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La Belle et la meute - Kaouther Ben Hania : "J'ai été très touchée par le fait divers"
Par Brigitte Baronnet - Propos recueillis au Festival du film francophone d'Angoulême 2017 — 18 oct. 2017 à 05:45
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Rencontre avec la réalisatrice Kaouther Ben Hania et la comédienne Mariam Al Ferjani à l'occasion de la sortie en salles de "La Belle et la meute". Le film a été présenté à Un Certain Regard à Cannes et au Festival du film francophone d'Angoulême.

Synopsis : Lors d'une fête étudiante, Mariam, jeune Tunisienne, croise le regard de Youssef. Quelques heures plus tard, Mariam erre dans la rue en état de choc. Commence pour elle une longue nuit durant laquelle elle va devoir lutter pour le respect de ses droits et de sa dignité. Mais comment peut-on obtenir justice quand celle-ci se trouve du côté des bourreaux ?

AlloCiné : Pourquoi ce titre La belle et la meute ?

Kaouther Ben Hania, réalisatrice : Il y a une scène avec des chiens. C’est un peu compliqué car ce n’est pas le même titre arabe original. On cherchait un titre français car le titre arabe "Aala Kaf Ifrit", quand on le traduit, il perd tout son charme. En arabe, c’est une expression qui veut dire dans la tourmente. Mais c’est une expression. Si on la traduisait, ça donnerait quelque chose du genre « Sur la paume d’un lutin ».

Le film est adapté d'un livre, qui ne portait d'ailleurs pas le même titre...

L’adaptation du livre n’est pas fidèle. Le livre parle de toute l’affaire, toute l’histoire, et moi ce qui m’intéressait, c’est ce qu’il s’est passé cette nuit là. En plus, par rapport à ce qu’il s’est passé cette nuit, j’ai pris beaucoup de libertés. C’est à dire que mon personnage principal ne ressemble pas du tout à la vraie victime.

J’ai commencé à m'intéresser à cette histoire depuis qu’il y a eu ce fait divers qui a un peu bouleversé la Tunisie. C’était quelque chose dont on a parlé un peu partout dans les médias. Il y a eu des émeutes. J'ai été très touchée par le fait divers. Après j’ai appris qu’il y avait un livre. Du coup, on a acheté les droits. Ce qui est bien, c’est que dans la vraie affaire, elle a obtenu justice. Au terme du procès, les violeurs ont été condamnés chacun à 15 ans de prison.

Bestimage
La comédienne Mariam Al Ferjani et la réalisatrice Kaouther Ben Hania

Qu’avez-vous ressenti lorsque vous avez été sollicitée pour ce film ?

Mariam Al Ferjani, comédienne : Il y a une distance car cela s’est passé en 2012. Avec Kaouther, on a parlé du film en 2015, donc trois ans après. Malgré cette distance, je me rappelle très bien de l’effet que ça a eu, des répercussions de l’injustice qu’elle a subi. Moi-même j’ai fait partie des personnes qui ont partagé cette colère générale qu’il y avait. Je n’étais pas à Tunis malheureusement mais je serais sûrement descendue dans la rue.

Quand j’ai lu le scénario et que j’ai su que ça parlait de ça, c’est une des raisons pour lesquelles j’ai eu vraiment envie d’interpréter ce personnage.

C’est votre premier long métrage, mais peut être aviez-vous déjà fait un peu de cinéma avant. Quel est votre parcours avant ce film ?

J’ai joué dans des courts métrages et c’est mon premier long métrage en rôle principal. J'ai fait une école de cinéma à Milan, et parallèlement on faisait des cours de théâtre. J'étais dans un parcours de réalisation, dans lequel il y avait également un parcours acteur à faire.  

Comment l’avez-vous vous choisie ?

K.B.H. : Je lui ai demandé de faire des essais. Elle m’a envoyé des essais à distance. J’avais besoin de la voir en vrai après. Je ne la connaissais pas. Je regardais ses photos sur Facebook et je l’avais vue dans un court métrage de la Fémis de Leyla Bouzid, qui a fait ensuite le long métrage A peine j’ouvre les yeux. C’est son court métrage de fin d’études. Après les essais, j’ai fait d’autres essais avec d’autres comédiennes. Je revenais toujours à ce premier choix. Je lui ai demandé d’autres essais après, qui étaient meilleurs, et du coup, c’est parti comme ça.

Jour2fête

Que pensez-vous si l’on dit votre film qu’il est féministe ? C’est un mot avec lequel certaines femmes ne sont pas forcément à l’aise pour parler d’un film.

K.B.H. : Je ne trouve pas que c’est une insulte d’être féministe. Mais pas que. Je ne veux pas que le film soit juste avec l’étiquette féministe. Ca me va comme l’un des adjectifs que l’on pourrait attribuer à ce film.

Parlons également de la mise en scène. Sauf erreur de ma part, il s’agit d’une succession de plan séquence par chapitre. Pourquoi ce choix ?

K.B.H. : J’aime beaucoup le temps réel au cinéma. Je trouve que ça rajoute de la tension et de l’intensité, parce qu’on est dans le moment, on est avec le personnage. C’est comme la vraie vie. La vie n’est pas montée. On plonge, voilà !

Au départ, j’avais cette histoire mais je ne savais pas trop quelle forme elle allait prendre. Mais je savais que ce qui m’intéressait, c’était juste cette nuit. Parce que l’intensité, l’horreur, tout s’est passé cette nuit-là. En réfléchissant, je me suis dit que j’avais des décors précis, pas des décors extraordinaires – des couloirs, des bureaux… - et j’avais envie de sentir la pression que peuvent mener ces décors sur le personnage, dans une espèce de temps réel, qui nous fait être vraiment avec le personnage. On la suit vraiment.

Je me suis dit que j’allais faire un plan séquence par décor, par moment, par fragment, et je me suis dit que j’allais travailler sur les ellipses pour qu’elles soient intégrées dans le récit. (...) C'était une chorégraphie très complexe à mettre en place. Il y a eu beaucoup de répétitions.

Jour2fête

Avez-vous tourné chronologiquement ? Car il y a quelque chose de remarquable sur l’évolution du personnage.

K.B.H. : Non, pas vraiment. Un peu, mais par obligation de décor. Je voulais tourner chronologiquement mais ce n’était pas possible. C’est toujours compliqué. Mais c’est quelque chose qu’on a travaillé ensemble, sur l’apparence du personnage, son maquillage, sa coiffure, l’émotion. Après, c’est tout le travail de comédienne qu’elle a apporté pour faire évoluer le personnage.

Mariam, vous disiez plus haut que vous aviez une formation de réalisation et d'actrice. Aimeriez-vous continuer les deux ?

M.A.F. : Oui, j'aime les deux. 

Le film était présenté à Un certain Regard à Cannes. Cela a-t-il été bénéfique pour distribuer le film dans de nombreux territoires ?

K.B.H. : Absolument. Je suis ici avec Jour2Fête, le distributeur du film, et déjà à Cannes, je sais qu'ils ont vendu à pas mal de territoires. Le film sortira aux Etats-Unis, en Chine, et d'abord en Europe (Belgique, Suisse, Suède...). La Suède a coproduit le film. Le film sortira aussi en Tunisie. 

La Belle et la meute EXTRAIT VO "Elle lui parle" :

 

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