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K.O. : "Une version trash de La Vie est belle" pour Laurent Lafitte et Chiara Mastroianni
Par Propos recueillis par Maximilien Pierrette à Paris le 9 juin 2017 — 21 juin 2017 à 05:55
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Réunis devant la caméra de Fabrice Gobert, créateur des "Revenants", Laurent Lafitte et Chiara Mastroianni plongent dans un univers inquiétant et double dans le thriller "K.O.", qu'ils nous présentent en duo.

Plus dure sera la chute pour Antoine, incarné par Laurent Lafitte dans K.O. Soit un patron de chaîne de télévision qui, suite à un accident, se réveille dans un monde où tout a changé, et où son passé n'est plus celui qu'il avait en tête ? Cauchemar ou réalité ? Eléments de réponse avec l'acteur et Chiara Mastroianni, sa partenaire devant la caméra du créateur des Revenants.

AlloCiné : Fabrice Gobert annonce avoir envisagé le personnage d'Antoine comme un Scrooge des temps modernes. Vous a-t-il présenté le projet comme une relecture contemporaine du "Chant de Noël" de Charles Dickens ?
Chiara Mastroianni : Ah non. Moi je lui ai parlé de La Vie est belle car je trouvais que K. O. ressemblait à une version trash, mais il n'a pas évoqué Scrooge avec moi.

Laurent Lafitte : Moi non plus. Mais La Vie est belle, Un jour sans fin ou Network, oui. Car c'est difficile de filmer les médias. Ça n'est pas très cinématographique. Une chaîne de télé ça n'est pas très beau, avec tous ces plateaux. C'est dur d'en faire du cinéma mais je trouve que Fabrice a réussi à en faire une espèce de théâtre d'événements dramatiques.

Le fait que le film se déroule dans le milieu de la télévision, que vous connaissez, vous a-t-il aidé au moment de ressentir l'ambiance angoissante qu'il y a dans le récit ?
Chiara Mastroianni : Moi je ne connais pas du tout les coulisses de la télévision autrement qu'en tant que spectatrice d'émissions, mais il y a des choses que l'on entend, d'autres qui sont médiatisées, sur des comportements de patrons de chaînes notamment. Mais je ne suis pas plus familière avec cet environnement que cela et Fabrice a peut-être choisi un milieu où la hiérarchie et le fait d'écraser les autres sont présents, tout comme le rendement, car s'il n'y a pas d'audience, c'est terminé.

Peut-être que c'était l'endroit le plus réprésentatif du monde du travail avec tout ce que Fabrice voulait comme éléments. C'est-à-dire le fait de se faire écraser comme le type qui présente la météo et se fait virer au début : il n'a rien fait de très grave pourtant. C'est peut-être aussi parce que les choses sont extrêmement condensées dans ce milieu et que pour illustrer cette idée que le monde du travail peut vous broyer que Fabrice a choisi la télévision.

Laurent Lafitte : Oui et c'est un milieu que lui connaît bien, tout comme sa co-scénariste [Valentine Arnaud, ndlr]. Donc il a aussi voulu parler d'un monde qu'il connaissait car on parle toujours mieux de ce que l'on connaît bien. Et d'un point de vue dramaturgique, c'est quelque chose de très dense cette pression du rendement. Regardez David Pujadas qui se fait dégager du 20 heures après 13 ou 15 ans, Claire Chazal qui se fait virer alors qu'elle déjà commencé sa nouvelle saison... C'est super brutal et ça plante des situations fortes.

Rien n'indique vraiment laquelle des deux vies est la sienne

C'est pour ça que l'angoisse que l'on ressent vient autant de la situation d'Antoine que du milieu qui est dépeint.
Laurent Lafitte : Oui, mais l'important c'était que mon personnage ait du pouvoir. Car l'expérience qu'il va vivre, et qui ressemble à une expérience de mort imminente tant il paraît être sorti de lui-même et voir qui il était et ce qu'il a infligé aux autres, lui permet d'expérimenter l'empathie. Et ça ne fonctionne que si c'est quelqu'un qui a beaucoup de pouvoir à la base. Ou si on pense qu'il en a, car rien n'indique vraiment laquelle des deux vies est la sienne. On peut voir le film sous plusieurs axes.

Avez-vous eu le sentiment de jouer deux personnages chacun dans le film ?
Chiara Mastroianni : Mon personnage est double oui, mais on le voit très peu dans la première partie, à part dans la scène de la dispute avec Antoine. Là elle est complètement larguée, on sent qu'elle est très désespérée. Elle écrit vaguement un livre mais c'est un peu pour se raccrocher aux branches. Et d'un coup, dans la deuxième partie, elle a un job en tant que présentatrice vedette d'une chaîne, elle est dans la lumière… Il y avait vraiment deux choses très distinctes.

Laurent Lafitte : Ce qui est intéressant, dans cette deuxième partie, c'est que son personnage a aussi du pouvoir car il n'a pas eu affaire au Antoine Lecomte de la première. Il y a aussi des gens qui affaiblissent les autres, qui ne les portent pas. Et dans la première partie, Solange a fait de l'antenne mais n'en fait plus, elle en est frustrée et dans une spirale d'échec, piccole et écrit un bouquin qui ressemble plus à une vengeance, à un "Merci pour ce moment" qu'à "Madame Bovary". Et là c'est parce qu'elle a rencontré le Antoine Lecomte de la première partie. Dans la deuxième elle a réussi à s'épanouir car elle n'a pas eu à composer avec ce type. C'est aussi une façon de montrer que nous ne sommes pas seuls responsables de notre destin.

Chiara Mastroianni : Oui, cette idée de ne pas être écrasés. On voit parfois des couples pour qui c'est au moment de la séparation que l'homme ou la femme va peut-être s'épanouir parce qu'il y avait comme une peur de la réussite susceptible de menacer le couple en question. Il existe des gens qui veulent qu'on leur appartienne, et une chape de plomb s'installe à ce moment-là, ce qui fait que l'on devient la créature d'un personnage plus manipulateur, plus écrasant, plus vampirisant. Ce qui est le cas du personnage de Laurent dans la première partie du film : il est assez dur.

Wild Bunch Distribution

"K.O." est un film très elliptique, qui repose beaucoup sur son ambiance : à quoi ressemble le scénario de ce type de long métrage ? Y avait-il beaucoup d'annotations pour vous guider ?
Chiara Mastroianni : Non, mais je ne me suis pas sentie perdue à la lecture pour autant. C'était très clair. Il y a beaucoup de personnages et c'était dense, mais pas confus.

Et sur le tournage, est-ce plus difficile pour un acteur vu que beaucoup d'éléments dépendent de la mise en scène ?
Laurent Lafitte : Il y a toujours beaucoup plus de choses qui dépendent de plus que les acteurs. Mais ce qui est important, c'est de se sentir partie intégrante du processus, et Fabrice est très proche des acteurs car il sait que ce sont eux qui vont donner de la chair à son histoire. Il est donc très concerné par l'image, mais il sait aussi que ça ne fonctionnera pas s'il n'y a pas d'humain au milieu de tout cela. C'est très esthétique, mais pas esthétisant. Il est très à l'écoute des acteurs.

On sent chez Fabrice Gobert des obsessions récurrentes

Il y aussi dans ce film cette idée de cauchemar éveillé, qui rappelle notamment David Lynch…
Chiara Mastroianni : Fabrice serait content si vous lui disiez que vous avez pensé à David Lynch, car il l'adore.

Laurent Lafitte : Oui mais ça me paraît moins onirique et plus facile à comprendre. Nous on n'a pas un nain.

Chiara Mastroianni : Ou des énigmes pas résolues. Là c'est surtout un climat.

Laurent Lafitte : Je trouve même le film plus hitchockien que lynchien. Dans l'atmosphère, on est plus proche d'un film comme Sueurs froides où il y aussi un retour d'entre les morts. Comme dans Les Revenants d'ailleurs. On sent qu'il y a, chez Fabrice Gobert comme chez Alfred Hitchcock, des obsessions récurrentes. Plus que le fantasme à la Lynch, qui est beaucoup plus esthétique et peut provoquer de l'émotion. K.O. est plus concret, plus dans le réel.

Y a-t-il des films dans le même esprit qui vous ont particulièrement marqués ?
Laurent Lafitte : Moi c'est Sueurs froides, qui est mon film préféré. Et je lui trouve des similitudes avec K.O., au niveau de la dimension sociale notamment : quand il la retrouve elle, c'est une petite étudiante sans le sou qui est dans une pension de famille et s'est faite passer pour cette fille pour de l'argent, ce qui était aussi un crime.

Chiara Mastroianni : Et puis il est pris dans une manipulation puisque son soi-disant ami avait tout manigancé depuis le départ. Mais c'est vrai qu'il y a un aspect très paranoïaque dans le film de Fabrice, même si j'ai tout de suite pensé à La Vie est belle en lisant le scénario.

Laurent Lafitte : Même si nous avons ici le contraire de La Vie est belle. Mais je pense que, quand le film de Capra est sorti [1946, ndlr], c'est exactement ce qu'il fallait à la société à ce moment-là, alors que K.O. ressemble au monde dans lequel nous vivons, avec cette espèce de pragmatisme très libéral et les conséquences que ça a sur l'humain.

"K.O." ressemble au monde dans lequel nous vivons

Chiara Mastroianni : Oui, le film de Fabrice est très attaché à parler du monde du travail, même si c'est dans un dispositif qui relève presque, par moments, du fantastique et du mystérieux. Car ça part d'un truc extrêmement concret : l'horreur que c'est aujourd'hui, comment on se fait dégager en très peu de temps… Dans le milieu de la télévision, le destin des gens qui travaillent pour les chaînes est soumis à l'audience, donc le point de départ est malheureusement à la portée de tous.

Ce n'est pas une divagation et il y a une vraie portée sociale, ce qui peut paraître étrange car nous sommes dans un thriller et peu habitués à associer les deux mots. Mais je pense que la vie peut aujourd'hui faire plus peur que le plus effrayant des thrillers que l'on puisse imaginer. Et ça compte beaucoup pour Fabrice. Il y a aussi un côté Kafka.

Laurent Lafitte : Je trouve quand même, et c'est ce que j'aime dans ce film, qu'il y a quelque chose de positif quand on en ressort, même s'il s'agit d'un thriller dense et sombre. Car c'est quelqu'un qui vit un parcours, même si ce dernier est un peu morbide, grâce auquel il va y avoir une prise de conscience. Il va quand même expérimenter l'empathie, qu'il n'avait jamais ressentie avant d'avoir été mis face à lui-même. C'est en voyant son comportement chez les autres qu'il a pris conscience de qui il était et du mal qu'il pouvait faire. Et ça c'est toujours positif.

Propos recueillis par Maximilien Pierrette à Paris le 9 juin 2017

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