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La Consolation : "Ma plume était mon arme pour dénoncer", confie Flavie Flament [INTERVIEW]
Par Propos recueillis par Jérémie Dunand à La Rochelle le 15 septembre 2017 — 6 nov. 2017 à 19:10
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France 3 diffuse demain "La Consolation", le téléfilm adapté du livre autobiographique de Flavie Flament, dans lequel elle raconte son viol par David Hamilton à l'âge de 13 ans. Un film coup de poing dont elle nous a parlé au festival de La Rochelle.

Nathalie Guyon / FTV

En octobre 2016, l'animatrice de télévision Flavie Flament publiait La Consolation, un récit autobiographique bouleversant dans lequel elle racontait s'être fait violée à l'âge de 13 ans par le photographe de renom David Hamilton. Un livre qui a fait l'objet d'une adaptation en téléfilm éponyme qui sera diffusé demain soir à 20h55 sur France 3, avec dans les rôles principaux Léa Drucker, Emilie DequennePhilip Schurer en David Hamilton, et la jeune révélation Lou Gable, épatante dans la peau d'une Flavie Flament ado.

Présentes au festival de la fiction TV de La Rochelle en septembre dernier, où La Consolation a obtenu le prix du meilleur téléfilm, Flavie Flament, Lou Gable, et la réalisatrice Magaly Richard-Serrano se sont entretenues avec la presse pour parler du processus d'adaptation et des messages de ce très beau téléfilm. Une adaptation dure et sensible à la fois, qui est diffusée, par le hasard du calendrier, à un moment où les langues se délient enfin et où le harcèlement, le viol, et, plus globalement, les violences faites aux femmes sont plus que jamais des sujets d'actualité.

Magaly, adapter un tel ouvrage aurait pu être très casse-gueule, et en fin de compte vous êtes parvenue à éviter merveilleusement bien tous les écueils possibles, notamment dans la réalisation. Quelle a été votre démarche pour adapter le livre de Flavie Flament à l'écran ?

Magaly Richard Serrano : Quand j’ai lu le livre de Flavie, j’ai eu des visions. Je sentais que je pouvais avoir de l’espace. Il y avait un regard déjà poétique sur les choses. Dans le bouquin de Flavie il n’y a pas de pathos. Elle n’hésite pas à faire des traits d’humour à des moments assez durs. J’aime ça car c’est comme dans la vie. Rien n’est complètement sombre. Dans des choses dures comme cette histoire, il y a toujours de la vie, de la vitalité, de la poésie. C’est cet aspect-là que j’ai décidé de mettre en avant, plutôt que l’aspect trash, glauque. Je voulais épouser au maximum le point de vue de cette jeune fille. Être au maximum dans son regard, le regard qu’elle a sur les choses. C’est en la suivant elle, le personnage de Poupette, que j’ai trouvé le chemin dans cette adaptation.

Et puis j’ai essayé d’être très fidèle au livre tout en travaillant l’aspect fiction. On a recréé une fiction à partir de cette base qui est presque une base documentaire. J’ai voulu faire un vrai film de fiction, avec un regard, un point de vue. Me réapproprier l’objet livre pour raconter une histoire universelle. Des familles comme celle de Flavie il y en a plein. C’est en ça que le livre dépasse le côté purement fait divers. C’est aussi la relation avec la mère. C’est aussi un témoignage sur cette époque, les années 80. Et cette histoire avec Hamilton bien sûr, qui n’est en fait, d’une certaine façon, qu’un prétexte à raconter tout ça.

Il n'a jamais été question que Flavie joue son propre rôle à l'écran ?

Magaly Richard Serrano : Je me suis posée la question à un moment, évidemment. Et puis finalement on s’est dit que non, que ça brouillait les pistes de la fiction. Mais on se pose forcément la question à un moment donné. Mais pour vraiment décoller, ça aurait été une erreur je pense.

Flavie Flament : Honnêtement, j’aurais peut-être pu le faire, oui, mais je ne crois pas que ce soit mon métier, ni que j’ai forcément le talent pour le faire. Donc j’y ai peut-être pensé l’espace de 5 minutes, mais ça m’est vite passé (rires).

Magaly Richard-Serrano : Et puis il faut bien avouer qu'on a eu de la chance avec Emilie. Emilie Dequenne est une excellente comédienne. Ça l’amusait beaucoup d’incarner Flavie. C’est perturbant car elles ont quasiment le même âge, et elle incarne quelqu'un qui est toujours vivant. Mais Emilie ça l’a beaucoup amusé. Donc elle a foncé dans le challenge. Il fallait quelqu’un qui se lance à fond comme ça et qui n’ait aucune réserve sur le fait de se travestir. Elle a mis des lentilles, une perruque. C’était un vrai travail d’actrice et de travestissement, et ça l’a beaucoup amusée.

Nathalie Guyon / FTV
Flavie Flament et Emilie Dequenne, qui incarne l'animatrice à l'écran, sur le tournage de La Consolation

Qu'avez-vous ressenti en voyant le téléfilm terminé pour la première fois ?

Flavie Flament : La première fois que j’ai regardé le film, dès les premiers plans, j’ai regardé Poupette comme une autre. Ce qui d’ailleurs a été aussi la façon dont j’ai écrit le livre. Car pour se consoler il faut savoir aller chercher l’enfant qu’on a été et le considérer comme autre. Donc j’ai regardé le film en admirant le travail de Magaly, en admirant le jeu des comédiens. J’ai regardé le film comme un objet. Je suis extrêmement touchée par le film. Le livre est sorti à un moment où j’étais en mesure de le porter. Et le film arrive alors que j’ai aussi la force de le porter, que je suis forte de tout ce que j’ai vécu avant. Donc je trouve ce film magnifique, émouvant, et je trouve qu’il a une portée folle car c’est un film qui est engagé aussi. Donc je le regarde comme une sorte de continuité. C’est moi, mais cette histoire ce n’est plus totalement la mienne non plus.

Et de se voir incarnée par une autre à l'écran, ça fait quoi ?

Flavie Flament : Être jouée adulte par Emilie Dequenne c’est quelque chose d’assez agréable, il faut bien l'avouer ! Deux prix d'interprétation féminine à Cannes pour m’interpréter, comment vous dire, c’est assez flatteur (rires). Et je trouve qu’elle m’incarne merveilleusement bien. Ça m’a beaucoup touché. Quant à Lou, je me souviens que Magaly m’avait envoyé des images de Lou et m'avait juste dit "Dis moi ce que tu en penses". Et ça a été une évidence. Car Lou a tout de Poupette. Elle est Lou, mais elle a tellement de Poupette aussi. C’est super émouvant. Et Poupette jouée par Lou c’est aussi un honneur, c’est quelque chose de très chouette.

Est-ce que vous avez hésité à accepter de voir votre histoire adaptée à la télévision ? Car un bouquin il faut l’acheter, il faut le lire, c'est une démarche. Et là c’est à la télé, on peut tomber dessus en zappant…

Flavie Flament : C'est vrai. Mais quand France 3 et Nicole Collet [la productrice, ndlr] se sont manifestées pour me dire "On aimerait adapter le livre", j’y ai vu cette portée. J’y ai vu cette portée pour le message que porte le livre. Le livre est une fenêtre et alors là, en devenant un film à la télé, si ça peut provoquer des débats, si ça peut faire s’interroger, si ça peut toucher, c'est super, car tout est tellement beau dans ce film. De quelque chose d’indicible et de pas beau ils en ont fait quelque chose de magnifique. Si ça peut permettre de porter encore plus les choses, les émotions, c’est super. Et parce que c’était Magaly, parce que c’était France 3, parce que c’était Nicole Collet, je savais que ce serait quelque chose de délicat, que ce serait à l’image du livre et de la délicatesse dont on a tous voulu faire preuve.

Nathalie Guyon / FTV
La jeune révélation Lou Gable, qui incarne "Poupette", et Léa Drucker, dans le rôle de la mère de Flavie

Flavie, à quel point vous êtes-vous investie dans le téléfilm et dans le processus d'adaptation ?

Magaly Richard Serrano : Vous savez, Flavie c’était notre témoin numéro 1. Elle est venue sur les 4 premiers jours de tournage pour qu’on lance, pour qu’on sente, pour qu’on puisse échanger sur des petits détails, des petites choses. Et ensuite elle m’a laissé les clés du camion.

Flavie : En revanche le téléfilm on l’a co-écrit ensemble, toutes les deux. (...) Et j'ai passé du temps avec tous les comédiens. Avec Lou évidemment. On a passé une après-midi entière à lire le scénario avec Lou, et avec Magali aussi. Je lui racontais Poupette, je lui donnais des clés. Elle avait lu le livre, elle savait qu’il y avait un besoin éperdu d’amour, mais il fallait quand même qu’elle fasse vraiment connaissance avec Poupette pour parvenir à bien l’incarner. Elle est d’une justesse assez incroyable par rapport à ce que j’étais enfant. Je la voyais, elle emmagasinait tout un tas de choses que je lui racontais, sur le rapport avec ses frères, le rapport à sa mère. Elle a pu me poser toutes les questions qu’elle voulait. À la fin de la journée elle avait le bagage, et après c’était à elle de digérer le personnage.

Lou Gable : Oui, je m’imprégnais complètement de toi.

Et justement, Lou, comment avez-vous abordé ce rôle qui n'est pas du tout simple à jouer ?

Lou Gable : C’est un sujet très fort, mais je savais à quoi m’attendre. Ce qui était dur c’était de se détacher du personnage, de prendre du recul. Il y a Poupette et il y a Lou. Et quand on joue un rôle comme ça c’est très fort en émotion. On a beaucoup parlé avec Philip avant les scènes difficiles [entre Flavie et Hamilton, ndlr]. On a tourné ces scènes au début du tournage pour pouvoir s’en débarrasser et passer rapidement aux scènes plus agréables.

Magaly Richard Serrano : C’est son tout premier rôle. On s’attendait à ce que le rôle soit difficile à caster et finalement non. Il fallait une jeune comédienne qui puisse jouer 3 âges différents, qu’elle ait plus de 16 ans mais qu’elle paraisse jeune, et qu’elle ait une palette de jeu assez dingue. On s’attendait à ce que ça prenne du temps et en fin de compte on a eu la chance de trouver Lou en à peine un mois et demi.

Et le choix de Léa Drucker pour jouer la mère, il vous est venu comment ?

Flavie Flament : Tout de suite quand on m’a proposé l’adaptation j’ai commencé à imaginer des comédiens pour les différents rôles. Mais au départ le livre n’avait pas vocation à être adapté. Je n’y ai même pas pensé. Ma plume était mon arme pour faire passer des messages et pour pouvoir dénoncer un prédateur que je ne pouvais pas dénoncer dans les tribunaux. Comme je suis quelqu’un de pacifiste, je n’avais qu’une plume pour pouvoir dénoncer. Et après quand il a été question d’adapter, l’imagination est devenue galopante. Et ce qui est fou c’est que tout de suite j’ai pensé à Léa Drucker pour l’adaptation. On s’est rencontré avec Nicole et elle y avait pensé aussi.

Magaly Richard-Serrano : Et moi pareil, j’ai eu un rendez-vous avec Nicole. Je lui ai dit "J’ai lu le livre et je pense à Léa". C’était hallucinant, on avait toutes la même envie. Et heureusement j’avais déjà travaillé avec Léa sur un téléfilm pour France 2 qui s’appelait Crapuleuses. Et j’avais tellement aimé travailler avec elle que j’avais envie de lui donner un rôle à sa mesure.

Flavie Flament : Léa a dit oui tout de suite, alors qu’il n’y avait même pas encore de scénario. C'est quelqu'un de lumineux et de joyeux, mais elle a aussi cette capacité à tout jouer. Elle a une palette de jeu incroyable. Le personnage de la mère est tellement complexe, car c’est un mélange de fragilité, d’extrême violence, de perdition, de perversion. Il faut avoir une intelligence de jeu et une palette exceptionnelle pour pouvoir l’incarner. Léa est vraiment scotchante dans le film.

Nathalie Guyon / FTV
Lou Gable aux côtés de Philip Schurer, le comédien choisi pour prêter ses traits au photographe David Hamilton

Flavie, quelle a été votre réaction en apprenant la mort de David Hamilton ?

Flavie Flament : David Hamilton a choisi la fuite à quelques jours de sa traduction en justice, car on avait retrouvé une victime qui a 28 ans et qui aurait pu nous ouvrir les portes d’une action judiciaire. Il se savait forcément coincé. Il savait que ça en était fini pour lui. Sa mort a été un choc pour moi mais aussi pour toutes les autres victimes d’Hamilton car on était ensemble, on s’était retrouvées, et on espérait obtenir un jour réparation. Mais surtout je n’ai pas voulu oublier qu’en général c’est de l’autre côté que ça se situe. Ce sont les victimes qui sont réduites au silence, qui ne peuvent plus survivre car elles ne sont pas entendues. Et ce jour-là, si on pouvait déplorer un drame, ce drame-là ne pouvait pas effacer le drame des victimes en règle générale. Et c’est tout ce que ça m’a inspiré. Et ça nous a encore plus rapprochées les unes des autres.

Le fait de voir le téléfilm a-t-il ravivé des rancoeurs envers certaines personnes ?

Flavie Flament : Je ne vis pas du tout dans la rancœur. Je ne vis pas du tout dans la haine. La colère me traverse parfois mais ce n’est pas un sentiment que j’ai envie d’entretenir. Et je suis trop heureuse de ce chemin parcouru et de tout ce qui se passe aujourd’hui pour me laisser envahir par des émotions qui ne sont pas très honorables. Donc non, voir le film n’a ravivé aucune rancœur. J’ai regardé le film en me disant "C’est une belle histoire". Les comédiens sont extraordinaires. Philip a endossé un rôle difficile à porter et il l’a fait avec beaucoup de délicatesse. Je ne suis que dans cette idée que si c’est un film qui peut faire changer les choses, bouger les lignes, tant mieux. Je suis côté soleil.

On a en tout cas l'impression que la sortie de votre livre il y a un an a changé votre carrière, vous a apporté de nouveaux projets, de nouveaux horizons…

Flavie Flament : Je comprends que vous le voyiez comme ça car vous voyez les enchaînements. Mais en réalité mon livre n’a pas changé ma vie. C’est cette révélation et cette sortie de l’amnésie traumatique qui ont changé ma vie. J’ai quitté la télévision à un moment donné car c’est un combat que je ne pouvais pas vivre publiquement. J’étais trop exposée pour pouvoir vivre cette épreuve-là.

Mais c’est la révélation de tout ça qui a changé ma vie. Aujourd’hui, je suis là où j’ai toujours voulu être sans le savoir. Je suis à ma place. Ce n’est pas quelque chose de calculé en terme d’image. Effectivement, si on se retourne et qu’on voit juste sur le papier ce qui s’est passé on peut se dire "Oui, il y a eu un changement d'image". C’est juste ma vie qui continue, et elle va dans le bon sens. Ce changement d’image je ne l’analyse pas. Je suis enfin totalement libérée de tout ce qui pouvait m’entraver.

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