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    Un Monstre à mille têtes : "un conflit éthique existe au coeur du film"
    Par Propos recueillis par Yoann Sardet — 30 mars 2016 à 10:00
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    Une mère de famille prend les armes pour obtenir le déblocage du contrat d'assurances de son mari malade. C'est le point de départ de "Un Monstre à mille têtes", le nouveau thriller social de Rodrigo Plá, réalisateur de "La Zona".

    AlloCiné : Voyez-vous une filiation entre "Un monstre à mille têtes" et votre précédent long métrage, "La Demora" ?

    Rodrigo Plá (réalisateur) : Les films que nous faisons s'inscrivent dans un processus, qui résulte d'un regard qui évolue avec le temps en recherchant différents moyens narratifs de s'exprimer. Il y a donc une continuité, de ce point de vue. Même si ce sont des films différents en terme de sujet, il y a des points communs dans la façon de les raconter. Dans La Demora, nous avons cherché à renforcer la subjectivité, en fixant l'attention sur les deux personnages principaux, le père et la fille, et en laissant les autres en arrière-plan : l'enjeu n'était pas tant de montrer les événements que la façon dont ils ont un impact sur nos personnages. Un monstre à mille têtes est une extension de cette idée, mais en découpant l'histoire de manière équilibrée entre quinze fragments subjectifs, qui offrent de nombreux regards différents pour raconter ces événements. Par ailleurs, même si les histoires sont encore une fois différentes, il y a un élément commun très important : l'idée de "l'erreur". Dans les deux cas, on retrouve une femme que les circonstances amènent à commettre des actes contraires à sa nature profonde. Maria abandonne son père sur la place dans La Demora,  Sonia brandit une arme dans Un monstre à mille têtes : voilà deux personnes qui se surprennent elles-mêmes en dépassant leurs propres limites éthiques. Il y a sans doute d'autres points communs, mais ceux-ci sont vraiment assumés.

    Memento Films Distribution

    Comme dans "La Zona, propriété privée", vous utilisez le film de genre pour raconter une réalité sociale.

    Quand nous commençons à réfléchir à un film, nous ne cherchons pas spécifiquement à l'inscrire dans un genre précis. Nous cherchons uniquement la manière la plus efficace et intéressante de raconter une histoire précise, et ceci implique de faire appel à toutes les possibilités narratives. S'il y a des fusillades, de la corruption et des policiers, le film se dirigera alors naturellement du côté du thriller ou du polar. Pourtant dans Un monstre à mille têtes, je pense que l'accent n'est pas tant mis sur l'intrigue que sur l'expérience émotionnelle des personnages. Quant à la réalité sociale que nous décrivons, c'est simplement l'expression de certaines préoccupations que nous avons en tant que citoyens. Dans un film, je vais proposer -ou pas- ma vision du monde : tout film porte une idéologie, quelle qu'elle soit, mais sans nécessairement vouloir transmettre un message si ce n'est le point de vue singulier d'un auteur vis à vis d'une situation. Je n'utilise pas le cinéma autrement que pour créer un véhicule émotionnel et sensoriel pour le spectateur.

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    Votre film est basé au départ non pas sur un scénario mais sur un roman, décliné ensuite en scénario. Pourquoi ce choix ? Qu'est-ce que cela apporte à l'histoire et aux personnages ?

    Il y avait effectivement un scénario que Laura Santullo a adapté de son propre roman, mais il est arrivé durant le processus de travail que nous partions directement du roman pour certaines parties de l'histoire, aussi bien avec les acteurs qu'avec le reste de l'équipe. Cela nous a offert une approche plus large, peut-être plus étalée sur la durée, mais qui permettait de mettre en place un processus de travail plus collectif et moins limité. Il y avait plus d'espace pour imaginer, pour proposer, et une grande partie de ce qui en sortait pouvait venir enrichir le scénario que nous retouchions sans cesse, et finalement le film.

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    Jana Raluy est impressionnante dans le rôle de Sonia Bonet. Que pouvez-vous nous dire du travail avec elle ? Comment avez-vous développé le personnage ?

    Jana Raluy est une grand actrice, dotée d'une immense sensibilité et capable d'évoluer dans un large registre d'émotions. Mon travail avec les acteurs est avant tout basé sur la capacité d'imagination de chacun, je cherche à générer des stimuli précis pour chaque personnage. Il y a une part importante d'improvisation, où nous développons des scènes qui ne font pas partie du film final, mais qui contribuent à créer des liens entre les personnages ou à les rapprocher d'un état émotionnel nécessaire à l'histoire. Nous travaillons parfois à partir du roman et non pas du scénario, ce qui offre une grande liberté de dialogues et de mouvements. Nous essayons aussi de répéter in situ, afin de laisser une trace scénique qui rendra le jeu des acteurs plus naturels. Le travail de création de personnages est très vaste, nous passons par différents processus et l'ensemble du casting a été très généreux avec le film. Certains acteurs avaient une plus grande expérience, d'autres sont moins connus, mais je pense qu'ils ont tous fait un excellent travail.

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    Au final, votre film pose une question morale intéressante : Sonia Bonet est-elle victime ou coupable ? Quel est votre propre sentiment sur cette question ?

    Nous espérons que c'est une question que se poseront les spectateurs en sortant de la salle. Nous-mêmes ne souhaitons pas y apporter de réponse... C'est une des raisons pour laquelle nous avons voulu raconter une histoire à travers une multiplicité de points de vue. Offrir tous ces regards sur l'événement central de cette histoire, permettre à différentes personnes d'observer et de juger les actions de Sonia Bonet, cela nous permettait d'écarter le danger d'une identification ccomplète et univoque à sa cause. Les personnages qui sont menacés ou soumis dans la bataille acharnée que mène Sonia Bonet apportent des perspectives différentes sur la pertinence d'obtenir quelque chose avec une arme à la main, même si ce que vous demandez est juste. Nous pensons que cela permet à un conflit éthique d'exister au coeur du film.

    La Zona, propriété privée : le film qui révéla Rodrigo Plá

     

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