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    Olivier Marchal sur tous les fronts ! [INTERVIEW]
    Par Clément Cuyer — 14 nov. 2018 à 19:00
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    Rencontre avec l'acteur/réalisateur Olivier Marchal, qui évoque pour AlloCiné ses nombreux projets, ses souvenirs de cinéaste, son amour du polar, ses années de flic,...

    Ben Dauchez

    En 2014, AlloCiné avait rencontré l'acteur, scénariste et réalisateur Olivier Marchal pour un entretien où il évoquait ses prochaines échéances. Au final, la série Section Zéro a vu le jour, Paradise Beach sortira en salles en février prochain sans qu'on sache s'il est finalement crédité au générique, et son film Notre mère la guerre est en stand-by.

    Mais cette interview était également l'occasion pour Olivier Marchal de revenir sur ses plus grands souvenirs de cinéaste, son amour du polar et, bien sûr, ses années de flic. Retour sur cet entretien alors qu'il fête aujourd'hui ses 60 ans.

    AlloCiné : Tout d'abord, comment allez-vous ?

    Olivier Marchal : L'année 2013 a été particulièrement sombre pour moi, dans tous les compartiments de ma vie. Il y a eu une grosse remise en question professionnelle. Je me suis un peu retiré pour retrouver le goût d'écrire. Et je l'ai retrouvé à travers Borderline, un unitaire prestige pour France 2. J'ai besoin d'un facteur humain pour écrire. Ma rencontre avec Christophe Gavat, le bras droit de Michel Neyret, m'a tellement ému que j'ai écrit le scénario en trois mois. Le film, inspiré du livre 96 heures de Gavat, sera centré sur la garde à vue de ce dernier et pas sur l'affaire Neyret. Pour 2,5 millions d'euros, on a fait un unitaire prestige d'1h40 pour la télévision qui est super touchant et qui me ressemble plus que tout ce que j'ai fait depuis deux ans.

    Cinq ans après "Braquo", vous allez également signer une nouvelle série...

    Ca fait deux ans que j'écris une série d'anticipation, Section Zéro, soutenue par EuropaCorp et Luc Besson. La série se tourne en octobre. C'est une sorte de mélange entre, toutes comparaisons gardées, Mad Max, Les Fils de l'homme, Looper, Soleil vert, Blade Runner... L'histoire de flics, dans la Grande Europe, qui se réunissent en underground pour rétablir la démocratie et affronter les groupes financiers qui ont pris le pouvoir. J'écris et réalise les quatre premiers épisodes. Xavier Durringer écrit les quatre autres avec David Fernandez. Ca coûte cher, il y a beaucoup d'action. C'est très violent, très noir, mais avec aussi beaucoup d'émotion.

    Et côté cinéma ?

    En 2015, je tournerai Notre mère la guerre, un film sur les poilus pendant la guerre 14-18, l'adaptation de la BD, une histoire sublime sur la quête de vérité d'un jeune poilu à travers toute la guerre, avec aussi une très belle histoire d'amour. Une grosse épopée. Et puis, pour plus tard, j'ai aussi adapté un scénario de Xavier Durringer qui s'appelle Paradise Beach. Un film de voyous en Thaïlande, mais jugé trop noir, trop violent aujourd'hui. Donc pour le moment, on laisse tomber, je vais le faire traduire en anglais pour le proposer à Harvey Weinstein qui veut bosser avec moi, pour le faire avec des acteurs américains.

    Ben Dauchez

    Quel est votre meilleur souvenir en tant que réalisateur ?

    En tant que réalisateur, le souvenir le plus fort, c'est 36 Quai des Orfèvres. C'était mon deuxième film, fait dans une insouciance absolue. Soit ça passait, soit ma carrière était finie. Personne ne croyait au casting... Dans le milieu du cinéma français, j'ai des copains qui me disait  : "Y'a des mecs qui parient dans les restos que tu vas te vautrer !" Au final, on a fait 2,5 millions d'entrées. Moi, je peux vous dire que quand on a Auteuil et Depardieu sur un plateau... Le jour où je les ai eu tous les deux dans le cadre, j'ai eu une montée... J'ai les deux qui sont là, quoi ! (rires)

    Et mon expérience la plus forte, je crois que c'est MR73. C'est mon film de metteur en scène, c'est ce que j'ai en moi, c'est l'histoire dont j'avais envie de parler, c'est quelque chose qui m'a bouleversé, qui m'a marqué. Ce film, je peux le revoir, alors que les autres, non. Je ne renie pas 36 Quai des Orfèvres, c'est un sublime souvenir, le sujet est super, j'ai bossé comme un fou sur le scénario, et puis il y a eu un gros succès qui m'a permis de continuer à bosser. Mais il y a des maladresses. Mon meilleur film, c'est MR 73.

    Un mot sur "Truands", qui a reçu de violentes critiques au moment de sa sortie...

    Nous, avec Benoît Magimel, on s'en sort pas trop mals. Mais j'en étais gêné pour Frédéric Schoendoerffer. Et puis c'est surtout Philippe Caubère qui s'en est pris plein la gueule. Magimel et moi, on était le tandem un peu plus sympa, on la jouait plus humains, en montrant qu'il y avait des voyous moins fous que les autres. Mais avec ce film, je suis devenu l'égérie des mecs de banlieue, c'était la consécration ! Ils m'appellent dans la rue : "Hé, Jean-Guy ! La scène à poil dans le hamamm !" Bon... (rires)

    Vous sentez-vous un peu en marge dans le cinéma français ?

    Un peu oui. Aux César, avec Christophe Baratier, pour Les Choristes, on avait fait 12 millions d'entrées à nous deux, et on sentait que personne nous calculait. Oui, là, j'ai senti que j'étais en marge. Mais c'est pas grave. A partir du moment où mes producteurs me considèrent et où Gaumont me fait confiance, ça va. J'ai une colère en moi qui permet d'avancer. Mais ce n'est pas de l'aigreur. Le jour où je serai aigri ou fatigué, j'arrêterai.

    Ben Dauchez

    Vous êtes l'un des fers de lance du polar en France. Qu'est-ce qui fascine les gens dans ce genre selon vous ?

    Le polar fascine car c'est un genre où tu peux toujours dépasser les limites. L'homme est capable d'aller très loin dans la cruauté et la barbarie, et il n'y a que dans le polar que tu peux traiter les tragédies à une très grande échelle. Tu peux te permettre d'aller très loin dans les personnages, j'ai appris ça en regardant des séries comme 24 heures, The Shield... Quand j'écris la saison 1 de Braquo, c'est que je suis en révolte contre le système. Pendant l'écriture, chaque jour, je me matais deux ou trois épisodes de The Shield, ça me donnait la pêche. Il faut savoir oser sans tomber dans le caricatural ou le grotesque.

    C'est le cinéma qui vous a donné envie de devenir flic ?

    Le cinéma et les romans. L'envie d'être un héros. Je lisais Raymond Chandler, James Ellroy, tous les Manchette... Le cinéma, c'était Delon, Gabin, Ventura, Eastwood, McQueen, Bronson... Je voulais ressembler à ces gars-là. Ils ont un gun, des belles bagnoles et tirent des belles gonzesses ! (rires) C'est basique comme truc, c'est gamin, enfantin. Ensuite, la vie m'a chargé de découvrir le reste, mais au départ, l'envie de devenir flic, c'est ludique, c'est une démarche très romantique, et profonde aussi. L'envie de rendre service aux gens, de rendre service à la société.

    Avez-vous la nostalgie de vos années de flic ?

    Ca ne me manque pas, mais j'ai la nostalgie de ce que j'ai vécu quand je suis arrivé à Paris et que je me suis retrouvé avec ces vieux flics... J'ai eu la chance d'être poulet dans les années 80. Les boîtes, la nuit, les fêtes, des supers affaires, on était une vraie tribu, une vraie famille. Franchement, tu ne prends même pas de notes, t'enregistres tout. Tu bosses avec des Corses, des Marseillais, des titis parisiens, des mecs de Belleville, y'avait plein de codes de langage... C'est la vraie école de la vie, qu'on a perdu aujourd'hui. Avec eux, je me suis prouvé des choses par rapport au courage. J'ai été mal dans ma peau pendant longtemps, et c'est un métier qui m'a permis de m'assumer en tant qu'homme, de me rassurer. Ca m'a amené des choses très noires, très glauques, mais aussi des choses formidables.

    Propos recueillis par Clément Cuyer

    La bande-annonce de "MR 73", qu'Olivier Marchal décrit comme son meilleur film :

    MR 73 Bande-annonce VF

     

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    Commentaires
    • elise d.
      Note mère a guerre : je suis trop déçu que cela soit en stand by, l'histoire m'intéressait beaucoup
    • Sicyons
      Allobedia traite directement avec la honte...
    • Joclint
      Marchal,un nom qui lui va bien pour un ancien shérif ou policier !! :-)
    • shield
      J'aime beaucoup les Lyonnais aussi, un des meilleurs polar français que j'ai vu. Marchal a du mérite d'avoir réussi dans ce genre malgré les nombreux films ou séries déjà réalisés avant lui. Alors oui, tout n'est pas bon, mais il s'en sort bien, il faut dire qu'il a de l'expérience dans ce genre. Je vois qu'il a été influencé par la série The Shield et normal vu la qualité de la série.
    • shield
      Fan de The Shield...ça c'est une série qui mérite d'être repassé.
    • Tommy Shelby
      C’est clair que ça veut rien dire , surtout avec la préface du début, je vois vraiment pas l’intérêt.
    • -Nomade-
      Mais qu'est-ce que c'est que cette interview ?!...Elle date d'au minimum 5 ans.Pourquoi mettre la date de 2018 en tête de l'article, franchement ?
    • MickDenfer
      encore un vieux dossier !
    • Echooche
      Braquo est en effet globalement très surcotée, mais il serait injuste de l'analyser comme un tout vu qu'ils ont changé de scénariste après la saison 1. Ils ont remplacé une équipe dirigée par Olivier Marchal par une autre menée par Abdel Raouf Dafri. Ils ont aussi changé de réalisateur chaque saison. Du coup on passe d'une série policière bien ficelée (saison 1) à de l'action à outrance sans cohérence (saison 3) en passant par une saison 2 entre deux eaux. Dommage pour cette série qui avait bien commencé, parler de pale copie de the Shield est presque trop gentil au vu de la saison 3...
    • ed_cine
      Les seins de glace avec Alain Delon est un polar et il y en a qu'autres...
    • Edou Dc
      c'est sûr que Dany Boon ou Frank Dubosc ne sont absolument pas sur côtés a côté de Marchal!
    • Edou Dc
      depuis quand Lautner a réalisé des polars? Les tontons flingueurs un polar? Sérieusement? Melville oui, Lautner, je te conseille de revoir ses films... Sinon Marchal est a peu prés le seul réal français a porter le ciné français , ou les séries qu'il réalise ou produit ( même si braquo a perdu de sa superbe dans la saison 3) en dehors de son pays..et a faire des films qui ont un peu de gueule. Parce que ce n'est pas avec les films de dubosc ou Kev adams, les pseudo " rom com " pâles imitations des Bridget Jones et consor, ou encore récemment sur des pré ados qui braquent les sujets du bac avec la fouine en " guest" que le cinéma français est prêt a relever le niveaux... Lautner et Melville manquent cruellement aujourd'hui, et sont loin d'avoir trouvés leur successeurs..même si Marchal tends a s'en approcher
    • ed_cine
      Olivier Marchal a reussi son pari avec 36 quai des orfevres, ses autres films j'aime moins mais c'est parce que j'ai grandi avec les vieux polar surement...
    • ed_cine
      Don Siegel (L'Inspecteur Harry) et William Friedkin (French Connection) sont les meilleurs dans le genre polar...Je te conseille LA SOIF DU MAL de Orson Welles, chef d'oeuvre epoustouflant dans le genre...Arthur Penn a fait le film choc Bonnie & Clyde, une reference :)
    • ed_cine
      Je te conseille tous les films de George Lautner tu vas te regaler!
    • Charles-Antoine Bertaux
      Néanmoins j'avoue que je n'ai que 21 ans (pas une excuse car je sais que beaucoup de cinéphiles de mon âge possèdent une culture cinématographique probablement bien supérieure à la mienne) et que je ne connais pas encore parfaitement tout le cinéma et surtout touts ses époques - même si j'ai étonnement découvert des grands réalisateurs très jeunes (comme Sydney Lumet au collège). Et je dois effectivement développer davantage ma culture cinématographique. :)
    • Charles-Antoine Bertaux
      Oui je suis d'accord que Georges Lautner est un grand. :)Mais en fait c'est vrai qu'il y a énormément des réalisateurs de polars certainement plus brillants et remarquables que Olivier Marchal - réalisateurs que j'adore également comme je l'ai dit dans ma réponse à votre commentaire ;) - mais j'ai oublié de préciser "réalisateur contemporain". ^^
    • Charles-Antoine Bertaux
      Oui, même Olivier Marchal avoue dans plusieurs interviews qu'il regrette avoir passé la main pour la série "Braquo" qu'il trouve de plus en plus mauvaise au fil des épisodes.
    • Charles-Antoine Bertaux
      Si, j'adore également Jean-Pierre Melville (dont j'adore notamment "Bob le flambeur" - son premier film de gangsters qui est un bijou pour moi - ou "Le Cercle rouge") - et c'est vrai que j'aurais pu le citer tellement je trouve ce réalisateur talentueux -, Howard Hawks (notamment pour "Scarface"), Michael Mann évidemment (pour "Heat", "Ali", "Miami Vice", "Public Enemies"... qui sont de grands films à mes yeux - mon favori étant "Public Enemies" ; j'attends avec impatience "Cyber") et Sydney Lumet (dont j'ai découvert "Serpico" au collège et biopic pour lequel j'ai eu un véritable coup de foudre, surtout pour Al Pacino en policier intègre - alors que chose étonnante, je ne connaissais pas encore le terme "corruption" à cet âge là ^^), mais je ne pouvais pas tous les citer même s'ils font tous partie des réalisateurs que j'admire le plus. :DPar contre j'avoue que je connais encore très mal Orson Welles, William Friedkin, Don Siegel et Arthur Penn. :$ Je dois impérativement découvrir ces réalisateurs. :)Néanmoins je trouve Olivier Marchal très talentueux, j'ai toujours admiré son cinéma - même si je ne dis pas que c'est le meilleur réalisateur de polars. ^^ Mais j'aime beaucoup son style, même s'il est très différent d'autres réalisateurs.
    • ed_cine
      Tu dois avoir vu tres peu de polar pour dire ca. Georges Lautner est LE maitre incontesté du polar francais avec Les tontons flingueurs, les barbouzes, ne nous fachons pas etc...
    Voir les commentaires
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