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Janis : pour la réalisatrice Amy Berg, Janis Joplin est "la femme la plus importante du rock’n’roll"
Par Jérémy Ponthieux — 6 janv. 2016 à 05:30
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Après avoir épinglé les scandales d’institutions reconnues, Amy Berg a choisi, avec "Janis", de dépasser la légende en mettant en lumière l’intimité de la femme, méconnue du grand public. Nous l’avons rencontrée.

<strong>Janis</strong> Bande-annonce VO

Allociné : Vous avez commencé sur la chaîne CBS en qualité de journaliste. Ce poste vous a-t-il aidée pour la suite de votre carrière ?

Amy Berg : Assurément. Je m’occupais des recherches pour les documentaires d’investigation de la chaîne. J’allais voir les gens et je glanais des informations pour les reportages, avant que la chaîne ne me permettre d’écrire et de produire mes propres sujets. Le problème avec ces chaînes vient de la réduction du temps passé à traiter des sujets qui en demanderaient davantage. Et j’ai besoin de liberté pour créer, alors que la télévision exige une forme d’uniformisation avec laquelle je ne me sens pas proche.

Allociné : Après avoir interrogé des institutions américaines et des communautés, vous penchez votre regard sur une seule figure : Janis Joplin. Pourquoi ce choix ?

Amy Berg : Pour moi, Janis est l’une des femmes les plus importantes de notre siècle et assurément la plus importante du rock’n’roll. J’avais la sensation que son héritage avait été davantage perçu au travers de sa mort que de sa vie. J’ai donc voulu faire un film sur son existence et sur l’importance de sa contribution à la musique, au mouvement des femmes, tout en ouvrant sur l’intimité d’une personne, si méconnue et si riche. D’ailleurs, avant de commencer le projet, sa musique m’émouvait énormément mais je ne savais rien de sa vie.

Happiness Distribution
Janis Joplin

Allociné : Vous avez réalisé une fiction (Every Secret Thing) et vous revenez au documentaire avec Janis. Avez-vous songé à tirer de l’histoire de Janis Joplin une fiction ou aviez-vous dès le départ l’idée de la traiter au travers du documentaire ?

Amy Berg : J’ai toujours été dans l’idée d’en tirer un documentaire et j’ai la philosophie, en tant que réalisatrice, de ne pas recréer une somme considérable d’archives, que vous ne pouvez pas remplacer. Je perçois comment la fiction peut apporter une autre lumière sur le sujet mais je ne me sens pas proche de cette approche en tant que cinéaste.

Allociné : Avez-vous développé une méthode dans l’approche de vos sujets au fil des documentaires réalisés ?

Amy Berg : Chaque film est différent. Je ne veux pas appliquer une formule toute faite à chaque projet, dépendant aussi du nombre d’archives à votre disposition ou des lettres obtenues. La méthode est surtout dépendante de l’histoire. Sur Janis, trouver la forme finale fut très difficile. J’ai par exemple utilisé Drop Box et tous ces systèmes facilitant l’organisation. Je sélectionnais une image marquante et je lui trouvais une place par rapport aux autres, ce qui est toujours très délicat mais primordial. J’ai eu aussi besoin d’un assistant monteur très organisé.

Pour moi, Janis est l’une des femmes les plus importantes de notre siècle et assurément la plus importante du rock’n’roll.

Allociné : Est-ce que son intervention a changé la nature du projet au fil de son développement ?

Amy Berg : Sur ce film, j’ai dû travailler avec six monteurs différents, au cours d’une production s’étant étalée sur plusieurs années. Sur une telle période, je ne pus retenir un seul monteur tout le long. On fut constamment en train d’essayer de tenir le projet, alors que l’argent fluctuait. J’étais donc ici plus impliquée dans le montage que je ne l’ai été auparavant.

Allociné : Vous utilisez à la fois des photographies fixes et des images en mouvement. Comment avez-vous travaillé le rythme afin qu’il reste juste en dépit de ces deux éléments contraires ?

Amy Berg : Le travail commence toujours par la recherche de la narration la plus juste, avant de trouver les images à même de l’illustrer au mieux. Il faut que ça sonne juste pour que ça paraisse exact, qu’il y ait l’histoire la plus parfaite pour que l’image puisse la raconter le plus justement possible. C’est une approche un peu similaire à la musique d’ailleurs.

Allociné : Pourquoi avoir choisi Cat Power, de son vrai nom Chan Marshall, pour lire les correspondances intimes de Janis avec sa famille ?

Amy Berg : J’ai cherché la voix idéale pendant longtemps avant de l’entendre chanter. Je fus immédiatement convaincu qu’elle était la personne idéale, d’autant plus que la vie de Janis se rapproche de la sienne. Elle a aussi ce désir d’avoir l’amour de son public, de leur faire plaisir. On ne se connaissait pas mais j’ai écrit une lettre à son manager, et après quelques appels elle a accepté le projet.

Happiness Distribution

Allociné : On aperçoit au cours du film certains processus d’écriture des chansons de Janis, mais pas toutes. Comment avez-vous décidé des chansons à mettre ou non en lumière ?

Amy Berg : Je crois qu’elles sont toutes mises en lumières à des degrés différents en effet. Il y avait les chansons qui étaient bien évidemment les plus percutantes de Janis, celles qui me venaient comme une évidence. Il fallait pourtant faire un choix quant au placement des chansons vis-à-vis de l’histoire, à l’instar de celles qui sont inspirées par son enfance tumultueuse. Mais ce fut un vrai plaisir d’ajouter des degrés de lecture avec les monteurs.

Allociné : Le motif le plus frappant du film me semble être ce train qui ressurgit régulièrement.

Amy Berg : Le train agit pour moi comme une métaphore. Beaucoup de gens familiers de Janis l’appelle d’ailleurs « The Runaway Train » (NDLR : qu’on pourrait traduire par « Le Train Galopant »). Pour moi, cette image représentait vraiment bien son succès et sa reconnaissance : elle n’avait jamais le temps de vivre tout simplement l’instant, le train était toujours là pour l’embarquer à la prochaine station. 

En savoir plus sur le documentaire "Janis"

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