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    Orson Welles dans Transformers ? Si, si !
    Olivier Pallaruelo
    Olivier Pallaruelo
    -Journaliste cinéma / Responsable éditorial Jeux vidéo
    Biberonné par la VHS et les films de genres, il délaisse volontiers la fiction pour se plonger dans le réel avec les documentaires et les sujets d'actualité. Amoureux transi du support physique, il passe aussi beaucoup de temps devant les jeux vidéo depuis sa plus tendre enfance.

    Il y a 30 ans, le 10 octobre 1985, disparaissait Orson Welles, à l'âge de 70 ans. Un génie exubérant et visionnaire, excellant dans tous les domaines artistiques mais largement incompris en son temps. Retour sur un monstre sacré en 5 anecdotes.

    Il déclencha une panique nationale à la radio

    Le 30 octobre 1938, Orson Welles déclencha un mouvement de panique chez les auditeurs de la radio américaine Columbia Broadcasting System (CBS) avec son adaptation de la Guerre des Mondes de l'auteur de SF H.G. Wells : il fit croire aux auditeurs à une invasion martienne de la Terre.  À l’époque, Orson Welles adaptait et mettait en scène des classiques de la littérature dans une émission intitulée Mercury Theater on the air, avec une troupe de théâtre. Constitué de flashs d'informations, de témoignages (faux, bien entendu), d'interview et de reportages radio en direct, le résultat était saisissant de réalisme; d'autant que le programme radio débutait par un bulletin météo, puis une séquence musicale brutalement interrompue par des brèves relatant des explosions venant de la planète Mars. Il indiqua aussi le lieu -bien réel- où les martiens étaient supposés débarquer : Grover's Mill, situé dans le New Jersey; un lieu qu'il avait en fait choisi au hasard sur une carte routière de l'Etat. Le résultat de l'entreprise fut si réaliste que cela déclencha une panique dans le pays, sans compter celle des auditeurs qui prenaient le programme radio en cours de route. Dans une sorte de crise d'hystérie collective, certains appelèrent même la police, persuadés d'avoir vu des martiens. Le lendemain de son forfait, Welles et CBS s'excusèrent, tandis que certains auditeurs déposèrent des plaintes contre lui et la chaîne radio, qui furent peu après annulées.

    Ci-dessous, et pour les plus anglophones d'entre vous, voici l'intégralité de l'émission en question...

    Last but not Least, une anecdote dans l'anecdote : Welles a utilisé un extrait de cette émission radio dans son film testament, l'extraordinaire Vérité et mensonges. Un film essai tout autant qu'une mise en abîme de son propre travail, sur "le delicieux mensonge" de l'oeuvre d'art, une variation sur les rapports du créateur avec sa création.

    Ci-dessous, la bande-annonce du film...

    Orson Welles et le coucou suisse

    Dans le chef-d'oeuvre absolu de Carol Reed, Le Troisième homme, Orson Welles incarne Harry Lime, un trafiquant de pénicilline, dans la ville de Vienne terriblement appauvrie de l'immédiate après-guerre. Dans la célèbre scène située à la grande roue, il retrouve son vieil ami Holly Martins, minable écrivain américain, qu'il pensait décédé. Outre le fait qu'Orson Welles a entièrement écrit le personnage du trafiquant Lime, il s'est même payé le luxe d'improviser. De là sa réplique absolument géniale et brillante, où il compare l'héritage culturel de l'Italie et de la Suisse.

    "L’Italie sous les Borgia a connu 30 ans de terreur, de meurtres, de carnage... Mais ça a donné Michel-Ange, de Vinci et la Renaissance. La Suisse a connu la fraternité, 500 ans de démocratie et de paix. Et ça a donné quoi ? ... Le coucou !"

    Welles, ambassadeur de bons offices

    Les Etats-Unis entrent en guerre au moment même où Orson Welles termine le montage préliminaire de son second film, La Splendeur des Ambersons. Mais en 1942, Orson Welles est expédié par la RKO au Brésil, avec la bénédiction de Nelson Rockfeller. Ce dernier, homme politique alors coordinateur du bureau des affaires inter-américaines sous la présidence Roosevelt, souhaitait développer une politique de promotion de la culture nord américaine en Amérique du Sud. La mission de Welles fixée par les producteurs : tourner un documentaire à la façon d'un carnet de voyage, en sillonnant les principales villes. Documentaire que welles baptisera It's All True.

    Avant de partir, Welles confie à Robert Wise le soin de monter son film, selon ses instructions, qu'il devait lui transmettre par téléphone et télégraphe, puis de lui apporter cette version à Rio pour qu'il peaufine le résultat final sur place. Pas vraiment enthousiaste à l'idée de filmer la population locale, il est de plus handicapé du fait des restrictions aériennes imposées en temps de guerre : impossible de faire venir les bobines de son film au Brésil. 

    Le 17 mai 1942, la RKO décide de pourtant montrer son film, dans son dos. La projection test est une catastrophe. Le studio va alors, toujours sans en informer Welles, couper 45 min du film, sur une durée totale de 2h12, tandis qu'il change complètement la fin, imposant un Happy End. Le film fit un fiasco, 

    Une grande partie des images tournées par Orson Welles au Brésil fut utilisée dans un documentaire diffusé aux Etats-Unis en 1993, qui revient justement sur ce fameux périple en Amérique du Sud. Les images sont notamment visible sur Youtube.

    Welles, une voix inimitable

    La voix d'Orson Welles était une des plus célèbres du cinéma et bien entendu de la radio. Une voix de stentor, profonde et grave. Il fut ainsi le premier choix du studio Warner pour faire la voix de OOM dans THX 1138, mais George Lucas insista pour prendre quelqu'un de moins connu, James Wheaton.  Plus tard, Lucas songea à lui pour faire la voix de Dark Vador, avant de se raviser, pensant que la voix de Welles était trop reconnaissable. Ce fut finalement celle de James Earl Jones.

    Parmi les curieuses contributions de la voix de Welles figure deux dessins animés. D'abord un film d'animation japonais en 1984, Gurikku no Bouken, sorti aux Etats-Unis sous le titre The Enchanted Journey, dans lequel il prête sa voix à...un pigeon. Son dernier travail avant son décès en 1985 fut le film d'animation Transformers (adapté de la série animée), sorti en 1986, où il prêtait sa voix au personnage d'Unicron; un travail qu'il a détesté. Lorsqu'on lui demanda d'en parler, il n'arrivait même pas à se souvenir de son personnage, et en le décrivant comme "un grand jouet qui attaque une bande de jouets plus petits".

    Anecdote sans doute plus savoureuse, il a aussi prêté sa voix, le temps de 4 épisodes, au personnage Robin Masters dans la série culte Magnum ! La particularité de ce personnage est d'être une arlésienne : il n'apparaît jamais à l'écran. La voix de Robin Masters est entendue dans seulement six épisodes. Tout au plus savait-on que ce fameux Robin Masters était un auteur de romans multi-millionnaire, propriétaire de la villa où Magnum et Higgins résidaient. Masters était aussi accessoirement le propriétaire de la cultissime Ferrari rouge que conduisait le détective privé Magnum.

    Orson Welles, le critique acerbe

    Le comédien, scénariste et acteur de Citizen Kane, largement considéré comme un des plus grands films jamais fait, était considéré à Hollywood comme un paria dans les dernières années de sa vie. Usé par des années à tenter de mettre sur pied des films dans lesquels personne ne voulait investir, ou alors inachevés. Usé aussi à force de devoir chercher de l'argent non pas pour faire des films, mais simplement pour vivre, tandis que les acteurs et réalisateurs qui se disaient être ses amis et ayant trouvé l'inspiration grâce à lui, lui tournèrent le dos au moment où il en avait le plus besoin.

    Lorsque Welles passe -littéralement- à table et se laisse aller aux confidences assassines, c'est logiquement tout le gratin hollywoodien qui déguste. Ainsi, pendant deux ans, de 1983 à 1985, Orson Welles et le cinéaste Henry Jaglom ont déjeuné ensemble chaque semaine au restaurant Ma Maison, à Hollywood. Welles voulait écrire son autobiographie à partir de ces entretiens, mais il est décédé avant d'avoir achevé ce travail. Les cassettes audio sont restées au fond d'une boîte à chaussures pendant plus de 25 ans, avant de refaire surface grâce à Peter Biskind, auteur du livre culte Le Nouvel Hollywood. Ce dernier a en effet réussi à convaincre Jaglom de publier ces entretiens, qui viennent par bonheur d'être édités en France chez Robert Laffont.

    Welles apparaît dans le livre flamboyant, arrogant, brillant, parfois affabulateur et volontiers provocateur. Et dézingue sans sourciller avec un franc parler légendaire. Laurence Olivier ? "Larry est quelqu'un de vraiment stupide". Spencer Tracy est décrit comme "un homme haineux, qui déteste tout le monde". Humphrey Bogart ? "Un lâche, mauvais acteur. Un américain de la bonne société bien éduqué qui veut jouer aux gros durs". Il tire à boulet rouge sur Alfred Hitchcock, dont il n'a jamais compris le culte l'entourant; et trouvait que Fenêtre sur cour "était un des pires films qu'il ait jamais vu". Même les femmes ne sont pas épargnées, entre une Carol Lombard qui "jure comme un marin"; une Katharine Hepburn et une Grace Kelly qui couchent à droite à gauche; une Bett Davis "douloureuse à regarder", une Joan Fontaine "mauvaise actrice"...

    Et lorsque Richard Burton s'approche de sa table de déjeuner pour lui demander s'il peut lui présenter Elisabeth Taylor, Welles lui répond un vexant : "Non. Comme vous voyez, je suis au milieu de mon repas". Et de lâcher à Henry Jaglom, alors que Burton est encore là : "Richard Burton avait un immense talent. Il a tout gâché. Il est devenue une plaisanterie avec une femme célèbre. Maintenant, il travaille juste pour de l'argent"...

    Ci-dessous, la dernière interview, émouvante, d'Orson Welles, huit jours à peine avant sa mort. Il revient sur son expérience hollywoodienne malheureuse. Hollywood, "cette fosse à serpents" comme dit celui qui ne craint pas, lui non plus, de cracher son venin...

     

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