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120 BPM : une plongée dans le passé militant de Robin Campillo
Par Olivier Pallaruelo (@Olivepal) — 3 mars 2018 à 08:30
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Vibrant hommage au combat mené par l'association de lutte contre le Sida Act Up, "120 battements par minute" est aussi pour le cinéaste Robin Campillo l'occasion de se replonger -douloureusement- dans ses années militantes au sein du collectif.

Giancarlo Gorassini/BestImage

"Robin Campillo raconte l'histoire de héros qui ont sauvé de nombreuses vies" déclarait Pedro Almodovar, la voix étranglée par l'émotion, à propos de 120 battements par minute, qui repartira auréolé du Grand Prix du Jury au dernier Festival de Cannes, et vient de triompher aux César avec 6 récompenses, dont celle du meilleur film. "On peut penser que le film est un hommage aux gens qui sont morts mais c'est aussi un hommage à ceux qui ont survécu et qui tiennent encore aujourd'hui, et auxquels je pense énormément ce soir, qui ont toujours des traitements lourds et sont dans des situations précaires parce que lorsqu'ils étaient militants, ils ont mis leur vie entre parenthèses" lâchait le cinéaste sur la scène du palais du festival, en reçevant sa récompense.

Bouleversant récit au moins en partie autobiographique d'une période traumatique, celle des terribles années sida au début des années 1990, le film de Robin Campillo est aussi l'occasion pour le cinéaste de se replonger -douloureusement- dans ses années militantes au sein de l'association Act Up.

Le doute et l'incertitude

En 1984, Robin Campillo rentre à l’IDHEC où il rencontre Laurent Cantet, avec qui il collabore depuis la fin des années 1990 comme monteur et scénariste de L'emploi du temps, Entre les murs ou Foxfire confessions d'un gang de filles. A sa sortie de l'école, Campillo fait son tout premier film (court) pour le musée du Louvre. On est au début des années 1980, où l'on commence tout juste à parler en France de la maladie du sida. "En 1983, le mot "sida" entre en France. En 1982, dans les articles de Libé, on parle encore d'un mystérieux "cancer gay" racontait le cinéaste en mai dernier au journal Libération.

VEEREN / BESTIMAGE
Adèle Haenel, Nahuel Perez Biscayart, le réalisateur Robin Campillo et Arnaud Valois lors d'un rendez-vous avec l'équipe du film "120 battements par minute" au Pavillon Unifrance lors du 70ème festival international du film de Cannes le 23 mai 2017.

Avec le sida, je ne pouvais plus me projeter dans le cinéma. Je suis entré dans une période hivernale. Tous les gens que j'adorais, et ce n'était pas très original, c'était les cinéastes de la Nouvelle Vague ou les Straub, ne me paraissaient pas du tout opérants, complètement étanches à ce qui était en train de se passer. Moi, je ne savais plus vraiment ce que je voulais faire. Je ne me situais plus dans une généalogie du cinéma mais plutôt dans cet événement encore difficile à discerner, et qui produisait des noms et des images d'une totale étrangeté, [...] les premières apparitions de malades rendus méconnaissables par les atteintes de la maladie comme Kenny Ramsauer, que l'on voit dans un documentaire diffusé sur la chaîne ABC en 1983 et dont les photos d'anniversaire tragique avec son ami sont reprises dans un numéro de Paris Match. Les images de cinéma sont quand même un peu balayées par celles qui vont circuler à cette époque, et qui évoquent on ne sait quel mauvais film de science-fiction sur une catastrophe spectaculaire" se souvient Campillo, dans une nouvelle interview accordée au journal et publiée ce lundi.

Militantisme novateur et radical

Si Robin Campillo envisage un temps de rentrer au sein de l'association Aides, avant tout portée sur l'assistance aux malades, il est surtout frappé par cette forme de militantisme de guérilla adoptée par Act Up. Alors qu'il travaille sur le montage de sujets pour le journal télévisé de France 3, il découvre en effet en mars 1992 les images filmées où l'association s'en prend, lors d'un Zap (c'est-à-dire une interpellation) au docteur Bahman Habibi, qui était alors le directeur médical et scientifique du CNTS (le Centre National de Transfusion Sanguine). Ce dernier était impliqué dans le scandale de l'affaire du sang contaminé qui défraya la chronique. Pris à partie par les militants d'Act Up aux cris "d'assassin !", ils lui jetèrent du faux sang à la figure et l'ont menotté sur la scène de l'amphithéâtre de l'hôpital de la Salpêtrière, devant 300 personnes. Des images chocs qui marquent Campillo, séduit par ce militantisme à la fois novateur et radical.

Céline Nieszawer

C'est en 1992 que Campillo adhère au mouvement. Une adhésion qui lui permet, selon ses dires, "de [se] reprendre en main", alors qu'il est "écrasé par la peur d'être malade, complètement tétanisé, y compris esthétiquement". Mener ces actions, parfois musclées, marque de fabrique de l'association, avait pour Robin Campillo un côté électrisant. Mais la peur se tenait aussi en même temps là, toute proche.  "On pouvait avoir un peu honte selon la manière dont ca se passait. Mais il y avait production en commun d'une image saisissante, marquante, et on se manifestait tels les héros de feuilletons à la manière des Vampires de Louis Feuillade; quelque chose qui évoque les groupes clandestins avec toute une mythologie subversive".

Picketing (rassemblement), Die-in comme celui, géant, qui fut organisé rue de Rennes à Paris à l'occasion de la Journée mondiale de lutte contre le sida en 1994... Ce militantisme transgressif, théâtralisé, qui ne craint pas de choquer, se retrouve même jusque sur le logo symbole d'Act Up, le fameux triangle rose. Référence évidente au symbole porté par les détenus désignés comme homosexuels dans les camps de concentration nazis. Différence sensible : le triangle rose de l'association pointe vers le haut, alors que le triangle "historique" pointait vers le bas. "Act Up faisait rejaillir toute la colère accumulée dans la traversée des années 80 avec le sentiment qu'en tant que gay, nous étions les victimes d'une épidémie sans précédent, et néanmoins inaudibles et invisibles en tant que minorité" se souvient le cinéaste.

Les films de Pierre / France 3 Cinéma

"Dès que l'épidémie est apparue, je me suis dit qu'il fallait faire un film là-dessus. Mais quel film ? Ce n'est pas un bon objet de cinéma à priori. On fait quoi, on parle de quoi ? Le virus ?" s'interroge Robin Campillo. Ce n'est qu'à 42 ans que le cinéaste signe son premier long, Les Revenants. Un film au titre déjà prémonitoire. Il mettra finalement plus de vingt ans pour accoucher de cette douloureuse, rageuse et intime histoire d'Act Up. Le projet d'une vie en somme.

120 battements par minute Bande-annonce VF

 

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