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    L'histoire vraie derrière... Bienvenue à Suburbicon

    A l'origine, "Bienvenue à Suburbicon" est un ancien script signé des frères Coen... Découvrez la véritable histoire derrière le nouveau film de George Clooney.

    2017 Concorde Filmverleih GmbH / Hilary Bronwyn Gayle

    Trois ans après Monuments MenGeorge Clooney revient derrière la caméra avec Bienvenue à Suburbicon. Un film entremêlant deux histoires qui, à la base, n'avait rien à voir l'une avec l'autre. Situé à la fin des années 50 dans la ville apparemment idyllique de Suburbicon, le film raconte, d'un côté, l'installation d'une famille afro-américaine dans un quartier uniquement constitué de blancs. De l'autre, l'histoire de leurs voisins, une famille d'allure respectable qui s'avère impliquée dans une sordide affaire de malfrats. Si ces deux histoires coexistent dans le même film, c'est aussi parce que la genèse de Bienvenue à Suburbicon s'est faite en deux temps…

    Tout commence à la fin des années 90. Les frères Coen envoient un scénario à leur fidèle collaborateur, George Clooney, intitulé "Bienvenue à Suburbicon". L'histoire d'un meurtre qui tourne mal, bourrée, comme souvent, chez les Coen, de bras cassés. Dans cette comédie noire, Clooney est censé interpréter un second rôle très percutant, celui d'un hilarant agent d'assurance un peu insistant. Finalement, et comme souvent à Hollywood, le projet n'aboutit pas et est laissé dans un tiroir.

    Les années passent et les trois hommes tournent ensemble d'autres films : O' Brother, Intolérable CruautéBurn After Reading ou encore Ave César. Une période au cours de laquelle George Clooney passe également une nouvelle étape dans sa carrière, se tournant lui-même vers la réalisation. En 2002, il réalise ainsi Confessions d'un homme dangereux et, en l'espace de quelques années, tourne quatre autres films jusqu'en 2014, avec Monuments Men.

    Pour son prochain projet, Clooney envisage alors de raconter une autre histoire vraie : celle de la famille Myers de Levittown. Il s'attelle au scénario avec son fidèle collaborateur, le scénariste et producteur Grant Heslov, tous deux s'appuyant notamment sur un documentaire de 1957, "Crisis in Levittown" pour explorer leur histoire...

    Cette histoire, là voilà... En 1957, William et Daisy Myers, un couple d'afro-américains, emménagent à Levittown en Pennsylvanie. Levittown fait partie des villes nouvelles construites de toutes pièces et à la chaîne par l'entrepreneur William Levitt. Des banlieues pavillonnaires où se dressent à la pelle des milliers de maisons similaires, promesse pour les classes moyennes d'accéder enfin à la propriété après la Seconde Guerre Mondiale. A l'époque, la Levittown de Pennsylvanie est la deuxième ville nouvelle mise sur pied par Levitt, après celle de New York.

    Une publicité pour vanter le concept de Levittown, dont le style et le propos sont repris dans l'introduction du film de George Clooney :

    Comme on peut le remarquer dans le spot ci-dessus - avec lequel Clooney s'amuse d'ailleurs au début de son film - ces banlieues font alors miroiter l'éclat du rêve américain au coeur d'un cadre paisible, sécurisant et au sein d'une communauté tranquille. Une communauté bien spécifique puisque les banlieues Levittown sont composées à 100 % de familles blanches.

    Levitt & Sons refuse effectivement de vendre ses maisons aux afro-américains. William Levitt n'est cependant pas le seul à favoriser ce climat ségrégationniste. Dans les années 30, un programme de la FHA (Federal Housing Administration) garantit aussi des prêts aux promoteurs immobiliers qui officient à la construction de certains quartiers spécifiques, à la condition qu'ils excluent les familles noires, cette agence gouvernementale de l'époque estimant que les quartiers où les communautés se mélangeaient perdaient de la valeur avec le temps. 

    C'est dans ce contexte de contrôles et d'inégalités raciales que William et Daisy Myers s'installent à Levittown, après avoir racheté leur maison à un précédent couple et non directement à Levitt & Sons. Le soir même de son emménagement, la famille voit débarquer des dizaines de personnes devant chez elle.

    Des voisins armés de drapeaux confédérés, symbole sudiste et raciste, qui, nuit et jour, vont les harceler à coup d'injures, de jets de pierre, de vacarme continuel (entre tambours et chansons à tue-tête). Des procédés mis en place pour les faire craquer et les forcer à partir. Un mur est même construit autour de leur maison et une pétition lancée à l'initiative de certains voisins pour les expulser. 

    Ces éclats et ces tentatives d'intimidation durent une quinzaine de jours avant que la police parvienne enfin à faire fuir le siège installé devant chez les Myers. Mais pendant plusieurs mois, la famille continue d'être menacée aux téléphone ou de voir ses livraisons ne pas finir devant le seuil de sa maison. 

    Leur persévérance leur fera gagner l'admiration des défenseurs des droits civiques aux Etats-Unis. Daisy Myers, qui a écrit un livre sur son histoire, sera même appelée la Rosa Parks du Nord. Au final, La famille Myers restera quatre ans à Levittown avant de quitter la ville à la suite du changement de poste de William...

    Le documentaire "Crisis in Levittown" :

    C'est donc cette triste page de l'Amérique ségrégationniste qui devait faire l'objet du nouveau film de George Clooney. Mais, le réalisateur, qui ne voulait pas avoir l'air "de faire la morale", décide de prendre une autre tournure, moins sérieuse. "C'était plus sympa si nous arrivions à y insuffler une forme de divertissement", explique t-il dans un entretien à Atlantic.

    Souhaitant mixer les genres et combiner ces éléments de drame à de la comédie, surtout pour créer de la satire et une métaphore, Clooney se rappelle alors de ce fameux script des frères Coen. Il a l'idée de coupler les deux histoires. Avec Heslov, ils reprennent donc le scénario des Coen - qui sont crédités sur le film - et le situe la semaine même où la famille Meyers emménage dans le quartier. Levittown devenant alors Suburbicon. 

    Bienvenue à Suburbicon s'est alors transformé en thriller humoristique, comme le décrit Clooney dans l'entretien promotionnel du film, abordant "des thèmes proches de ceux de Fargo et de Burn After Reading : des personnages malchanceux qui prennent de très mauvaises décisions." Cette partie sur la famille Lodge est menée à l'écran par Matt Damon, Julianne Moore et Oscar Isaac (le fameux agent d'assurance que Clooney devait jouer à la base). L'histoire parallèle ayant trait au harcèlement des Myers, voisins directs des Lodge, se déroule en toile de fond et est jouée par Karimah Westbrook et Leith M. Burke.

    Au milieu de tout ça, seuls les enfants respectifs des deux couples, Nicky et Andy, entrent en relation. Leurs parents, les Myers et les Lodge, n'interfèrent jamais. Quant aux autres voisins, ils sont tellement axés sur leurs voisins noirs qu'ils ne voient rien de l'horreur qui se trame juste à côté, chez les Lodge. "Le film montre aussi comment on détourne facilement le regard. Comment on trouve des responsables à nos propres problèmes", nous confiait Julianne Moore dans une interview. 

    Satire de l'aveuglement et du cloisonnement, le film, s'il se déroule dans les années 50, fait aussi écho à l'année qui s'est écoulée aux Etats-Unis. Année qui a réveillé les vieux démons, à l'image des événements survenus à Charlottesville ou de l'élection de Donald Trump :

    "Il y a tellement de colère, non seulement aux Etats-Unis mais également dans le reste du monde. On sent vraiment cette colère croître depuis quelques années. Tous les débats qu'on entend autour de l'immigration (...) reposent sur cette idée que nous allons bien et qu'"ils" vont nous prendre quelque chose si on les laisse entrer. Dès lors, on met des barrièresOn écrase des minorités", nous expliquait Clooney lors de la promotion du film.

    "C'est ce que j'ai pu voir ces dernières années. Avec ce film, je voulais revenir en arrière à une époque où les mêmes sujets existaient déjà. En partie pour montrer aux gens que ces blessures ne sont pas guéries. Et surtout pour montrer que nous devons combattre ces idées encore et encore", poursuit le réalisateur. 

    Oscar Isaac campe le personnage jubilatoire que devait jouer George Clooney :

     

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