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Gemma Arterton - Une femme heureuse : "J'ai vraiment montré quelque chose de moi"
Par Brigitte Baronnet - Propos recueillis au Festival du cinéma européen des Arcs 2017 — 25 avr. 2018 à 10:15
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Gemma Arterton est la tête d'affiche ce mercredi d'"Une femme heureuse", l'histoire d'une mère de famille en quête de liberté, de changement dans sa vie. Gemma Arterton y livre une interprétation poignante, pour laquelle elle s'est beaucoup investie.

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Gemma Arterton et Jalil Lespert étaient au Festival du cinéma européen des Arcs en décembre dernier pour présenter Une femme heureuse, un film indépendant britannique de Dominic Savage, également sélectionné en 2017 au Festival de Toronto. Quasiment de tous les plans, Gemma Arterton y incarne une femme se sentant prise au piège de son couple et de sa famille, en quête d'une vie nouvelle, d'une échappée belle. Découvrez notre entretien avec Gemma Arterton et Jalil Lespert, à l'occasion de la sortie du film ce mercredi.

D.R.

AlloCiné : Une femme heureuse semble être un film assez spécial, à part, pour vous, aussi bien dans sa fabrication qu'en terme de jeu...

Gemma Arterton, comédienne et productrice : Oui, c'était assez extraordinaire pour moi. La plupart de mes films jusqu'ici étaient très scénarisés, très stricts en terme de scénario. Une femme heureuse est le genre de film que j'aime voir. Il y avait un sujet, un feeling, une vérité. La façon dont le film a été fabriqué était assez bizarre. J'ai rencontré Dominic Savage [le réalisateur], il y a longtemps, il y a 10 ans, je crois. Il m'avait gardé dans un coin de sa tête. Un jour il m' adit qu'il voulait faire un film au sujet d'une femme qui se sent prise au piège, qui a envie de s'échapper, de se libérer. Ce sujet m'intéressait beaucoup. (...) C'était la première fois de ma vie que je travaillais comme ça. J'ai vraiment montré quelque chose de moi. C'est vraiment un film différent pour moi.

C'est un rôle fort dans lequel vous devez pleurer, être dans un état de tristesse quasi permanent. Ca ne doit pas être évident...

G.A. : Oui, en fait, tout dépend du rôle. Par exemple, la semaine dernière, j'ai joué Marilyn Monroe dans un téléfilm, une comédie. Il y avait une scène dans laquelle je devais pleurer et je n'y arrivais pas, parce que c'était une comédie. J'étais dans la folie tout le temps.

Mais pour Une femme heureuse, c'est la façon dont nous avons tourné. La caméra était toujours sur nous et on ne sait jamais quand ça commence ou ça s'arrête. Il y a d'ailleurs beaucoup de scènes qui ne sont pas dans le film, dans lesquelles on a exploré des choses. Tu plonges vraiment dans le rôle.

C'était la première fois de ma vie que je devais expérimenter la dépression. Je n'en souffre pas moi-même, mais pendant le tournage, je n'avais pas le moral. Mais en même temps, je ne suis pas quelqu'un qui reste dans cet état. C'est aussi un travail. Il y avait des moments très durs pour moi, mais c'était aussi amusant à faire. (...)

Gemma Arterton pitche Une femme heureuse, son premier film en tant que productrice et scénariste:

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Jalil, c'est un projet inattendu. Comment êtes-vous arrivé sur ce projet ?

Jalil Lespert, comédien : J'avais travaillé avec Gemma Arterton. On s'était croisé sur le plateau d'Orpheline. Est-ce que ça a joué ? Je n'en sais rien. J'ai reçu une proposition pour ce rôle, avec un synopsis. J'ai rencontré Dominic Savage, le réalisateur, à Paris. On a parlé de sa méthode de travail, des personnages, de l'histoire… J'ai trouvé la démarche super intéressante et rafraîchissante. J'adore le travail d'impro depuis toujours, et lui ne travaille que comme ça, en tout cas dans ses longs métrages. J'aimais ce qu'on s'est raconté sur le personnage de Gemma et sur le rôle qu'il me proposait. 

C'est un personnage un peu en miroir, et qui bizarrement dans ce travail d'impro et de cinéma quasiment vérité, d'avoir des personnages qui se mentent mutuellement, qui se réinventent une vie et qui de cette manière se répondent et s'accompagnent dans une espèce d'escapade. C'est un rôle qui est plus de l'ordre de la participation qu'autre chose, mais c'était cool à faire.  

Vous parliez du travail d'improvisation. Qu'est-ce qui vous plaît particulièrement ?

J.L. : Je n'ai pas de formation classique. Ce qui m'a toujours plu, c'est d'inventer des choses. Au cinéma, l'acteur est un peu dans un sprint, il n'y a pas la notion de marathon de théâtre du texte. Donc c'est foncer. Ma formation, c'était d'être un jeune comédien qui passait 200 castings par an. Boom, tu n'as pas le temps de réfléchir, faut jouer, essayer de choper le rôle ! J'étais longtemps dans cette énergie. C'était ma formation d'acteur finalement, de ne pas avoir peur, d'être un peu kamikaze. Du coup, je n'ai pas du tout peur de l'impro.

J'ai fait du masque, du clown, mais c'est la même façon de travailler en impro, où l'imaginaire se déploie. Je trouve ça passionnant. En plus, c'est de l'impro dirigée avec un super directeur d'acteur, quelqu'un qui construit avec vous la scène au fur et à mesure. Et puis il y a travail formidable du chef op, cadreur. Pour moi, c'était une forme de récréation géniale.  

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Gemma Arterton et Jalil Lespert dans Une femme heureuse

Gemma, vous êtes productrice d'Une femme heureuse. Envisagez-vous également de réaliser un jour ?

G.A. : Oh oui ! Oui, absolument. A chaque fois que je suis sur un plateau, j'observe le réalisateur. J’y pense. Et avec un scénario car je ne pourrai pas faire ce qu’a fait Dominic Savage. Il faut avoir le film dans sa tête. Je n’ai pas cette capacité de voir quelque chose en entier dans ma tête. Mais je peux travailler avec des comédiens, et particulièrement avec le rythme. Comédie peut être.

Mais je dois trouver l’histoire que je veux raconter. J’ai lu un livre l’autre jour et j’en suis tombée amoureuse, mais les droits ne sont pas disponibles. C’est ça que j’aimerais faire. Ca parle de sœurs. C’est une comédie mais aussi très tragique et émouvante.

Lorsque nous vous avions rencontré pour Gemma Bovery il y a 3 ans, vous nous aviez dit que vous aviez un agent en France (voir interview ci-dessous) et que vous aviez envie de continuer à tourner en France. Il y a eu Orpheline, mais je me demandais s’il y avait eu d’autres propositions?

G.A. : Je suis dans une période de ma vie où si je travaille sur quelque chose, c’est que c’est vraiment top. Je ne veux pas travailler pour travailler. Maintenant, je produis aussi. Je me suis beaucoup investie dans ces projets.

On m’a proposé beaucoup de films en France, mais pas qui me faisaient vraiment envie. Mais il y a beaucoup de réalisateurs avec qui j’aimerais travailler. Mais on verra ! Je suis assez sélective en ce moment. J’aime beaucoup travailler en France et je trouve que le cinéma français tente plus de choses et davantage à mon goût. Mais j’ai toujours mon agent français. 

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Jalil, de tourner à l'international comme pour Une femme heureuse, est-ce quelque chose que vous recherchez ?

J.L. : Je n'ai pas eu trop l'opportunité. En tout cas des choses qui ont été vues en France. J'ai travaillé deux fois avec les italiens. Je viens de travailler une troisième fois avec l'Italie, avec Paolo Virzi [pour le film Nuits magiques]. Je le fais avec plaisir. Quand j'ai fait la série Versailles par exemple, j'avais une équipe internationale de comédiens, de scénaristes et de techniciens, et on se rend compte que ce sont les mêmes personnes qui font les films. Ce sont les mêmes process, le même investissement, la même passion...

Je trouve ça extrêmement rafraîchissant en même temps, parce que j'avais un film par exemple avec un réalisateur chinois Lou Ye, avec Tahar Rahim [pour Love and Bruises, sorti en 2011]. Nos références sociales tombent. D'un coup, on est tous pareils. Il n'y a plus de stars. J'étais sur le film de Paolo Virzi. Quand on me dit untel est très connu, 'bon ben super ! Salut ça va'. Tu n'es pas impressionné par les gens, c'est juste du kiff, et ça j'aime bien.

J'ai la chance aujourd'hui de ne pas avoir besoin de faire l'acteur pour vivre. Je gagne bien ma vie comme réalisateur. J'ai eu la chance très jeune de faire des rencontres magnifiques. Une carrière d'acteur, c'est long, il y a des hauts et des bas. J'ai connu aussi des moments plus compliqués où l'on est obligé d'aller faire des rôles qu'on ne fait pas forcément pour de bonnes raisons. Tu peux te faire mal et ça peut nuire à l'envie de jouer. J'ai cette chance de pouvoir choisir, je savoure ce moment.  

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Gemma, pouvez-vous nous en dire plus sur ce projet dont vous parliez dans lequel vous incarnez Marilyn Monroe ? 

G.A. : Ça s'appelle It's me, Sugar. C'est au sujet du film Certains l'aiment chaud. Marilyn Monroe était dans une période de sa vie vraiment trouble. Elle prenait beaucoup de drogues, buvait beaucoup. Elle était la plus grande star du monde, elle avait beaucoup d'attention sur elle, beaucoup de pression. Elle est formidable dans le film. Mais il y a une scène, quand elle arrive à la porte, elle dit : « It's me, Sugar ». Il a fallu 47 prises pour faire cette scène. Le film parle de ce moment là, cette crise qu'elle avait. C'est drôle parce que c'est stupide de ne pas réussir à pouvoir dire « C'est moi, Sugar ». Elle a fait toutes les variations. C'est tragique aussi.

C'est une période du cinéma que j'adore. Billy Wilder est un de mes réalisateurs préférés. J'ai toujours eu une fascination pour Marylin Monroe. Le réalisateur s'appelle Sean Foley. Il fait plutôt du théâtre, de la comédie d'habitude. Mais il a fait un film l'année dernière qui s'appelle Mindhorn, qui était une comédie anglaise bizarre. Il était comédien avant. Je trouve que les réalisateurs qui ont fait de la comédie avant réalisent mieux. C'est dur de faire une bonne comédie, car il faut du rythme. C'est vraiment dur.

Vous aimeriez faire un peu plus de comédie ? Quand on vous voit, vous riez beaucoup, vous dégagez une joie de vivre, cela vous va bien de faire de la comédie, non ?

G.A. : Absolument ! Je me suis dit cette année que je voulais faire un boulot qui donne de la joie ! Même ce n'est pas le cas de Une femme heureuse. En fait, c'est assez triste d'être en Angleterre en ce moment. J'ai envie de faire des choses plus rigolotes. Hier j'ai parlé avec Dominic Savage [le réalisateur de The Escape] de faire un nouveau film ensemble, avec la même méthode de travail, avec de l'improvisation. Mais pour un projet plus joyeux, réjouissant. Il était d'accord. Il m'a dit : « je pense que la prochaine fois, nous devrions faire un film drôle ». Parce que quand vous improvisez, comme dans le film Une femme heureuse, il y a toujours des prises qui sont drôles, mais on ne pouvait pas les garder pour ce film là. Il y a toujours des prises inattendues. Mais je garde un œil sur une très grosse comédie britannique l'année prochaine. On verra.

D.R.
Elizabeth Debicki et Gemma Arterton dans "Vita & Virginia" de Chanya Button.

Avez-vous d'autres projets qui arrivent ?

G.A. : Je viens de faire un film qui s'appelle Vita & Virginia, qui s'intéresse à Virginia Wolf et Vita Sackville-West. C'est un film que je produis aussi. Je joue le rôle de Vita Sackville-West. L'actrice australienne Elizabeth Debicki joue Virginia. Le film sera prêt pour les festivals. Il y a beaucoup d'intérêt, d'excitation pour Virginia Wolf dans le monde. Avant même de faire le film, des festivals nous sollicitaient pour ouvrir un festival. C'est cool mais il y a un peu de pression ! (rires)

La bande-annonce d'Une femme heureuse :

 

Propos recueillis au Festival du cinéma européen des Arcs, en décembre 2017

 

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