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Cinéma d'horreur français : pourquoi est-ce si compliqué ? - Partie II
Par Léa Bodin — 17 mars 2018 à 19:00
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Pourquoi est-il si compliqué de produire du cinéma de genre en France ? On a mené l'enquête et on en a discuté avec les réalisateurs. Partie II : un public en demande qui ne se déplace pas forcément en salle.

EuropaCorp Distribution

Il y a dix ans, le monde du cinéma de genre était secoué dans tout son être par la déflagration Martyrs. Dix ans plus tard, Pascal Laugier, après avoir réalisé un film aux Etats-Unis, revient à une coproduction franco-canadienne en réalisant Ghostland. Depuis Martyrs, qui était sorti à la même période que les tout aussi extrêmes Frontière(s) ou A l'intérieur, on s'aperçoit que les propositions en matière de cinéma d'horreur en France ne se sont pas multipliées de manière phénoménale. Plus que jamais, et ce malgré les récents Grave ou La Nuit a dévoré le monde, on a l'impression que faire du cinéma d'horreur en France, c'est toujours une histoire compliquée. 

Partie I : Des films difficiles à produire dans le système de financement à la française

Partie II : Un public en demande qui ne se déplace pas forcément en salle

« Il y a peu de films d'horreur français, mais il y en a », constate le réalisateur français Alexandre Aja, qui réalise désormais tous ses films aux Etats-Unis. Pourtant, alors même que le public se déplace en nombre dans les festivals de cinéma de genre - on en veut pour preuve le succès de manifestations comme le PIFFF ou l'Etrange Festival à Paris, mais aussi le Festival de Gérardmer ou le FEFFS de Strasbourg - les sorties salles ne suivent pas. Il y a un paradoxe du public français, qui consomme par ailleurs beaucoup de cinéma d'horreur, « mais pas français »

« Il y a quelque chose de culturel, que je n’arrive pas à m’expliquer, déplore le cinéaste. Même quand les films se font, ils deviennent des films cultes à l’étranger, mais pas chez nous. C'est le cas pour A l’intérieur, Martyrs, ou même Haute tension, qui n’a pas vraiment marché en salle, alors qu'il a été un succès à travers le monde ! A chaque fois, c’est maximum 80 000, 100 000 entrées. En Espagne, quand [REC] ou L’Orphelinat sortent, on parle de 1, 2 ou 3 millions d’entrées. Ce sont des succès énormes ! Ici, le seul exemple qu’on ait, au-delà des films de Christophe Gans comme Le Pacte des loups, qui sont des films de genre mais pas vraiment des films d’horreur, c’est Promenons-nous dans les bois. Pour le reste, il y a une sorte de fatalité. Même pour des films fabuleux. J’espère que ça va changer, mais on est à la limite, on va disparaître. »

Thibault Grabherr
"Promenons-nous dans les bois" de Lionel Delplanque (2000)

L'appétit du public français pour le cinéma d'horreur est indéniable. [REC] fait en France plus de 500 000 entrées, et les films américains passent assez régulièrement la barre du million d'entrées (Paranormal Activity, Conjuring ou même Get Out). « C’est paradoxal, renchérit Aja, parce qu’on pourrait dire "c’est parce que les films sont en français", mais tous les films sont en français ! Quand mes films sortent sur 300 ou 400 copies, il y a seulement une vingtaine de copies qui sont en anglais sous-titré, le reste est automatiquement doublé en français. Donc ce n’est pas le français. Est-ce que ce sont les acteurs ? Les histoires ? Le décor ? En même temps, le cinéma de genre espagnol marche très bien en France donc ce n’est pas forcément le décor… Il y a un vrai mystère. »

Lorsqu'on s'interroge sur ce paradoxe, la question du modèle économique et de l'attente du public affleure. Nicolas Boukhrief, qui était membre du jury lors du dernier festival de Gérardmer, nous expliquait à cette occasion que pour lui, « il y a une défiance vis-à-vis du cinéma de genre français, alors que n'importe quelle production de Jason Blum peut faire 300 000 entrées. Même un film comme Grave, qui a eu une presse dithyrambique, a fait trois fois moins que n'importe film de Jason Blum. (...) A force de ne pas en faire ou de les faire à petit budget, ça a créé la déception dans le public et il va falloir du temps pour que ça change. »

Il y a une défiance vis-à-vis du cinéma de genre français

Si la méthode Blum consiste à produire des films d'horreur à petit budget, elle consiste nonobstant à en produire beaucoup (avec notamment plusieurs franchises) et à faire en sorte qu'ils répondent aux expectations des spectateurs, mais Jason Blum lui-même n'est pas convaincu de la compatibilité d'un tel modèle économique avec le cinéma français. « L'approche du genre est plus auteuriste en France et j'imagine que lorsqu'il s'agit de faire du cinéma commercial, les choses se compliquent. »

Difficile à produire, boudé par le public, le cinéma d'horreur français parvient-il à trouver grâce aux yeux de la sacro-sainte critique cinématographique française ?

Retrouvez dès demain la suite de notre enquête "Cinéma d'horreur français, pourquoi est-ce si compliqué ? Partie 3 : le genre snobé par la critique ?", qui sera disponible à partir de 19h sur AlloCiné. 

La bande-annonce de "Haute tension" (2003) :

Haute tension Bande-annonce VF

 

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