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    Après la guerre : qu'est-ce que la Doctrine Mitterrand au coeur de ce film passé par Cannes ?
    Par Maximilien Pierrette (@maxp26) — 21 mars 2018 à 18:00
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    Présenté à Un Certain Regard au dernier Festival de Cannes, "Après la guerre" sort dans nos salles ce mercredi 21 mars, et l'intrigue de ce drame tourne notamment autour d'une certaine "Doctrine Mitterrand", sur laquelle voici des précisions.

    Présenté au dernier Festival de Cannes, dans la catégorie Un Certain Regard, Après la guerre s'ouvre sur l'assassinat d'un juriste. Un fait réel, ici mis en scène par la réalisatrice et co-scénariste Annarita Zambrano, qui permet à cette dernière de mêler fiction et Histoire puisque le principal suspect, Marco Lamberti (personnage fictif incarné par Guiseppe Battiston), se voit menacé d'extradition alors que cet ancien militant d'extrême-gauche, condamné pour meurtre, vit en France depuis deux décennies, protégé par la Doctrine Mitterrand. Mais que désigne celle-ci ? En avant pour un petit cours d'histoire.

    La Doctrine Mitterrand, ce n'est pas une loi mais un engagement verbal pris par François Mitterrand, alors dans son premier mandat de Président de la République française, en 1985. Après avoir affirmé que la France refuserait "toute protection directe ou indirecte pour le terrorisme actif, réel, sanglant" le 1er février, lors d'un discours au Palais des Sports de Rennes, il précise quelques semaines plus tard que le pays compte environ 300 Italiens "repentis", qui avaient pris part aux années de plomb entre la fin des années 60 et le début des années 80 à travers des actes de violence et de terrorisme.

    "Les réfugiés italiens (...) qui ont participé à l'action terroriste avant 1981 (...) ont rompu avec la machine infernale dans laquelle ils s'étaient engagés, ont abordé une deuxième phase de leur propre vie, se sont insérés dans la société française", déclare François Mitterrand devant le 65ème congrès de la Ligue des Droits de l'Homme, le 21 avril 1985. "J'ai dit au gouvernement italien qu'ils étaient à l'abri de toute sanction par voie d'extradition." Un engagement qui sera tenu pendant ses deux mandats à l'Elysée, mais remis en cause sous Jacques Chirac, son successeur.

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    En 2002, le gouvernement emmené par Jean-Pierre Raffarin accepte d'extrader Paolo Persichetti, ancien membre des Brigades Rouges condamné pour meurtre, avant que n'éclate "l'affaire Battisti" deux ans plus tard : devenu homme de lettres, Cesare Battisti est en effet arrêté le 10 février 2004, suite à une nouvelle demande d'extradition venue d'Italie. S'ensuivent de vives polémiques et l'ex-terroriste peut notamment compter sur les soutients de l'Abbé Pierre, Guy Bedos, Fred VargasBertrand Delanoë ou encore le Conseil de Paris, qui vote une résolution en sa faveur le 2 mars de cette même année.

    Le 30 juin, la chambre d'instruction de la Cour d'appel de Paris rend une décision favorable à son extradition, validée par Jacques Chirac quelques jours plus tard, et Battisti s'enfuit au Brésil où il séjourne depuis, alors que la Doctrine Mitterrand est déclarée invalide par le Conseil d'État en 2005 : "Considérant que, si le requérant invoque les déclarations faites par le Président de la République, le 20 avril 1985 (...) au sujet du traitement par les autorités françaises des demandes d'extradition de ressortissants italiens ayant participé à des actions terroristes en Italie et installés depuis de nombreuses années en France, ces propos, qui doivent, au demeurant, être rapprochés de ceux tenus à plusieurs reprises par la même autorité sur le même sujet, qui réservaient le cas des personnes reconnues coupables dans leur pays, comme le requérant, de crimes de sang, sont, en eux-mêmes, dépourvus d'effet juridique."

    APRÈS LA DOCTRINE

    Cet engagement a donc été valable pendant vingt ans, et les différentes étapes évoquées plus haut permettent de mieux comprendre l'acrange d'Après la guerre : le fait de situer le récit en 2002, alors que la Doctrine commence à se fissurer permet en effet d'appuyer l'incertitude qui entoure le sort de Marco alors qu'il est accusé d'avoir commandité l'attentat qui ouvre le film. Plus tôt, la question de son extradition ne serait pas posée. Plus tard, et notamment après 2005, il n'y aurait pas eu débat non plus, car l'invalidité avait été officiellement prononcée.

    Contrairement à bon nombre de films centrés sur les exactions menées pendant les années de plomb, celui d'Annarita Zambrano nous offre un autre point de vue, en se focalisant sur un terroriste repenti sans se pencher sur les actes qu'il a commis. Et le hasard du calendrier (à moins que tout ceci n'ait été sciemment calculé) fait que le long métrage sort deux jours après le seizième anniversaire de l'assassinat de Marco Biagi, qui sert de point de départ à Après la guerre.

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    Commentaires
    • Docteur_Kino
      intéressant, le passé sombre d'un homme qui remonte à la surface, impliquant sa fille et sa famille... à voir
    • killzone72
      Il faut rappeler que c’était aussi pour garder une coalition avec les communistes et les radicaux de gauches, sans quoi le PS n'aurait jamais eu de majorité à l’assemblé nationale.
    Voir les commentaires
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