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    Lumière 2017 : la masterclass de Michael Mann sur Heat, son chef-d'oeuvre
    Par Léa Bodin, à Lyon — 17 oct. 2017 à 05:00
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    Hier soir, à l'auditorium de Lyon, le cinéaste américain Michael Mann s'est prêté au jeu de la masterclass avant la projection du director's cut de "Heat" dans une copie restaurée en 4K. Thierry Frémaux animait la rencontre, avec un invité surprise.

    Dominique Jacovides/Bestimage

    Ce dimanche, deuxième jour du Festival Lumière, l'Auditorium de Lyon faisait salle comble pour accueillir Michael Mann, venu rencontrer son public avant la projection d'une copie restaurée en 4K d'un director's cut de Heat, que beaucoup considèrent comme son chef-d'oeuvre. Avant d'introduire le formaliste cinéaste, à qui l'on doit aussi Le Dernier des Mohicans, Collateral ou encore Miami Vice, Thierry Frémaux a appelé sur scène un invité surprise. Le Mexicain Guillermo del Toro, présent à Lyon pendant toute la durée du festival, "y tenait" : il se joindra au directeur de l'Institut Lumière pour converser avec son homologue américain, et c'est une première ovation chaleureuse qui résonne dans la salle de concert. Après la projection d'un court montage autour des films de Michael Mann, le réalisateur, qui se prête rarement à ce genre d'exercice, fait son entrée sous les applaudissements bruyants et les bravos du public. 

    "Ce qui me fascine, c'est le conflit"

    À la question de Thierry Frémeaux "Vous sentez-vous comme un auteur ?", le cinaste américain répond de manière assez catégorique : "Non, je ne me suis jamais vu comme un auteur, mais je considère que tout dans un film est de ma responsabilité, jusqu'au moindre détail." Et lorsque Guillermo del Toro lui parle de la grande cohérence de son cinéma et de la dimension crépusculaire de ses personnages en lui demandant s'ils s'inscrivent selon lui dans une dimension un peu légendaire de l'Amérique, Michael Mann est sans appel : "Ce qui meut mes personnages, ce qui constitue leurs motivations profondes, ce n'est pas leur environnement. Ce qui me fascine, c'est le conflit, c'est de là que naît le drama, la narration. Les conflits des personnages n'ont de sens que si j'arrive à créer une histoire suffisamment incarnée et intime pour que les spectateurs puissent s'y identifier."

    Heat, c'était une sorte de hold-up pour le studio.

    "Heat serait très difficile à faire aujourd'hui." À l'époque, en revanche, les choses se sont passées assez simplement, se souvient Michael Mann :

    "Le seul problème que j'ai eu, c'était la durée. J'ai appris plus tard que les boss de la Warner avaient joué à pile ou face pour savoir qui devrait m'annoncer qu'il faudrait couper une demi-heure de film. Sauf qu'ils avaient pris cette décision avant même de voir le film. Il y avait une grande projection, ils ont vu le film et ils ont dit : 'Ok, ce sera un film de 2h35.' De manière générale, c'était une sorte de hold-up, car tout était déjà prêt. J'avais le scénario, De Niro, Pacino et on s'est présentés au studio en leur disant : 'Voilà ce que le film va coûter, voilà le casting...' Ils ont donné leur feu vert et quand on est partis, on a entendu des hurlements en provenance du bureau d'où on sortait. Quand je les ai appelés pour savoir ce qui s'était passé, ils m'ont dit : 'Ne refaites plus jamais ça, ne nous présentez plus jamais un projet où tout est déjà fait et où on ne contrôle plus rien.'"

    La masculinité dans toute sa complexité

    Guillermo del Toro a souligné la grande tendresse qu'entretient Michael Mann pour ses personnages masculins. Ce dernier explique que l'écriture du personnage de Neil McCauley (Robert De Niro) est en partie basée sur les recherches qu'il a effectuées dans les prisons : "J'ai rencontré des détenus extrêmements cultivés, qui avaient lu Camus, Marx, et qui avaient fait une projection extrêmement précise de la vie à laquelle ils aspiraient lorsqu'ils sortiraient, avec un véritable discipline, un code de conduite et un code émotionnel à respecter, se rappelle-t-il. Neil suit certaines de ces règles, celle de l'anonymat, celle de l'absence d'attachement, et la rencontre d'Eady (Amy Brenneman) lui explose à la figure dans le temps présent. C'est ce qui le désoriente et lui fait perdre la ligne qui était la sienne." 

    Warner Bros.
    Robert De Niro dans la peau de Neil McCauley

    Pour ce qui est des autres personnages, il a tenu à leur donner plusieurs dimension et à les inscrire dans la réalité. "Il fallait, dit-il, que la complexité de ces personnages apparaisse dans le film, pour que le spectateur puisse se glisser dans la subjectivité de chacun d'entre eux. On est engagé avec le personnage de Neil, mais on l'est tout autant avec le personnage de Vincent Hanna (Al Pacino)."

    Si l'on en croit le cinéaste, le film entier est construit autour de cet idée là. "Le film s'ouvre avec un premier chapitre, explique-il, qui commence comme un film d'action, avec une séquence de braquage, etc. Puis le film s'arrête littéralement et se poursuit sur un second chapitre, où l'on raccompagne les personnages chez eux, dans leur vie domestique. On voit De Niro qui retrouve sa solitude et on a tous ces plans fixes très froids. On a le personnage de Val Kilmer qui rentre dans sa maison, avec son couple qui bat de l'aile, de même pour Al Pacino quand il retourne dans son foyer." 

    Robert De Niro et Al Pacino : le choc des géants

    Dans Heat, Robert De Niro et à Al Pacino sont réunis pour la première fois à l'écran. Pour Michael Mann, l'enjeu est tout autre : pour lui, les deux comédiens sont tout simplement les seuls choix possibles pour incarner ces deux personnages. C'est l'occasion pour le réalisateur de mettre définitivement fin à la rumeur qui a couru pendant quelques temps à Hollywood selon laquelle les deux acteurs n'étaient pas ensemble sur le plateau lors du tournage de la scène du diner, montée en champ-contrechamp : "Evidemment qu'ils étaient tous les deux sur le pleateau. D'ailleurs, dans la scène où ils sont face à face, le champ et le contrechamp ont été filmés simultanément. Il y avait une caméra derrière chacun et il aurait suffi qu'on bouge l'une des caméras d'un centimètre pour voir l'autre. Il se trouve que j'avais fait un plan plus large où on les voyait tous les deux, mais je me suis rendu compte au montage que ça n'avait pas d'intérêt, car la scène perdait toute son intensité", précise-t-il. 

    Warner Bros.
    Michael Mann, Al Pacino et Robert De Niro sur le tournage de Heat

    Le cinéaste a rendu hommage à tout le casting du film : "C'était un film choral et tous les acteurs ont été extraordinaires. Val Kilmer, Jon Voight, ont tous réalisé des performances incroyables. Il y avait une telle cohésion dans l'équipe que certains jours, des acteurs qui ne tournaient pas venaient quand même pour soutenir leurs camarades." 

    Créer un univers avec ses propres moyens

    Pour terminer la masterclass, Michael Mann est revenu sur l'attention si particulière qu'il porte à chaque détail et a souligné le talent de dessinateur de son homologue mexicain. "J'ai face à moi un homme en la personne de Guillermo del Toro qui a la capacité de créer des espaces, des créatures, des atmosphères, à travers le dessin. Lui comme Ridley Scott ont ce pouvoir de dessiner. Moi, je n'ai pas ce don, donc je me débrouille avec ce que j'ai à disposition."

    Et Guillermo del Toro de conclure, en brandissant devant la salle un script, non sans avoir rappelé que Heat contenait probablement la plus grande scène de braquage jamais tournée : "Le trésor que j'ai entre les mains, c'est le scénario de Heat annoté par Michael, et je dois vous dire que les notes qui y figurent sont d'une précision et d'une richesse en informations qui sont tout à fait aussi évocatrices qu'un dessin. Dans ces notes, il dit qu'il ne s'agit pas de caractériser des personnages ou des histoires, mais de donner vie à ces personnages et de voir comment ces hommes et ces femmes peuvent continuer à vivre."

    Retrouvez la bande-annonce de Heat : 

    Heat Bande-annonce VO

     

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    Commentaires
    • Naughty Dog
      un grand film, que malheureusement je n'ai pas découvert en salle,mais en VHS avec mon père à l'époque <3
    • xlr8
      Superbe...
    • zarathou
      Je ne savais pas que Del Toro chérissait à ce point le cinéma de Mann. J'ai hâte de voir le documentaire qu'il va lui consacrer.
    • Casimir27
      Ah ben cite moi les 5 derniers je veux bien :)
    • Polterbrick
      Le Dernier des Mohicans, Collatéral voir Ali méritent d'être cités bien avant La Forteresse Noire totalement saccagé par les producteurs et qui, mis à part quelques bonnes idées, laisse franchement à désirer.
    • kingbee49
      Heat est un classique du cinéma américain. Mann excelle quand il filme la fusillade, le face à face Pacino / de Niro et ses vues nocturnes de Los Angeles.... Vu une dizaine de fois, le timing est toujours très bon, le casting impeccable mais avec le temps, je trouve qu'il manque quelque chose au personnage de Pacino, dans la partie personnelle surtout... Mais Mann est un très bon cinéaste.... dans sa filmo je citerai la forteresse noire, le sixième sens, Révélations.....
    • seke
      Exactemment
    • 7eme critique
      En plus d'en avoir pris plein les mirettes, on en a pris plein les oreilles avec cette scène de fusillade d'anthologie. Merci au festival Lumière de nous régaler chaque année avec ces invités d'exception, ces masterclasses et ces restaurations.
    • Rastan
      Et après ,on dit que tout se passe a Paris.....Bien heureux furent les Lyonnais !
    • jamesdu13
      Le cinéma est bien plus pauvre aujourd'hui... complètement d'accord avec toi.
    • Cafe Noir
      J'ai eu la chance de le voir au cinéma a l'époque, ce fut un choc cinématographique en ce qui me concerne, la fameuse fusillade restera dans les annales (mais ce n'est pas que ça bien sûr).
    • ServalReturns
      Des films comme Heat ne sortaient pas à la pelle il y a 20 ans non plus... des films de cette trempe, il n'y en a qu'un ou deux par an, il y a vingt ans comme maintenant.
    • ServalReturns
      D'ailleurs, Del Toro a annoncé avoir pour projet de sortir un livre d'entretiens avec Mann et Miller, un peu à la manière du fameux Truffaut / Hitchcock. Ce serait passionnant !
    • Cuderoy
      Le boulot d'un producteur c'est trouver la thune. C'est ingrat, clairement, mais c'est seulement ça. Et certains ont tendance à un peu trop l'oublier...
    • Hugo Fedeli
      ça va vous êtes pas en retard :)Heat : le meilleur film de tout les temps, la scène de la fusillade oh mon dieu <3 <3 <3 Sinon oui les disputes entre réalisateurs et studios sont aussi sans pitié qu'avec les acteurs.
    • Casimir27
      Très, très grand film ! Un de ceux que je ne me lasse jamais de revoir. Et cette dernière scène qui m'arrache toujours quelques larmes... Quelle puissance ! En ça réside la force du cinéma. Un cinéma qui se fait de plus en plus rare...
    • Casimir27
      Chacun son boulot en même temps ;)
    • Tommy Shelby
      C’est ce cinéma qui manque bordel , des acteurs qui se mouillaient, de la mise en scène travaillée, des scénarios écrits sur plus de 2 pages et surtout de l’émotion.Des films qui resteront dans l’histoire quoi.
    • Cuderoy
      Film d'anthologie. Je regrette de ne pas avoir assister à la projection.Bon sinon, le Quand je les ai appelés pour savoir ce qui s'était passé, ils m'ont dit : Ne refaites plus jamais ça, ne nous présentez plus jamais un projet où tout est déjà fait et où on ne contrôle plus rien.. me donne envie de hurler... Même quand tu offres à des producteurs un chef d'oeuvre sur un plateau, faut qu'ils trouvent un moyen d'en vouloir plus. C'est affligeant.
    • Syndromcinoche
      Un réalisateur exceptionnelle, Heat ce bijou du film de braquage ! Une grosse filmographie de haut niveau (même Hackeur est excellent)
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