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L'Intrusa de Leonardo Di Costanzo : "Il ne s’agit pas d’un film sur la Camorra mais sur des gens vivant à côté d'elle"
Par Laurent Schenck, propos recueillis le 12 décembre 2017 — 13 déc. 2017 à 05:30
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A l'occasion de la sortie de "L'Intrusa", plongée réaliste dans un centre pour enfants défavorisés de Naples, AlloCiné a rencontré son réalisateur Leonardo Di Costanzo.

AlloCiné : Quelle est l'origine de L'Intrusa et qu'est-ce qui vous a donné envie de faire ce film centré sur ces gens vouant leur vie à la médiation sociale dans un contexte difficile ?

Leonardo Di Costanzo : Je me suis toujours intéressé aux figures de médiation sociale parce que delà où ils agissent, dans ces lieux-là, elles se transforment en lieux d’observation, de narration, et de création du récit du monde actuel. Ce sont des héros de la modernité, au sens littéraire du terme. Ils ne combattent pas d’armées ennemies, ni de monstres marins, ils sont à la recherche de solutions face à la fracture sociale. Ils doivent trouver des stratégies face à des problèmes d’exclusions. J’y trouve des éléments classiques de la narration : le comique, le tragique, les émotions, l’espoir… Tous les sentiments. Ces personnages sont des héros peu représentés, peu racontés aujourd’hui, ce qui est étrange. C’est pour cela que je m’y suis intéressé. D’autant plus, qu’ils prennent une part de plus en plus importante dans nos sociétés, face aux reculs des états. Les stratégies, les dilemmes auxquels ils sont confrontés sont primordiaux pour nous. Je les considère comme des avant-postes de notre humanité à une époque où nous nous acheminons vers une société de conflits accrus, de classes et ce sont eux qui peuvent mettre en place des solutions.

Capricci Films
Leonardo Di Costanzo

On sent que L'Intrusa est très documenté et réaliste. Comment vous êtes-vous préparé au tournage ?

J’ai beaucoup d’amis et de connaissances dans ce milieu. Cela fait longtemps que je souhaitais faire un film sur le sujet même à l’époque où je faisais du documentaire mais ce n’était pas l’outil adéquat. Lorsque j’ai entamé un travail de fiction, je suis allé voir et discuter avec ces gens. J’ai alors pris connaissance de cette histoire vrai, de ce fait divers dans lequel j’ai cru retrouver des éléments de la tragédie classique. Dans l’écriture comme dans la préparation, j’ai été aidé par ces amis. En effet, la période de préparation était longue car les acteurs sont non-professionnels. Parmi ces amis, il y en a qui jouent dans le film, des gens que je connaissais comme ceux qui aident Giovanna, qui s’occupent des enfants.

Je me suis toujours intéressé aux figures de médiation sociale. Ce sont des héros de la modernité, au sens littéraire du terme. 

Le film a-t-il été difficile à produire ?

Non, cela n’a pas été difficile à produire. Dès la fin de l’écriture, il y a eu de l’intérêt presque immédiat de la RAI et du ministère de la Culture italien ainsi que des partenaires étrangers : la Suisse, la France. En ce moment en Italie, il y a un intérêt croissant pour ces récits qui sont liés à une observation de la réalité.

Pourquoi avoir choisi l'actrice Raffaella Giordano dans le rôle principal ?

J’ai longuement cherché Giovanna. Pendant l’écriture, j’ai toujours imaginé Giovanna ayant cet aspect physique, je l’imaginais quasi comme elle est, avec de la distance et de la douceur. A la première écriture du scénario, nous étions partis sur quelque-chose de très dialogué puis petit à petit il y a eu de moins en moins de répliques, ce qui était difficile pour les comédiens. C’est plus délicat de raconter un personnage avec peu de dialogue. Il fallait beaucoup jouer sur l’attitude, raconter avec le corps. Je suis donc parti en recherche du côté de ces comédiens de la génération du théâtre des années 70, 80, qui apportait beaucoup d’importance à l’expression corporelle. Raffaella vient du théâtre-danse car elle a joué avec Pina Bausch. Elle n’avait as envie de jouer, il m’a fallu la convaincre.

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Raffaella Giordano

Elle n’avait pas l’habitude d’utiliser la parole car malgré tout, elle a un peu à parler ! Elle était très réticente, mais je l’ai convaincu comme les trois rôles féminins que ce soit elle, que ce soit Maria, que ce soit la petite Rita : aucune ne souhaitait jouer au départ. Rita, en fait elle ne voulait pas jouer du tout. Ce rôle-là, à l’écriture c’était un rôle masculin. Je ne trouvais pas de petit garçon qui me satisfaisait. Le directeur de casting m’a alors dit qu’il y avait une petite fille qui serait parfaite pour le rôle mais qu’elle ne serait pas partante. Elle l’avait rencontré à l’occasion d’une intervention dans une école. Rita, c’est vraiment quelqu’un de sauvage. Il a vraiment fallu avoir quelqu’un qui s’occupe d’elle à temps plein sur le tournage.

J'imagine que la majorité du casting du film est composée de comédiens non-professionnels. Comment les avez-vous trouvés et dirigés ?

J’ai déjà un peu répondu au préalable. Pour la direction d’acteurs, j’ai fait un long travail de préparation. Pour les trouver, j’ai soit pris des gens qui travaillent dans ces milieux-là, soit des gens qui gravitent autour. Les associations m’envoyaient des gens intéressés. Ces gens m’ont énormément aidé à perfectionner le scénario. Le film est écrit en Italien mais le film est interprété en napolitain et est sorti en Italie avec des sous titres.

Comme souvent dans les films, il s’agit d’une lutte entre le bien et le mal et le mal chez nous c’est bien souvent la Camorra. Il ne s’agit pourtant pas d’un film sur la Camorra.

L'Intrusa n'est pas un film sur la mafia mais sur les gens "normaux" confronté à elle. Comment avez-vous voulu montrer la Camorra dans le film et quelle place occupe-t-elle par rapport au récit ?

Je fais des films à Naples. Comme souvent dans les films, il s’agit d’une lutte entre le bien et le mal et le mal chez nous c’est bien souvent la Camorra. Il ne s’agit pourtant pas d’un film sur la Camorra. Je préfère faire un film sur des gens comme moi qui vivent à côté. Cela ne m’intéresse pas de parler de la Camorra mais plutôt de voir comment on fait pour vivre avec, avec la violence… La Camorra c’est plus à cet endroit-là une métaphore du mal ; il y a des représentants du mal dans d’autres sociétés qui portent d’autres noms, qu’ils soient légaux ou illégaux, d’ailleurs !

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Quels ont été vos principaux choix esthétiques et techniques et pour quelles raisons ?

Le premier choix que j’ai fait c’est de travailler dans un espace clos, qui forme une espèce d’oasis et qui se transforme un peu en espace théâtral. Tous les dessins sur les murs sont tirés de dessins d’une artiste qui s’appelle Gabriella Giandelli. Il a fallu créer un espace séparé, où la réalité extérieure est évoquée plus que montrée. C’était primordial. Du coup, il a fallu se demander comment le son et l’image pouvaient être intimistes. Avec Hélène Louvart la directrice de la photographie nous avons longuement travaillé là-dessus. Le travail sur le son créé aussi cet espace clos. Au niveau du son, les hélicoptères, les ambulances participent à la création de cet espace du dehors. On sort rarement de cet enclave.

Quels sont vos futurs projets ?

Top secret. J’ai des idées mais il faut les formaliser !

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