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    Revenge : rencontre avec la réalisatrice Coralie Fargeat et l'actrice Matilda Lutz

    A l'occasion de sa présentation au festival de Gérardmer il y a quelques jours, nous avons rencontré la réalisatrice de "Revenge", Coralie Fargeat, et son actrice Matilda Lutz, pour évoquer, notamment, le cinéma de genre et le féminisme.

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    AlloCiné : Pourquoi est-il si difficile de faire du cinéma de genre en France ?

    Coralie Fargeat : C'est vrai qu'on a un rapport très compliqué, en France, au cinéma de genre français. Le cinéma de genre fait par les Anglo-Saxons est plutôt apprécié et regardé, mais il y a une relation d'amour/haine quand il s'agit de films qui viennent de chez nous. Les explications sont diverses, à mon avis. Si dernièrement, ça a été un genre mal aimé et peu produit, c'est sans doute lié au fait qu'on en a assez peu fait, que les tentatives n'étaient pas toutes très abouties. On a une forte concurrence avec le cinéma anglo-saxon qui fait ça très bien, mais l'internationalisation profite aussi peu à peu au cinéma de genre français : l'arrivée des plateformes, les séries, qui ont remis le genre au goût du jour... On a de plus en plus de tentatives réussies et qui sont de vraies proposition de cinéma, avec un point de vue et des parti pris forts qui permettent de revisiter les codes du genre. C'était le cas de Grave de Julia Ducournau. Mon film, Revenge, est encore une proposition complètement différente, La Nuit a dévoré le monde de Dominique Rocher, est encore autre chose. 

    Matilda, vous teniez vraiment à avoir ce rôle, est-ce que c'était plutôt son aspect film de genre, sa dimension féministe ?

    Matilda Lutz : La première chose qui m'a attirée, c'était Coralie. Quand je l'ai rencontrée pour la première fois, je n'avais pas lu le scénario, et on a discuté pendant deux heures, de la vie, de Los Angeles, de la France. Le lendemain, on a fait un casting dans sa chambre d'hôtel, pendant une heure, où elle m'a demandé de ramper sur la moquette, c'était très physique. J'ai vu combien elle tenait au projet. Ensuite, la transformation du personnage, ce n'est pas quelque chose qu'on trouve dans beaucoup de scénarios, c'est le rôle rêvé pour une actrice. 

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    Quel est le point de départ du film ?

    CF : C'est à la fois la volonté de faire un vrai film de genre - au sens large, dans le sens de ce qui amène ailleurs -, et l'idée de cette figure de la lolita, qui est un personnage qui a un pouvoir d'attraction extrêmement fort et qui est victime de sa dualité. Elle attire les regards, elle facine, et on la considère en même temps comme un personnage vide, qui n'a pas d'existence et dès qu'elle commence à poser des soucis, on s'en débarrasse. Ce personnage de lolita traduisait de manière très symbolique toutes les relations de pouvoir déséquilibrées entre les hommes et les femmes et dit beaucoup sur ces rapports qui peuvent être pervertis et ne donnent pas à chacun une place égale dans la société. La démarche féministe est quelque chose qui me touche beaucoup et qui est venu par ce biais. La transformation consistait à dire qu'elle allait se libérer de cette position où elle attend qu'on qu'on la remarque, et enfin occuper sa part du monde et ne plus être victime du regard ou du comportement des autres. 

    J'ai tenu à donner une dimension symbolique et fantasmagorique au projet. Ce qui m'intéressait, ce n'était pas tant le viol, qui est venu plus tard comme la cristallisation extrême d'un ensemble de violences et de représentations sexistes, mais bien que cette histoire singulière prenne une ampleur plus globale. Je ne suis pas du tout une fan de rape and revenge, ce sont des films que je n'ai même pas regardés, hormis La Dernière maison sur la gauche, c'était plus l'idée du revenge movie que j'avais en tête, de trajectoires comme celles de Kill Bill, Mad Max ou Rambo

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    Dans la mise en scène, vous avez beaucoup travaillé sur le basculement entre le "male gaze", le regard masculin, et le "female gaze", le regard féminin, donc. Comment avez-vous travaillé là-dessus dans la direction d'acteur ?

    CF : L'idée, c'était dans tout le début du film d'axer la caméra sur le côté ultra-sexuel du personnage, avec un regard obsessionnel sur sa sensualité et la manière dont elle en joue totalement. C'était important pour moi de statuer sur le fait qu'elle a le droit, justement, d'aimer être séduisante. Je voulais qu'elle ait un côté magnétique, à la Marilyn, à la Bardot, qui dès qu'elles entraient dans une pièce attiraient tous les regards à elles et en jouaient beaucoup. Après, je voulais effectivement dire qu'aucun de ces éléments ne devrait être un début de justification de ce qui va lui arriver et que c'est ce regard masculin qui est problématique, car il transpose cette fascination en une sorte de droit de préhension. C'est pour ça que dans la deuxième partie du film, c'était important de continuer à son corps, qu'elle habite juste différemment. C'était important qu'elle n'ai aucune aide extérieure, qu'elle soit dans un dépouillement total, à la manière de Rambo justement. 

    ML : Pour préparer le personnage, j'avais très peu de temps. J'ai reçu un appel le vendredi et le dimanche, j'étais dans l'avion pour Paris. D'abord, j'ai travaillé sur la raison pour laquelle elle cherche à attirer les hommes. Ce n'est pas parce qu'elle veut coucher avec eux, mais parce que c'est sa manière de se sentir importante. J'ai beaucoup pensé à Marilyn Monroe, qui, même lorsqu'elle était seule, imaginait qu'il y avait des hommes autour car elle voulait être sexy tout le temps. Les scènes du début étaient très difficile pour moi, car je suis très timide et je n'aime pas du tout être le centre de l'attention. Et je me suis rendue compte, à titre personnel, que dès que j'arrêtais de me soucier du regard des hommes, leur attitude envers moi changeait. Ensuite, j'ai essayé d'envisager Jennifer comme un animal, de la penser de manière sensorielle, comme si elle était une panthère qui cherche sa proie. 

    Quel est votre film d'horreur préféré, à chacune ?

    CF : Allez, j'en cite deux ! The Thing, de Carpenter, et La Mouche, de Cronenberg

    ML : Je vais être honnête, je ne regarde pas beaucoup de films d'horreur, car je suis beaucoup trop sensible !

    (Re)découvrez la bande-annonce de Revenge, dans les salles ce mercredi : 

     

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