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L'Enlèvement de Michel Houellebecq : nos questions au réalisateur Guillaume Nicloux
Par Clément Cusseau — 27 août 2014 à 09:00
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Ce soir à 22h20, Arte diffuse "L'Enlèvement de Michel Houellebecq", un téléfilm s'inspirant de la mystérieuse disparition du célèbre écrivain en 2011. Pour l'occasion, nous avons posé quelques questions au réalisateur, Guillaume Nicloux.

Caramel Films

En 2011, alors qu'il effectue une tournée des médias pour la promotion de son roman "La Carte et le territoire", Michel Houellebecq disparaît durant une semaine, sans donner la moindre explication. Dès lors, les médias vont se lancer dans les théories les plus folles, parmi lesquelles l'enlèvement de l'écrivain par Al-Qaïda.

Cette étrange histoire est devenue le point de départ de L'Enlèvement de Michel Houellebecq, un docu-fiction signé Guillaume Nicloux et dont le rôle-titre est interprété par Houellebecq en personne. Le réalisateur a accepté de se confier sur son film, diffusé ce soir à 22h20 sur Arte.

Allociné : Comment est venue l’idée de faire de Michel Houellebecq un « héros » de film ?
Guillaume Nicloux : En 2012, j’ai demandé à Michel d’interpréter le patron des services secrets français dans un de mes précédents films, L’affaire Gordji . A l’issue du tournage, j’ai eu envie d’écrire un récit dont le héros serait Michel Thomas, (son véritable patronyme), et non Michel Houellebecq, l’écrivain public. Une expérimentation filmique où l’homme se dévoilerait au travers d’un rapt existentiel un peu particulier.


Vous utilisez la fiction pour délivrer un portrait de l’homme / écrivain, et c’est finalement un Michel Houellebecq intime qui se révèle au fil du récit : l’avez-vous consulté lors de l’écriture du scénario ?
Oui, nous nous sommes fréquemment vus avec Michel, et au fil de nos déjeuners, une forme d’incrémentation velléitaire s’est mise en place. Mais avant cela, j’avais imaginé cette histoire de kidnapping en m’inspirant d’un fait réel, sa disparition et son prétendu enlèvement par Al-Qaïda annoncé par certains médias en 2011. J’ai ensuite soumis Michel à un questionnaire de façon à choisir ensemble les thèmes à aborder pendant la séquestration. Mais l’intérêt d’un tel projet est aussi de laisser une part d’imprévu dynamiter les plans prévisionnels. Le récit n’en a jamais souffert mais plusieurs séquences ont été joyeusement bouleversés par quelques envolées lyriques et saillies verbales.

Mettre en scène un écrivain dans son « propre rôle » était-il une sorte de « fantasme » ?
Non car ici l’écrivain m’intéresse moins que l’homme. Si Michel avait été pianiste ou architecte l’envie aurait été la même, proposer au public le portrait d’un artiste totalement singulier. En utilisant l’alibi fictionnel, je voulais aborder le documentaire par une fenêtre inhabituelle afin d’offrir une introspection houellebecquienne hors du commun.… Prendre comme précepte que « tout documentaire est une fiction » et utiliser le mensonge comme rampe de lancement pour mieux atteindre un espace de liberté qui n’a qu’un seul but, la captation d’instants de vérité.


Quelle a été la part d’improvisation sur le tournage ?
Il n’y a eu aucun changement dans l’ossature scénaristique mais le contenu des dialogues a suivi un chemin aléatoire, souvent inattendu, parfois calculé, mais toujours enclin à provoquer la spontanéité. Il n’était cependant pas prévu d’aller aussi loin dans l’investissement alcoolisé et sexuel.


C’est la deuxième fois que vous dirigez Michel Houellebecq : quel type d’acteur est-il ? Comment le dirige-t-on sur le plateau ?
Je n’utilise jamais ces termes et je ne sais pas ce que c’est que diriger un acteur. Je parle très peu sur un plateau, et le moins possible du personnage. J’ai juste essayé d’amener Michel dans une direction, celle de l’oubli. Et pour parvenir à cela, vous n’avez besoin que d’une chose, la confiance que l’on vous accorde. Je vous l’ai dit, ce qui m’intéresse le plus c’est l’individu. Dans sa globalité, avec sa force, ses contradictions et ses fêlures. C’est toujours en m’adressant à lui que j’interroge le mieux l’histoire que je raconte.


Michel Houellebecq sera prochainement à l’affiche d’un autre film : Near Death Experience. Comment expliquez-vous cet attrait du cinéma envers lui ?
Michel dérange, intrigue et fascine. Il suscite passion, haine et respect. Il provoque, dégoûte, navre, transcende, la liste est longue… Connaissez-vous beaucoup de personnes capables de déclencher de tels sentiments à la fois ?

L'Enlèvement de Michel Houellebecq Bande-annonce VF

 

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Commentaires
  • Elisariel
    Michel Houellebecq "transcende", entre autre. Bref.Écrivain nombriliste, pur produit bobo égocentrique et tout est ainsi à l'avenant avec ce personnage, les réponses données par Guillaume Nicloux vont donc dans le même sens : Un appel urgent à l'oubli...
  • NeoUriel
    Bien d'accord pour Houellebecq, par contre je te trouve bien dure avec Nicloux. Certes, il ne réussit pas toujours ce qu'il entreprend en tant que réal' mais il a au moins l'audace d'aller vers un cinéma différent du mainstream habituel.Et puis dans ce cas devons d'avance condamné le nouveau Delépine/Kerven ?
  • MGM-ranger
    Je ne savait pas que notre écrivain numéro un au niveau mondial était aussi acteur. Je me demande si il joue bien...
  • Elisariel
    De Guillaume Nicloux, j'ai aimé "Le poulpe", "Le concile de pierre" (même si parfois un peu maladroit) et dernièrement "La religieuse".Il a du talent, c'est indéniable !MAIS, mais, mais... Sapristi ! Que vient-il faire avec ce mec que j'ai toujours considéré comme un imposteur (j'ai lu quelques unes de ses œuvres... Re-bref...) ?Quant au duo Delépine/Kerven, j'ai apprécié "Mammuth" et "Louise-Michel". Je les trouve doués aussi, bien que déjantés !
  • Elisariel
    La misère...
  • MGM-ranger
    en même temps c'est rare d'exceller dans deux métier.
  • NeoUriel
    J'admets que son choix me laisse tout autant perplexe, ne pouvant trouver de rapport entre sa filmographie et la personnalité "gerbative" de Houellebecq, mais qui sait peut-être réussira-t-il le pari de rendre son sujet passionnant... bon ok même moi j'y crois pas
  • Laurent D.
    Son "enlèvement" ? Un coup de pub à la Jean-Edern Hallier oui...
  • Elisariel
    Si tu ne connais pas le personnage... Je te conseille (avec précaution) de découvrir sa Magnificence devant laquelle le gratin Boboïste s'incline et tu vas comprendre :-P
  • MGM-ranger
    Je connaît un peu Michel Houellebecq. C'est vrai qu'il est nombriliste et que c'est un personnage non très amical mais ça reste un grand écrivain célèbre dans le monde entier.
  • Elisariel
    Je respecte les personnes qui aiment son travail, il faut de tout pour faire un monde (lieu commun dans tous les sens du terme).Barbara Cartland était aussi très célèbre dans le monde entier et pourtant... En y réfléchissant, je préfère la dame en rose, elle ne se prenait pas au sérieux (bon goût britannique), ce qui est une forme subtile de politesse quand on est connu.
  • MGM-ranger
    Je n'ai jamais ouvert un de c'est livre :). Disons qu'on ma dit du bien de lui c'est tout. Tu t'y connaît plus et tu a surement raison.
  • Elisariel
    Rester ouvert, c'est ma devise !Quand j'ai la "dent dure" comme le souligne NeoUriel, c'est que je suis entrée dans l'univers de la personne en question.Je m'autorise à donner mon avis. Comme pour les films.Si tu veux bien le connaître, je te recommande son premier livre "Les particules élémentaires". Si tu aimes son style, non dénué d'un certain talent (j'avoue), tu peux passer à "Plateforme". Perso, son écriture très marquée par l'amour de sa propre personne et un certain mépris hautain m'ont hérissé + les interviews délirantes, pour certaines frisant l'incorrection outrancière, m'ont définitivement rebutée.Mais il faut explorer toujours et peut-être que tu aimeras !
  • Jay M.
    Autant etre frand,j ai jamais lus houetruc...cela n empeche pas un avis critique de l ensemble.j ai reconnue des amis ,des connaissances,...et moi meme dans oeuvre confrontatiste vis a vis d un monde culturelement elitiste et ĺa masse populaire/moderne.....qui doit s adapter?
  • ariane o.
    J'ai lu 2 livres de lui, un que j'ai détesté (Les Particules élémentaires), un que j'ai adoré (La Carte et les territoires). Mais dans les 2 cas, je trouve l'écrivain super doué. Son personnage est quand même assez fantasque et vraiment hors du commun. Il me fait un peu penser à Gainsbourg dont les frasques étaient à l'époque décriées par une partie du public, ce qu'on a tendance à oublier aujourd'hui. Bref, j'ai vu le film de Nicloux et je l'ai trouvé incroyable. C'est drôle, surprenant et Houellebecq est assez stupéfiant. Repoussant physiquement et ne cherchant jamais à paraître ce qu'il n'est pas, ce qui me le rend plutôt sympathique. Une très bonne surprise.
  • Elisariel
    C'est "brut de décoffrage" mais en gros, c'est à peu près ce que je pense. Il est très imbu de sa personne et aimant faire le "buzz", des peoples s'arriment à sa vie, qu'il aime étaler, pour à leur tour se faire mousser devant les caméras. Ça fait très intello intelligent.
  • Elisariel
    Gainsbourg avait une élégance innée, très dandy et en même temps sulfureuse et créative. Il n'a jamais, du moins dans ma mémoire, tenté de "disparaître" et d'utiliser ses frasques, qu'il avait nombreuses à des fins purement égocentriques.Houellebecq sait écrire (mais pas tant que ça), mais sans la créativité qui boostait le chanteur compositeur.
  • Kiwiluche
    mon commentaire a ete supprime, surement a cause du "brut de decoffrage", mais oui on est d'accord..
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