Christa Théret dans La Fille du patron : "ce qui est vraiment touchant, c'est cette solidarité dans ce milieu social difficile"
Par Vincent Formica ▪ mercredi 6 janvier 2016 - 05h30

Révélée en adolescente rebelle dans LOL en 2009, Christa Théret a su s'affranchir de ce succès pour se tisser une filmographie variée et étonnante. Rencontre avec cette brindille de 24 ans pour La Fille du patron sorti en salles ce 6 janvier.

AlloCiné : Comment avez-vous atterri sur le projet de La Fille du patron et qu’est-ce qui vous a poussé à accepter ce rôle ?

Christa Théret : C’est mon agent qui m’a mis en contact avec Olivier Loustau. Il voyait plusieurs personnes sans vraiment organiser de casting. On s’est tout de suite bien entendu, ça s’est fait assez naturellement. Le scénario m’a beaucoup touché d’abord par son histoire d’amour et tout ce qui est véhiculé autour, la différence d’âge, les différences sociales, le fait que l’amour soit plus plus fort et la simplicité du personnage d’Alix aussi. C’est à la fois sa force et sa fragilité.

Olivier laissait beaucoup tourner la caméra, on enchaînait les prises. De ce côté-là, l’influence de Kechiche est sûrement présente.

Olivier Loustau a travaillé plusieurs fois avec Abdellatif Kechiche, est-ce que vous avez senti son influence à travers la manière de travailler de Loustau ?

Je n’ai pas tourné avec Kechiche donc je ne sais pas comment il travaille même si forcément j’ai lu des choses sur le sujet. Mais en effet, il y a une certaine influence, notamment dans cette volonté de tourner avec des acteurs non professionnels, dans le milieu ouvrier. Il y avait aussi de la place pour l’improvisation, Olivier laissait beaucoup tourner la caméra, on enchaînait les prises. De ce côté-là, l’influence de Kechiche est sûrement présente.

Christa Théret et Olivier Loustau

Au-delà d’une romance, le film est également une chronique sociale sur le milieu ouvrier, comment vous sentiez-vous en tant que femme lors de ce tournage très « masculin » ?

C’est vrai que la part de masculinité est importante, notamment lors des scènes de rugby en plus de ce milieu ouvrier. Toutefois, une féminité est présente chez les personnages masculins et une certaine virilité est présente chez les personnages féminins. Du reste, dans la relation amoureuse entre Alix et Vital, il y a quelque chose d’assez égal, il ne me demandait pas de minauder, d’être sexy, ça restait tout de même assez simple.

Les scènes d’amour sont très pudiques, sobres, comment appréhendez-vous ce genre de scènes ?

Ca dépend beaucoup du partenaire je pense ; avec Olivier, tout était très simple, il y avait une vraie confiance entre nous. J’ai de la chance, à chaque fois que je fais des scènes d’amour, ça se passe très bien. Je suis vraiment le personnage lors de ces scènes, je me donne à un réalisateur ou une réalisatrice, mon corps est sublimé, je ne suis pas vraiment moi. Tout est sublimé par le regard et la position de la caméra qui devient réellement cet outil qui crée l’art.

J’ai beaucoup discuté avec les ouvriers pendant les pauses et ça m’a vraiment nourri pour construire mon personnage.

Physiquement, vous dégagez une grande douceur mais aussi une certaine fermeté, notamment dans vos rapports avec les ouvriers, comment avez-vous géré votre manière de jouer entre les acteurs professionnels et non professionnels ?

Je n’ai pas tellement tourné avec les acteurs non professionnels bien qu’ils aient été là tout du long. L’usine était en fonctionnement quand on tournait et ça nous a beaucoup aidé à entrer dans cette ambiance. J’ai aussi beaucoup discuté avec les ouvriers pendant les pauses et ça m’a vraiment nourri pour construire mon personnage.

Comment avez-vous appréhendé les scènes de rugby et leur ambiance très fraternelle et virile ?

Mon rôle voulait que le personnage d’Alix soit en retrait de ce monde, elle assiste aux matchs sans participer ; elle n’est pas forcément très à l’aise dans ce milieu. Il y a un décalage certain. Lors du tournage, l’ambiance était tout de même conviviale, c’est un sport beau à regarder et on ressentait une forte énergie. C’est aussi une belle métaphore par rapport à la manière de s’évader des ouvriers, c’était agréable à voir.

Vous entrez dans le monde de Vital, le personnage incarné par Olivier Loustau et lui-même fait une incursion dans le vôtre lors d’une scène assez poignante où vous l’invitez à une fête avec des jeunes et il ne se sent pas à sa place. Le couple arrive toutefois à se retrouver, comme quoi, la différence d’âge n’est pas au cœur de leur histoire.

C’est vrai qu’on ne ressent pas vraiment la différence d’âge. Dans cette scène, il apprend qu’elle voulait partir au Canada et elle se sent vraiment blessée, lui aussi, malgré tout ça, elle est attirée à lui comme un aimant, ça arrive quasiment naturellement.

Christa Théret et Olivier Loustau

Les femmes des ouvriers apportent un côté léger au film…

Léger mais également plus grave avec notamment les scènes avec Florence Thomassin qui incarne la femme d’Olivier Loustau. Mais il y a indéniablement un côté léger, je pense à la scène de lancer de tomates avec Meriem Serbah.

Ce qui est vraiment touchant, c’est aussi cette solidarité dans ce milieu social difficile.

Quelles relations avez-vous entretenu avec les autres femmes du casting ?

Nous n’avons pas beaucoup de scènes en commun dans le film mais dans la vie, nous étions très proches, on a bien rigolé.

La Fille du patron est un film « masculin » produit par des femmes, Lisa Azuelos et Julie Gayet en l’occurrence ; qu’en pensez-vous ?

On peut dire qu’elles connaissent très bien les hommes justement mais c’est une histoire humaine avant tout, ça peut toucher tout le monde, hommes ou femmes. Personnellement, je regarde une personne avant tout en tant qu’être humain avant de le caractériser par son sexe. Ce qui est vraiment touchant, c’est aussi cette solidarité dans ce milieu social difficile.

Avez-vous fait des recherches en amont pour préparer votre rôle ?

J’ai fait des recherches au niveau de l’Ergonomie, qui est la spécialité du personnage d’Alix, je me suis pas mal penché sur ça. J’ai également visionné des documentaires sur le milieu ouvrier. Je ne voulais pas non plus accumuler trop de connaissances, je voulais aussi me laisser surprendre et vivre la vraie sensation qu’Alix ressent, celle d’être dans un monde qui ne lui appartient pas.

Christa Théret incarne Alix dans La Fille du patron

La connexion avec Olivier Loustau a-t-elle été rapide où avez-vous fait des répétitions etc ?

Non, ça s’est fait assez rapidement, on a pas mal travaillé en amont, on a pas mal fait de lectures, on parlait beaucoup des personnages, il fallait qu’on arrive à créer ce décalage, cette pudeur qui existe entre eux deux.

Vous êtes souvent le centre d’attention des hommes dans vos films…

Ce n’est pas un choix, c’est un hasard ; chaque histoire forte me touche, hommes, femmes, je m’en fiche un peu. J’aimerais aussi beaucoup faire des films avec plus de femmes réalisatrices. Après ça reste des rencontres humaines avant tout. Je suis aussi très attirée vers des milieux plus féminins mais également vers les milieux plus masculins, chaque aspect est intéressant.

Je ne me considère pas comme une actrice dans la vraie vie si vous voulez, je suis actrice quand j’arrive sur un plateau.

Vous avez une filmographie plutôt étoffée bien que vous soyez très jeune, comment vivez-vous la notoriété et cette vie dans le milieu du cinéma français ?

J’y suis mais je n’y suis pas vraiment non plus car même si je travaille beaucoup, j’essaye de faire d’autres choses à côté, je dessine un peu, j’écris, je m’intéresse au milieu de l’art, c’est bien de se diversifier. C’est un milieu très beau, magique et dans lequel j’aime vraiment être mais j’ai aussi besoin d’être dans autre chose. Je ne me considère pas comme une actrice dans la vraie vie si vous voulez, je suis actrice quand j’arrive sur un plateau.

Concernant l’acteur, je trouve qu’on a trop tendance à le considérer tout le temps comme un acteur. Selon moi on est acteurs quand on bosse, après ça s’arrête là.

Vous êtes en effet très discrète, vous dégagez une grande humilité…

Je considère que nous sommes tous humains ; quand on fait ce travail, nous ne sommes pas meilleurs que n’importe qui. Ca me fait penser à une phrase de James Gandolfini qui répondait à une question sur le métier d’acteur et qui disait : « Vous demandez à un plombier comment il fait pour réparer les conduits ? » Concernant l’acteur, je trouve qu’on a trop tendance à le considérer tout le temps comme un acteur. Selon moi on est acteurs quand on bosse, après ça s’arrête là.

Certains acteurs ont justement tendance à ne pas s’effacer derrière leurs rôles, la célébrité prend le pas sur l’art…

Tout à fait, il y a ça et le prolongement de la situation d’acteur et donc de héros dans le cadre de la vie quotidienne. On est un peu des sortes de héros quand on tourne, on a la caméra sur nous, on est le centre d’un récit, l’épicentre de quelque chose. Il y a forcément une héroïsation de cet état de fait, une mythologie qui est créée ; du coup, certains étendent ça à la vie de tous les jours sans déconnecter.

Il y a dans votre naturel et votre authenticité un peu d’Adèle Haenel et d’Adèle Exarchopoulos, une collaboration entre vous trois peut être très intéressante…

J’aimerais beaucoup tourner avec ces deux actrices que j’adore, notamment pour leur franchise et leur honnêteté.

Quels sont vos prochains projets ?

Je viens de terminer une série d’Andreas Prochaska, un réalisateur autrichien qui avait fait The Dark Valley avec Sam Riley. C’est une série sur Marie de Bourgogne et Maximilien qui étaient duc et duchesse au 15ème siècle. C’est donc une série historique avec aussi Jean-Hugues Anglade, Sylvie Testud et Alix Poisson, qui est une super comédienne. Ca va sortir l’année prochaine. Je vais jouer aussi dans les prochains films d’Antony Cordier et Jean-Luc Gaget. Sinon, en ce moment je suis en tournage d’un premier film hollandais. J’ai tourné la première partie en septembre et on recommence en janvier.

Propos recueillis par Vincent Formica à Paris le 8 décembre 2015

La Fille du patron Bande-annonce

 

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