange, qui est presque surnaturelle. Pas un fantôme mais une fée, une apparition, une belle femme sur laquelle on peut projeter plein de choses : sa mère, la tragédie de cette guerre et le trouble qu'il peut y avoir, quand il la prend dans ses bras. C'est un film de prise de conscience. Un enfant d'aujourd'hui qui n'a pas connu la guerre et marche dans ce cimetière qui fait partie de son quotidien, voit la tombe d'un autre enfant qui est mort à son âge et retourne dans le monde des vivants changé. J'avais envie que ce soit une petite histoire mais en arrière plan de la Grande. Je voulais parler de Sarajevo au présent mais aussi dans l'avenir, à travers des enfants.

    Un enfant c'est une page blanche. Quand on le filme, on lui vole un peu de ce qu'il est...
    Ursula Meier : Je prépare en ce moment une petite leçon de cinéma pour les enfants, un montage sur mon travail avec mon comédien de Home et l'Enfant d'en haut, de ses 8 ans à aujourd'hui 15 ans. Je filme la naissance d'un acteur. On choisit souvent un enfant parce qu'il a le même caractère que le personnage et on lui vole ainsi un peu de ce qu'il est. Avec Kacey Mottet Klein, j'ai fait l'inverse. J'ai essayé de lui faire comprendre ce que c'est que de jouer, d'être, de trouver des états. Prendre conscience qu'avec son corps, sa voix, on peut aller plus loin, les voir comme un instrument de travail. Prendre conscience que jouer, c'est être. Un enfant c'est une page blanche, c'est terrifiant en quelque sorte.

    Avec des acteurs confirmés, j'aime le mystère. Léa Seydoux et Isabelle Huppert ont de commun le mystère qu'elles dégagent...

    Ursula Meier : Même avec des acteurs qualifiés comme Isabelle Huppert et Olivier Gourmet, si l'enfant qui joue avec eux est faux, la scène est fausse. J'aime le fait qu'un enfant soit une page blanche. J'aime aussi, pour les acteurs plus confirmés, le mystère. Léa Seydoux et Isabelle Huppert, que j'ai mises en scène, ont de commun le mystère qu'elles dégagent, une petite bulle qu'on ne percera jamais, une zone mystérieuse, inaccessible. C'est pour cela que Léa attire autant les réalisateurs, que tout le monde a envie de travailler avec elle. Ce mystère qu'on a envie d'approcher, ce quelque chose de très animal. Avec elle, on sait qu'il y aura une prise au-dessus des autres, on met tout en oeuvre pour que cette prise existe, et quand on l'a, c'est un moment assez sublime.

    Ce serait intéressant de connaître le nombre de films de femmes présentés puis sélectionnés...

    Ursula Meier :  Pour Les Ponts de Sarajevo, Cannes est une visibilité extraordinaire car c'est un film fragile. C'est beau de faire partie d'une oeuvre collective avec des cinéastes européens, cette Europe que je défends. En ce qui concerne la sélection à Cannes, et la question du nombre moins important de films faits par des femmes, je dirais que le problème est ailleurs, bien en amont. Il y a beaucoup moins de films de femmes qui sont produits et dans certains pays, c'est même impossible pour elles.

    Il faudrait voir ces milliers de films que reçoit le comité de sélection. Moi j'ai eu la chance d'être à la Semaine de la Critique avec Home, à Berlin avec L'Enfant d'en haut donc je n'ai jamais personnellement ressenti ça. Tout cela reste du cinéma, je ne revendique pas un cinéma féminin, j'ai le point de vue d'une femme mais voilà. Ce serait intéressant cela dit de connaitre le nombre de films de femmes présentés ... puis sélectionnés.

    Tenter de définir la différence existant entre un film fait par une femme et un film fait par un homme est impossible...
    Isild Le Besco : Il y a une différence entre un film fait par une femme et un film fait par un homme. Dans la peinture, la littérature c'est pareil. Mais je ne peux pas mettre de mots dessus, ce serait comme tenter de dire quelles sont les qualités d'une femme et d'un homme. Le positionnement est différent. Je dois avouer pour l'instant qu'il y a proportiellement plus de cinémas d'hommes qui me touchent. Je suis très inspirée par Jean Luc Godard par exemple. Je vois aussi beaucoup de films classiques et je m'en inspire en tant que réalisatrice : c'est comme les vêtements, j'aime ce qui est intemporel, qui reste. J'ai commencé à écrire en même temps que je jouais. Je voulais faire les deux, j'avais quelque chose à exprimer.

    Ursula Meier : Quand je suis au cinéma, peu importe s'il s'agit d'un homme ou d'une femme. Cela dit, il s'avère qu'il y a beaucoup de films de femmes que j'aime. Je suis Lucrécia Martel, Kathryn Bigelow, Jane Campion. C'est François Truffaut qui confiait son rêve qu'il y ait un jour plein de femmes cinéastes et ça arrive, je crois. Je suis l'émergence des réalisatrices en France, j'adore Céline Sciamma, Rebecca Zlotowski, Pascale Ferran, Noémie Lvovsky.

    Propos recueillis le 23 mai 2014, à Cannes.

    Tout sur le film

    La bande annonce des "Ponts de Sarajevo"...

    Les Ponts de Sarajevo Bande-annonce VO

     

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