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The Room : pourquoi ce film est-il devenu un phénomène ?
Par Corentin Palanchini — 6 mars 2018 à 05:00
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Ce mercredi sort "The Disaster Artist" de James Franco, racontant le tournage du nanar "The Room", mais pourquoi ce film réalisé par Tommy Wiseau est-il l'objet d'un tel culte aujourd'hui ? Éléments de réponse.

The Disaster Artist sort ce mercredi en salles et raconte le tournage d'un des pires films de l'Histoire du cinéma : The Room de Tommy Wiseau. Pourquoi faire un film sur les coulisses d'un très mauvais cinéaste et un très mauvais film ? Parce que le phénomène The Room dépasse le fait de savoir si le film est bon ou pas, il est devenu un objet de culte pour une nouvelle cinéphilie. Mais pourquoi ?

De quoi parle "The Room" ?

L'histoire du film est celle de Lisa, qui va se mettre à tromper son petit ami Johnny avec le meilleur ami de ce dernier, Mark. En parallèle, des personnages secondaires entrent et sortent de l'appartement de Johnny et de Lisa (Denny, la mère de Lisa ou Michelle).

Ce qui le distingue d'une production opportuniste comme il s'en tourne des centaines tous les ans, c'est l'âme qu'il possède : il a été fait en toute sincérité par son auteur Tommy Wiseau. Cette histoire d'amour désespérée lui sort des tripes, même si le résultat n'est évidemment pas à la hauteur de la bonne volonté qu'il y a mis. C'est d'ailleurs ce résultat, éloigné de tous les codes du cinéma, qui a contribué à en faire un objet de culte. Il synthétise tout ce qu'il ne faut pas faire en termes de mise en scène. Et si le film est de l'avis général "nul", il est surtout "génialement nul".

Un tournage hallucinant

Il suffit de se plonger dans le livre The Disaster Artist de Greg Sestero (qui joue Mark dans le film) pour constater à quel point le tournage de The Room fut difficile. Les mauvaises performances d'acteur de Wiseau firent perdre énormément de temps de tournage. L'ambiance était souvent excécrable sur le plateau, et Wiseau, qui emportait avec lui les caméras chaque soir, arrivant en retard de plusieurs heures certains matins, empêchait que soient tournées les scènes dans lesquelles il n'était pas. Le tournage dura donc six mois, avec deux caméras : l'une en 35 mm et  l'autre en HD, ce qui occasionna des coûts supplémentaires.

 

Fort d'un budget de 6 millions de dollars qu'il sortit de sa poche, Tommy Wiseau tourna l'équipe en bourrique avec ses lubies (qu'il appelle sa "vision"), au point qu'une partie des techniciens fut changée en cours de route. Une grève se mit en place, que Wiseau calma avec son carnet de chèques. Sur la fin, plus personne ne comptait le nombre de prises ou n'indiquait le nom du chef opérateur sur le clap et les gloussements de l'équipe technique se faisaient entendre lorsque Wiseau tournait ses scènes. Sauf que Tommy Wiseau ce n'est pas que ça et il n'est pas étranger au phénomène The Room.

Le mystère Wiseau

La fascination pour The Room est en grande partie liée à la personnalité de Tommy Wiseau, son maître à penser : réalisateur, scénariste, producteur et acteur principal. L'homme à l'accent très particulier est quelqu'un de secret, dont on sait encore aujourd'hui peu de choses. Même après l'avoir interviewé, le mystère reste entier tant le réalisateur de The Room refuse de répondre aux questions même détournées sur son passé avant sa rencontre avec son acteur et ami Greg Sestero. Ce dernier témoigne d'ailleurs du fait que son ami est parfois "effrayant" et même "manipulateur", et qu'il met souvent les gens mal à l'aise.

Tommy Wiseau au micro d'AlloCiné, la célébration de l'anormal !

L'un des points les plus mystérieux du metteur en scène est l'origine de son argent. Là encore, Wiseau garde le secret le plus complet, ainsi que sur ses rapports avec l'étrange homme d'affaires Drew Caffrey (crédité sur The Room comme producteur délégué et "directeur de casting pour San Francisco" alors qu'il était décédé avant la mise en chantier du film), qui fit office pour Wiseau de figure paternelle. Wiseau est aussi propriétaire d'un magnifique immeuble de San Francisco sur Beach Street, sur le front de mer. Là encore, Sestero avoue qu'il ignore comment Wiseau s'est payé un tel endroit.

Mais toutes ces questions sans réponse ne devraient pas effacer l'aspect touchant de Wiseau. Avec The Room, il a réussi à accomplir son rêve : remplir des salles avec un long métrage dont il est l'acteur principal. Comme il aime à le dire, il a "imposé sa vision" contre vents et marées à l'équipe de tournage et même si cette vision ne devait avoir aucun sens pour une grande partie du public, il a vécu son rêve. Dans ce contexte, on n'ose imaginer sa réaction et sa profonde tristesse lorsqu'il a réalisé que le public riait devant son œuvre pourtant conçue comme dramatique.

L'exploitation de The Room

L'avant-première fut financée par Tommy Wiseau lui-même. Il loua le cinéma Laemmle et y organisa une séance qui ne se déroula pas comme il l'avait prévu car les spectateurs ne prirent pas vraiment son film comme il l'avait espéré. Mais Wiseau ne s'arrêta pas là : il loua un panneau publicitaire à deux pas du cinéma où se déroule la cérémonie des Oscars pendant... cinq ans ! Cette signalétique faisant la promotion de The Room devint une mini attraction touristique malgré elle.

Au final, le film ne fut distribué que dans quelques cinémas du réseau Laemmle. L'accord passé par Wiseau était qu'il payait la location de la salle et en retour, touchait les bénéfices générés par les entrées. L'exploitation dura deux semaines (le délai légal pour être éligible aux Oscars) mais s'arrêta vite suite à l'hilarité et au désintérêt provoqué par le film. Sauf pour un groupe de spectateurs, qui se mit à aller voir et revoir The Room. Le long métrage disparut des écrans, mais se retrouva néanmoins régulièrement projeté à des séances de minuit surtout cantonnées à Los Angeles, où le "culte" The Room commença.

En France, le film doit beaucoup à l'association de passionné(e)s de Panic Cinéma! qui dès 2012 avait fait venir Wiseau et Sestero pour présenter le film dans la petite salle du marais Le Nouveau Latina (aujourd'hui le Luminor). La sortie en salles de Disaster Artist et la sortie du livre de Sestero en France ont permis d'organiser cette année deux séances au Grand Rex (!) pour donner au film l'ampleur d'une expérience collective comme il le mérite.

Comment "bien" voir The Room ?

De la même façon que pour le Rocky Horror Picture Show qui possède ses propres animations, la fascination pour The Room vit la création d'une série de choses à faire pour animer la projection du film. Par exemple, chaque fois qu'un plan général montre la ville, crier "San Francisco", lorsque la porte de l'appartement est, contre toute attente, laissée ouverte, hurler "La porte", si des petites cuillères apparaissent dans le décor, jeter en l'air des petites cuillères en plastique en criant "Spoon" etc... La liste complète des choses possibles est ici.

Justina Mintz / A24 / New Line Cinema
James Franco en Tommy Wiseau dans "The Disaster Artist"

On en conviendra, il vaut donc mieux être plusieurs pour voir The Room, pour vivre l'expérience de ce qu'est une séance participative. Cette interaction entre le public et l'écran ramène à l'esprit même de ce qu'était le cinéma à sa création. Aujourd'hui, ce type de séance est représentatif d'un pan de la cinéphilie qui est en plein boom, la cinéphilie du "mauvais film sympathique", la nanarophilie, née d'un regard de "millénnials" sur le cinéma, des spectateurs moins dupes des astuces crapuleuses de certains cinéastes, et au regard plus aiguisé sur l'image et son impact.

Ce n'est pas un hasard si The Room fait l'objet de mille parodies sur le net, ainsi que d'une bibliothèque hallucinante de gifs : le film a été récupéré par la culture populaire. Ce long métrage a suffisamment marqué une génération de cinéastes comme Seth Rogen et James Franco, pour qu'ils se décident à produire The Disaster Artist, un long métrage présentant les coulisses du tournage d'un nanar, en l'occurrence The Room. La prestation de Franco en Tommy Wiseau lui valut un Golden Globe de meilleur acteur.

"The Disaster Artist", film sur le tournage de "The Room", en salles ce mercredi :

 

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