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    "Nous venons en amis" : la nouvelle charge implacable du réalisateur du "Cauchemar de Darwin"
    Par Olivier Pallaruelo (@Olivepal) — 16 sept. 2015 à 10:00
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    En salle ce mercredi, "Nous venons en amis" est la nouvelle plongée du réalisateur Hubert Sauper au coeur de l'Afrique, dix ans après l'extraordinaire et terrifiant "Cauchemar de Darwin". Rencontre avec un homme passionné... Et passionnant.

    En 2005, le réalisateur autrichien Hubert Sauper dressait avec son extraordinaire documentaire Le Cauchemar de Darwin un tableau proprement apocalyptique. Les rives du plus grand lac tropical du monde, le lac Victoria, considéré comme le berceau de l’humanité, était le théâtre de l’un des pires cauchemars de la mondialisation. Avec la vigueur d'un uppercut, le réalisateur nous entraînait dans une hallucinante descente aux enfers, celle du libéralisme dans ce qu'il a de plus pervers, dans lequel quelques individus s’enrichissaient à la fois par un échange inégal qui affame la population, et par des ventes d’armes qui alimentent les conflits de la région. Documentaire aux allures de polar d'une noirceur abyssale, le Cauchemar de Darwin était à la fois sublime et atroce dans ce qu'il montrait. Couvert de prix à travers le monde, il fut d’ailleurs cité à l’Oscar du Meilleur documentaire.

    Ci-dessous, la bande-annnonce du "Cauchemar de Darwin"...

    Le Cauchemar de Darwin Bande-annonce VO

     


    Dix ans plus tard, le cinéaste, par ailleurs installé en France depuis 1994, frappe à nouveau un grand coup avec Nous venons en amis, en salle ce mercredi. Cette fois-ci, il nous embarque dans une vertigineuse aventure au cœur du plus grand pays d’Afrique. Divisé en deux nations, le Soudan est devenu une proie de choix que se disputent avidement les plus grandes puissances : la Chine et les Etats-Unis. Et sous couvert d’amitié, les vieux démons du colonialisme et de la domination étrangère ressurgissent…


    Nous rencontrons l’auteur de ce brillant documentaire, tant sur la forme que sur le fond, le 11 septembre, alors qu’il vient tout juste de rentrer en France après une tournée aux Etats-Unis où le film vient de sortir, et bénéficie de critiques dithyrambiques. Physiquement éprouvé par le décalage horaire, l’homme se révèle pourtant volubile, chaleureux et passionné, très vite emporté par un sujet qu’il maîtrise si bien. Un auteur qui voit aussi le documentaire comme une des dernières formes de la liberté d’expression. Rencontre.

    AlloCiné : C'est la 3e fois que l'Afrique se retrouve au coeur de votre travail. La première fois, c'était en 1997 avec "Loin du Rwanda"; la seconde avec "Le Cauchemar de Darwin", et enfin "Nous venons en amis". D'où vient votre intérêt manifeste pour le continent africain ?

    Hubert Sauper : Je ne saurai pas exactement le dire. Cela dit, je trouve que je ne suis pas plus que ça spécifiquement intéressé par l'Afrique. Disons que je trouve en Afrique un mélange de cultures, de civilisations, d'êtres humains et de richesses qui m'intéressent. L'Europe et l'Afrique ont aussi une telle histoire en commun ! Que ce soit pour parler de ressources, d'humiliations, d'esclavagismes, de colonisation, de main d'oeuvre et bien sûr de mondialisation. Les deux sont intimement liés. Tout ça nous lie à l'Afrique, même si on a tendance à le nier.

    Or, plus on se penche sur ces liens et ces questions, et plus on se rend compte de ça. Plus je suis en Afrique, plus je sens à quel point je suis européen. En Afrique, l'empreinte européenne est absolument partout. C'est même le cliché africain qu'on voit à la TV, comme ce pauvre soldat en uniforme qui défile avec sa kalashnikov, on est souvent dans la caricature. J'ai par exemple en tête l'exemple de Salva Kiir qu'on voit dans mon film, le président de la République du Soudan du Sud, avec son chapeau de cow-boy vissé sur la tête. C'est une caricature ambulante, mais très dangereuse.

    Le Pacte

    AlloCiné : vous avez passé quatre ans à faire "Le Cauchemar de Darwin". Combien de temps avez-vous mis pour faire "Nous venons en amis" ? Je vous pose aussi cette question parce qu'en préparant cette interview, je suis tombé sur un article du New York Times qui vous était consacré, et qui disait notamment que vous avez travaillé sur ce film dans le plus grand secret. Pourquoi ça ?

    Hubert Sauper : Ca été encore plus long sur ce film, puisque j'ai mis six ans à le faire. Le secret a été nécessaire parce que je sortais d'une période d'acharnement après mon précédent film, des polémiques pleines de haines, orchestrées par un groupe de gens qui voulaient me nuire et me détruire. Un groupe très bien financé d'ailleurs, avec des banquiers suisses derrière, le loby d'import / export, le genre de choses où on ne sait jamais très bien qui c'est, qui paye... Je ne sais pas si vous vous souvenez, ils m'attaquaient en expliquant que ce que je montrais dans mon film était une supercherie, que la véracité du trafic d'armes n'était pas avérée...

    AlloCiné : Oui, vous faites allusion à la polémique qui avait débutée avec un article du journal Le Monde, mais surtout avec l'historien François Garçon j'imagine ?

    Hubert Sauper : Oui. On parle de quelqu'un qui a travaillé pendant des années pour de puissants groupes comme Havas, Bolloré...Au bout de deux ans de procédure, il a été condamné une première fois, puis il a fait appel, et a finalement perdu pour diffamation.[NDR : la charge de François Garçon commença dans un article paru dans la revue Les Temps Modernes en 2005 puis, suite à la polémique surgie autour du film, dans un ouvrage, Enquête sur le cauchemar de Darwin, paru en 2006 chez Flammarion. Garçon fut finalement condamné en 2009 pour diffamation. Un intéressant article de Telerama, daté de 2009, revenait sur les faits]

    Le Pacte

    AlloCiné : Pourquoi le choix du Soudan pour votre film ?

    Hubert Sauper : Parce que c'était l'endroit qui présentait une fenêtre assez unique et caractéristique dans l'Histoire. L'Histoire de la séparation, du morcellement de l'Afrique; une des choses qui a été fatale si l'on peut dire pour le continent. Cette fragmentation coloniale de pays qui sont devenus après des Etats nations, avec des frontières artificielles qui ont été déterminées à la Conférence de Berlin en 1885 où s'est joué le partage de l'Afrique par des gens qui n'avaient jamais mis les pieds là-bas. Ils ont partagé l'Afrique comme un gâteau, c'est même l'expression qui a été retenue. Plus de 120 ans plus tard, on a ce pays, qui est le plus grand d'Afrique, en proie à une terrible guerre civile opposant le Nord au Sud, à qui on propose encore une fois une nouvelle frontière, qui coupe exactement en plein milieu d'une zone où se concentrent les champs pétrolifères. Mon film mène d'ailleurs à cette catastrophe.

    Vous saviez qu'il y a l'équivalent de 600 milliards de dollars de pétrole sous les pieds de la population sud soudanaise, alors que certains sont complètement à poil ?

    Le Pacte

    En fait, il y a eu une énorme pression diplomatique et économique du côté américain et chinois sur Omar el-Béchir, le président de la République du Soudan, et Salva Kiir, le président de l'actuelle République du Soudan du Sud. Le conflit ne s'est pas arrêté, mais s'est répercuté à l'intérieur du Soudan du Sud, sur fond en plus de rivalités ethniques, ce qui a déclenché une nouvelle guerre civile. Riek Machar, le vice-président du Soudan du Sud, est soutenu en sous-main par Omar el-Béchir, tandis que Salva Kiir est soutenu par l'Ouganda... On part donc d'un pays, le Soudan, qui se coupe en deux officiellement en 2011, avant que le Soudan du Sud ne menace de se couper en deux à son tour... Comme le dit le dicton : "l'Histoire ne se répète pas, elle bégaie". Il faut aussi savoir que, quelques semaines seulement après sa naissance, le Soudan du Sud avait déjà 30% de sa surface et de son sous-sol vendus aux entreprises multinationales. Les anciens chefs de guerre transformés en politiciens qui "vendent" très fièrement leur pays et son avenir sont incapables de se mettre d'accord entre eux, et ont redivisé leur pays en camps tribaux.

    Le Pacte

    AlloCiné : Puisque l'on parle du colonialisme et de néo-colonialisme, qui est au coeur du film, vous dites fort justement que "un des éléments centraux du colonialisme était son auto-célébration". Ce discours visant à légitimer cette mission civilisatrice que les puissances coloniales s'étaient assignées, consistant à apporter le progrès, l'hygiène et les Evangiles à des populations soit disant arriérées. En voyant votre film, on a le sentiment terrible qu'au fond, rien ou si peu n'a changé au XXIe siècle. On assiste encore aux mêmes discours paternalistes, comme dans cette séquence surréaliste de l'évangéliste anglo-saxon, disant aux petits enfants noirs et à demi nus d'un village "ce que je veux, c'est ce que Dieu veut". C'est typiquement l'image du missionnaire du XIXe siècle, presque une caricature...

    Hubert Sauper : C'est juste, rien n'a changé de ce point de vue là, si ce n'est qu'aujourd'hui, c'est fait de manière plus perverse. On le fait aussi sous couvert de grands principes de démocratie, d'aide au développement, aide au nom de la bonne gouvernance... Vous savez, j'ai un exemple très intéressant pour ça. J'ai fait il y a quelques temps une interview dans un programme matinal d'une radio américaine; programme écouté par 30 à 40 millions de personnes. L'émission était enregistrée à l'avance. L'animatrice, de bonne foi, me dit : "c'est incroyable tout ce qu'on voit dans ce film ! Mais vous n'avez pas parlé de toute cette bonté que le peuple américain donne aux sud soudanais. Les Etats-Unis ont quand même versé un milliard de dollars en aide humanitaire à ces gens !" Et là je lui ai répondu : "c'est effectivement beaucoup... Mais vous saviez qu'il y a l'équivalent de 600 milliards de $ de pétrole sous les pieds de la population sud soudanaise, alors que certains sont complètement à poil ? Donc un milliard de $, selon ma perspective, ce n'est pas si énorme que ça pour avoir accès aux ressources du sous-sol du pays".

    Quand je vois un gamin qui va mal, j'ai de la compassion, mais je ne vais pas appuyer sur ça, c'est trop facile et manipulateur.

    La radio a préféré couper ce passage là. C'était trop pour eux. Pourtant, je n'avais pas dit ça d'un ton agressif, je remettais juste les choses en perspective. Je n'avais même pas lancé le thème, c'est l'animatrice qui voulait mettre en avant toute cette générosité américaine. Il y a d'ailleurs quelque chose de très intéressant là-dedans, à savoir qu'il y a un récit officiel dont on ne doit pas s'écarter ou en tout cas qu'il ne faut pas contrarier. Ca ne concerne pas que les américains d'ailleurs, en France c'est pareil. Il y a un consensus, qui est précisément l'héritage de toutes ces époques, la Françafrique...

    On peut tout à fait transposer ce raisonnement dans un autre cadre. Imaginez une vieille dame qui a une maison valant 600.000 €. Et moi je viens la voir régulièrement à l'hôpital, j'achète pour 1000 € de fleurs pour rentrer dans ses bonnes grâces. Elle va sans doute me trouver très gentil avec ces marques d'affections. Sauf qu'en fait moi ce qui m'intéresse, c'est sa maison et le terrain qui va avec... C'est le même raisonnement ! Plus le mensonge est gros, plus ca passe. C'est impressionnant.

    Le Pacte

    AlloCiné : On parle entre-autre des Etats-Unis, qui sont notamment, par le biai de l'agence USAID (Agence des Etats-Unis pour le Développement International) le premier pays donateur pour le Soudan du Sud. Rien que pour l'année fiscale 2014, les USA ont donné via cet organisme plus de 304 millions de dollars.

    Hubert Sauper : c'est de notoriété publique que les services secrets américains se sont très souvent abrités derrière cette agence USAID pour travailler plus ou moins en coulisse... Vous savez, dans mon enquête pour le film, c'est le genre de chose que je ne met jamais en avant. Je vous donne un exemple. Dans le film, c'est l'agence USAID qui ouvre la petite centrale électrique, dans un coin complètement paumé du nom de Kapoeta. Là, on installe donc cette petite centrale électrique, au milieu de nulle part. Elle tourne à fond, au diesel, qu'on est obligé de faire venir d'ailleurs de Mombasa. La flotille de camions pour aller le chercher appartient au gouverneur du coin.

    L'ennui, c'est que seulement 5% de l'électricité produite par cette centrale est utilisée. Pourquoi tourne-t-elle à fond alors ? Parce que c'est à Kapoeta que se trouve 90% de toutes les réserves d'or du Soudan du Sud. Or pour extraire l'or, il faut beaucoup d'eau, qui sera polluée avec le mercure... Et de l'électricité. Donc on va dire que l'USAID implante "par hasard" une centrale électrique au milieu de ces pauvres gens dans ce coin paumé, alors que le sous-sol est rempli d'or... C'est une magouille absolue. Mais je n'ai pas mis ça dans le film.

    AlloCiné : Pourquoi ?

    Hubert Sauper : Parce que c'était beaucoup plus fort de travailler sur les mécanismes supérieurs, de transcendre le mensonge, qu'on retrouve dans le discours de l'Ambassadeur américain qu'on voit dans le film, lorsqu'il déclare "Nous apportons littéralement et figurativement la lumière". Ca, c'est beaucoup plus fort et a nettement plus d'impact que si ca avait été moi assénant un discours moralisateur ou me mettre dans la position de celui qui sait. Ce genre de chose ne m'intéresse pas. Je peux écrire dix livres sur le Soudan du Sud.

    Mais je ne peux pas remplir mon film avec ce type d'informations qui n'ont pas forcément de place dans cette oeuvre. En revanche, pour moi, ce traitement a sa place dans d'autres médias. Dans Le Cauchemar de Darwin, j'ai fait ça à deux ou trois reprises, lorsqu'il y avait des cartons, notamment sur le nombre de consommateurs européens qui mangeaient de la perche du Nil. Il y a 10 ans, ca fonctionnait sans doute, mais avec le recul et en revoyant mon film, je trouve ça maladroit. Donc pour revenir à cette séquence avec l'Ambassadeur US et sa centrale électrique, je ne voulais pas mettre un carton annonçant qu'en fait, cette centrale était pour l'exploitation de l'or.

    Le Pacte

    AlloCiné : Vous laissez les images parler d'elles-mêmes et faites le pari de l'intelligence du spectateur. Une des forces de votre démarche et par extension de votre oeuvre, et c'était déjà le cas dans "Le Cauchemar de Darwin", c'est justement que vous êtes davantage un investigateur qu'un moralisateur. Il y a un refus absolu de la compassion, un peu comme si vous faisiez un constat "clinique" des choses. J'imagine que c'est aussi pour ça que vous ne mettez pas de voix off dans votre documentaire ?

    Hubert Sauper : J'en ai mis très brièvement, au tout début, juste en guise d'introduction, mais en dehors de ça je n'en met pas. Montrer de la compassion à l'écran, c'est quelque chose de très abîmé pour moi, ca été trop souvent utilisé. Quand je vois un gamin qui va mal, j'ai de la compassion, mais je ne vais pas appuyer sur ça, c'est trop facile et manipulateur. Je suis autant fasciné par le visage et le regard de ce gamin qu'on voit marcher tout nu, que par la gueule de cet ex chef de guerre qui ne sait pas chanter. C'est du cinéma "pur" pour moi. Alors en plus lorsqu'il me sort que les noirs sont trop bêtes, que nous les blancs devont venir les aider et que pour ça, ils sont prêt à donner des terres pour rien à condition qu'on vienne avec nos tracteurs, c'est absolument fou d'entendre des trucs pareils ! Vous vous rendez compte ? C'est surréaliste !

    J'ai un petit regret. Lorsque j'ai tourné au Soudan du Sud, au moment de l'emprise occidentale sur la région, je n'ai pas vu à ce moment là le parallèle avec les Muezzins [NDR : le "Muezzin" est le membre de la mosquée chargé de lancer l'appel à la prière dans l'Islam] qui viennent pour installer des mosquées, apporter le Coran, pour dire aux gens comment s'habiller et ne pas être nu, etc... Pour la population locale, qu'on vienne avec une Bible ou le Coran, il n'y a aucune différence, c'est la même chose, même dans un pays [le Soudan du Sud] à majorité chrétienne.

    Le Pacte

    J'ai eu l'occasion de filmer durant toute une journée le chef des Frères Musulmans, Hassan al-Tourabi, à Khartoum. C'est lui qui avait fait venir Oussama Ben Laden au Soudan. A un moment donné, il me sort : "mais vous vous rendez compte ? Au Soudan du Sud, il y a des gens nus ! Ils ne savent même pas ce que c'est une lumière d'ampoule !" Il était tellement choqué de me dire ça qu'il en tremblait. Ses propos sont exactement les mêmes que chez les évangélistes américains qu'on voit dans mon film, qui sont scandalisés parce qu'on voit des enfants nus. Ca fait parti des rencontres surréalistes.

    AlloCiné : Si on fait un peu l'inventaire de tous les maux qui sont décrits dans votre diptyque  "Le Cauchemar de Darwin" et "Nous venons en amis",  où finalement le pillage légal ou illégal du sol et du sous-sol est devenu la règle pour les multinationales à la rapacité sans limite; où la corruption est endémique, la pauvreté partout... Le tableau est accablant. Peut-on être optimiste sur le devenir de l'Afrique ? Êtes-vous optimiste ?

    Hubert Sauper : Très honnêtement, je ne ne suis pas totalement pessimiste. Les américains disent d'ailleurs "it's gonna get worse before it gets better" : "ca va empirer avant que ca n'aille mieux". Le feu du Moyen Orient va se propager au milieu de l'Afrique. Ca va se militariser de plus en plus, pillé à fond. A un moment donné, tout va s'effriter, notamment à l'échelle mondiale, à force de tout piller, tout polluer. Car qu'est-ce qui va rester à prendre ? Rien. A ce moment là, ca va forcément mal se passer pour nous, et il sera peut-être trop tard pour agir. D'une certaine manière, à l'échelle humaine, je pense que l'avenir de la planète se joue là, en Afrique.

    Le Pacte

    AlloCiné : En un sens, si je vous suis, ca serait comme un cycle qui se refermerait, l'Afrique étant le berceau de l'Humanité ?

    Hubert Sauper : Absolument. L'espoir, c'est aussi qu'on parle de tout ça, qu'on se pose des questions. Quand j'étais là-bas, je me demandais comment c'était possible d'être témoin de tout ça ? Quand on est loin de toutes ces préoccupations, à Paris, on est déconnecté. L'Afrique et le Soudan, c'est si loin...Et pourtant, quand vous prenez par exemple une compagnie aérienne comme Air France, son kérosène est fourni par TOTAL, qui exploite les gisements en Afrique notamment. L'homme est destructeur, c'est dans sa nature. Nous sommes déjà dans la catastrophe globale, elle est déjà là. Je n'ai plus du tout le sentiment qu'il y a encore cette idée de Salut. Tout l'aspect humanitaire roule encore sur cette notion complètement arriérée. Le Salut par Jésus, le Salut par l'aide humanitaire... On répète encore ça, comme Angelina Jolie, qui vient comme un ange nous parler du Darfour et donne un peu de riz à un enfant... Sur le coup oui, l'enfant mange à sa faim et ca le sauve.

    Mais le sac de riz pourrit tout le système et l'équilibre. Ca enlève au paysan sa capacité à produire puisqu'il est dépendant et ne cultive plus rien, le sac de riz tombe entre les mains de militaires qui détournent l'aide alimentaire et n'en donne qu'une partie. Avec la partie détournée, ils vont s'en servir pour se payer des prostituées, ou pour rechercher des petits soldats, faire du chantage pour des votes, ou que sais-je encore. En lui-même, ce sac de riz est un germe de la pathologie. Je terminerai sur un trait d'humour qui résume au fond bien la situation. Vous connaissez la différence entre l'optimiste et le pessimiste ? Le pessimiste dit : "C'est terrible ! C'est terrible ! Ca ne pourrait pas être pire !". L'optimiste répond : "si si  !"

    Propos recueillis le 11 septembre 2015 par Olivier Pallaruelo

    Ci-dessous, la bande-annonce de "Nous venons en amis", en salle ce mercredi 16 septembre...

     

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