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Naomi Kawase: Les Délices de Tokyo est "une exaltation que l'on doit écouter"
Par Thomas Destouches — 27 janv. 2016 à 13:05
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Les Délices de Tokyo, le nouveau long-métrage de la réalisatrice japonaise Naomi Kawase, sort ce mercredi 27 janvier dans les salles françaises.

Haut et Court

Grand Prix en 2007 avec La Forêt de Mogari, la Japonaise Naomi Kawase est de retour sur la Croisette avec Les Délices de Tokyo, son nouveau long-métrage, présenté en ouverture de la section Un Certain Regard. L'histoire de Tokue, une femme de 70 ans embauchée par Sentaro pour travailler dans son magasin de dorayakis, des pâtisseries traditionnelles japonaises. Mais derrière le succès rapide qui naît de leur collaboration se cache un drame douloureux...

AlloCine : "Still the Water", votre précédent film, était poétique et contemplatif. "Les Délices de Tokyo" est davantage écrit, reposant sur une intrigue rigoureuse et des dialogues très écrits...

Naomi Kawase : Les Délices de Tokyo étant l'adaptation du roman de Tetsuya Akikawa, l'importance de la narration est naturellement plus accrue. J'y ai ajouté un réalisme. A ma façon.

Le réalisme se traduit justement dans les scènes de cuisine, dans laquelle on sent une vraie jubilation à montrer les ingrédients "vivre" ainsi que la portée émotionnelle de la cuisine...

La nourriture et la cuisine sont des choses très importantes pour moi. Malheureusement, je n'ai pas assez de temps à y consacrer. Quand je le peux, je fais moi-même de la soupe miso. Je cultive également moi-même des légumes dans mon potager. Et j'adore manger des légumes fraîchement cueillis avec de l'huile d'olive et du sel.

Le plus beau plan de "Délices" est sans doute celui de la lettre froissée...

(Rires) Je suis très étonnée parce que pendant le montage, de nombreuses personnes m'ont dit que ce plan était justement incompréhensible et qu'il fallait le couper !

Le film montre également une réalité peu connue : la quarantaine imposée aux malades de la lèpre au Japon au milieu du 20ème siècle. "Les Délices" assume cette responsabilité...

Quand j'ai appris l'histoire du traitement et de la séquestration des lépreux au Japon, j'ai eu envie d'en connaître davantage. Je ne pourrai jamais comprendre la vraie souffrance de ces malades. Je n'ai pas vécu cette expérience et n'étais pas née à cette époque. Mais j'ai éprouvé une vraie honte de n'avoir pas connu plus tôt ce pan de l'histoire. C'est aussi pour cela que j'ai voulu que les spectateurs prennent conscience de ce problème, à travers une histoire accessible à tous. Quand on dénonce un scandale du passé, on est logiquement tenté de le faire durement, de regarder derrière nous et de juger trop hâtivement. Mais je souhaitais justement, avec Le Délices de Tokyo, le faire de manière plus posée, afin d'éviter que les querelles du passé se poursuivent dans le présent. C'est une façon de trouver un chemin vers la paix. Il faut être positif pour construire l'avenir.

Droits réservés

Vous présentiez "Still the Water" l'année dernière. Vous êtes de retour un an plus tard avec "AN". Je suis étonné de la rapidité de fabrication de ces deux films, très différents l'un de l'autre, mais tous les deux aussi aboutis...

J'ai travaillé en parallèle sur ces deux films. Quand je travaillais sur Still the Water, je commençais déjà à réfléchir sur Les Délices. C'est pour cela que ça s'est fait très vite... et aussi pour cette raison que j'ai très envie de prendre une pause d'un an ! (Rires)

"Still the Water" était une ode à la nature. Bien que situé dans un environnement urbain, "AN" l'est tout autant. Notamment à travers le fameux cerisier...

Pour moi, la nature est un personnage à part entière. Le cerisier est un personnage, au même titre que Tokue (Kirin Kiki) et Sentaro (Masatoshi Nagase). Je veux montrer d'autres personnages que les êtres humains.

Vos deux derniers films sont aussi très différents dans leurs intentions de mise en scène. "'Still the Water" est un cadre libre, "AN" un cadre fermé...

Un film, c'est une exaltation que l'on doit écouter et exprimer. Il faut profiter de ce moment pour réaliser le film que l'on a en soi. Quand je travaillais sur Les Délices, je ressentais pleinement que c'était le moment idéal pour le faire. Même si c'était très dur de travailler sur Still the Water et Les Délices de Tokyo en parallèle, j'ai appris beaucoup et vécu de belles expériences. De ce fait, j'ai aussi plus de capacités qu'avant pour la réalisation. Et j'espère que cela s'est concrétisé dans Les Délices, mais que cette expérience va servir pour mes futurs projets.

En parlant de futurs projets, justement, qu'allez-vous faire après cette pause méritée d'un an ?

J'avais quelques idées mais après l'ouverture de la sélection Un Certain Regard hier, ces idées sont devenues un peu plus concrètes dans ma tête. J'aimerais faire un film inspiré d'oeuvres traditionnelles et classiques japonaises, et notamment des histoires liées aux suicides. Dans ma tête, il y a quelque chose qui pourrait se rapprocher de L'Empire des sens de Nagisa Oshima.

Propos recueillis par Thomas Destouches à Cannes le 15 mai 2015

La bande-annonce des "Délices de Tokyo" :

Les Délices de Tokyo Bande-annonce VO

 

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