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Never-Ending Man : "Hayao Miyazaki va faire des films jusqu'à sa mort" selon son producteur Kaku Arakawa
Par Propos recueillis par Clément Cusseau (@ClayMancuso) le 13 avril 2018 à Paris — 20 avr. 2018 à 18:00
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A l'occasion de sa venue à Paris, le réalisateur du documentaire "Never-Ending Man" consacré à Hayao Miyazaki nous a parlés de sa relation privilégiée avec le maître de l'animation japonaise.

NHK
AlloCiné : Comment avez-vous eu l'idée de ce documentaire, et comment êtes-vous parvenu à convaincre Hayao Miyazaki de vous ouvrir les portes de son atelier mais également de son intimité ?

Kaku Arakawa : Tout n'a pas commencé avec ce documentaire. En 2006 je travaillais sur une émission qui retrace le parcours de divers personnalités et dans ce cadre, j'avais consacré un sujet à Toshio Suzuki, un fidèle collaborateur de Hayao Miyazaki. C'est donc ainsi que je l'ai rencontré pour la première fois. J'avais d'abord demandé à Suzuki de me décrire quel type de personnage est Miyazaki, et s'il serait disponible pour répondre à mes questions ce qui n'était pas gagné car les studios Ghibli ne donnent généralement pas suite aux sollicitations d'interviews, sauf lors de la promotion d'un de leurs films

Mais Miyazaki a accepté de me rencontrer, à la condition que nous ne parlions que du musée Ghibli. J'ai accepté, et je ne sais pas pourquoi, mais il s'est décidé de lui-même à me parler du film qu'il était en train de préparer, ce qui n'arrive jamais : il s'agissait de Ponyo sur la falaise. Lorsque j'en ai parlé à Suzuki, il a été très surpris et m'a incité à solliciter davantage Miyazaki. J'ai donc suivi son conseil, et je l'ai recontacté pour lui parler à nouveau de Ponyo, mais il a refusé.

J'étais donc comme la petite fille du Voyage de Chihiro lorsqu'elle supplie la vieille dame des bains d'accepter sa requête, je lui ai demandé une dizaine de fois de me rencontrer mais elle ne cédait pas et finalement il m'a répondu qu'il ne souhaitait pas me rencontrer en tant que journaliste. Alors Suzuki lui a suggéré de me prendre sous son aile en tant que "stagiaire", quelqu'un qui ne serait ni journaliste ni un employé de Ghibli, mais auprès duquel il pourrait se confier. C'est ainsi qu'il a accepté de me revoir.

Depuis, je viens tous les matins à 10 heures dans l'atelier de Miyazaki, je l'aide à ouvrir ses volets puis nous prenons un café ensemble. Il me parle beaucoup et je me contente de l'écouter, ne posant des questions que lorsque je ne comprends pas quelque chose. Ce documentaire Never-Ending Man est le septième que je lui consacre.

Ghibli

Aviez-vous des consignes à suivre, des sujets à ne pas aborder dans votre film ?

Les studios Ghibli sont une société un peu étrange : ils sont totalement fermés au monde extérieur, mais lorsqu'ils décident d'ouvrir leurs portes à quelqu'un, alors ils n'ont rien à cacher. J'ai donc eu la possibilité de faire tout ce que je voulais, d'aborder les sujets de mon choix. D'ailleurs Miyazaki ne regarde jamais les documentaires que je lui consacre. Il me laisse une entière liberté sur ce que je filme et sur ce que je garde dans le montage final.

Est-ce intimidant de "mettre en scène" un réalisateur aussi prestigieux que Hayao Miyazaki ?

Plus maintenant, après treize ans de collaboration. Mais c'est vrai qu'au départ, j'avais un peu peur de lui, c'est quelqu'un de très intimidant avec une aura impressionnante. Maintenant je le considère comme une sorte d'oncle ou de figure paternelle, une relation plus simple s'est établie entre nous.  Je pense qu'il n'a pas envie que je sois trop respectueux à son égard, et je pense que la nature actuelle de notre relation lui convient parfaitement.

Votre film est le portrait sans concession d'un artiste : ses réflexions, ses doutes, ses moments vulnérables… Etait-ce primordial pour vous de montrer Hayao Miyazaki sous toutes ses facettes ?

Il est très difficile de réaliser des documentaires, car il est rare de trouver des personnes qui acceptent de s'ouvrir pleinement face à la caméra. Mais ce n'est pas le cas de Hayao Miyazaki. Il n'a jamais cherché à renvoyer une image particulière de lui, donc il n'a jamais caché lorsqu'il doutait, lorsqu'il était énervé, y compris à mon encontre. Ce que l'on voit dans le film est conforme à ce qu'il est au quotidien, c'est quelqu'un de très naturel.

Ghibli

L'un des thèmes principal du film est celui de la mort : quel impact ce sujet a-t-il sur son travail ?

C'est un sujet qu'il aborde effectivement souvent, j'imagine qu'avec l'âge c'est quelque chose qui le préoccupe. Je ne peux pas trop en parler, mais dans le long métrage qu'il prépare, le thème de la mort occupe une place importante. Nous nous voyons régulièrement en ce moment car je suis le producteur du film, et à chacune de nos rencontres, je m'attends à ce que cela soit la dernière fois que nous nous parlons.

Que pouvez-vous nous dire justement sur le nouveau film qu'il prépare ?

Je ne peux pas trop en parler, sinon je vais me faire gronder par monsieur Suzuki ! (rires) Mais comme vous le savez sûrement, le titre du film a été dévoilé (Kimitachi wa dô ikiru ka). Je le suis depuis un petit moment déjà, et j'ai accompagné la sortie de plusieurs de ses films, mais selon moi, son prochain sera peut-être son meilleur. En voyant le résultat, on a vraiment du mal à croire que c'est un vieux monsieur de 77 ans qui réalise ce film. C'est assez surprenant, c'est d'une fraîcheur incroyable. Mais pour le voir, il va encore falloir attendre un petit peu. (rires).

Un autre thème abordé par votre documentaire est celui de la succession. Est-ce parce qu'il n'a pas trouvé d'héritier digne de reprendre le flambeau qu'il n'a pas pu se résigner à prendre sa retraite ?

C'est tout à fait cela, il continue parce qu'il n'a trouvé personne digne de lui succéder. Il a pourtant essayé de former lui-même plusieurs successeurs, mais il est difficile pour quelqu'un avec une telle personnalité de s'effacer au profit d'autrui.

Les studios Ghibli sont une sorte de dictature, dans le sens où Miyazaki est seul à la tête de la société alors que les animateurs et ses collaborateurs n'ont aucune liberté créative. Chaque fois que l'un d'entre eux a essayé de se démarquer et de faire valoir ses droits individuels, il a été obligé de quitter la compagnie.

Mais sans un tel niveau d'exigence, je ne pense que des chefs d’œuvre tels que ceux que de Hayao Miyazaki auraient pu voir le jour.

Ghibli

Dans le documentaire, Miyazaki incarne à la fois une figure autoritaire, parfois injuste, et également celle d'un chef d'entreprise bienveillant, proche de ses collaborateurs…

Il était également ainsi avec moi, parfois il m'a passé de sacrés coups de savon et la minute d'après il était extrêmement bienveillant. Quand nous avons commencé à nous voir, je n'avais qu'une vingtaine d'années et je n'avais pas encore conscience des lignes à ne pas franchir en sa présence. Donc il m'est arrivé à des moments où il n'était pas dans son assiette de le harceler de questions, et il m'a envoyé balader sans ménagement en me disant de ne plus jamais revenir, avant de me rappeler un peu plus tard pour s'excuser.

Je vais vous raconter une anecdote à ce sujet. Quand il préparait Ponyo, je me suis fait engueuler comme jamais ! (rires) Nous nous étions rendus à la baie où se déroule une importante partie du film, sur les bords de la mer du Japon, et il était tellement furieux contre moi qu'il m'a ordonné de rentrer seul en train à Tokyo, et de ne plus jamais lui adresser la parole. Je suis donc allé voir Suzuki pour lui raconter la scène, et il m'a dit qu'il n'y avait plus d'espoir pour moi de me réconcilier avec Miyazaki.

Il s'est alors passé un certain temps durant lequel je ne suis pas retourné aux studios Ghibli. Mais j'ai reçu un jour un message en provenance de Miyazaki, qui me disait que lorsque l'on se fait disputer, il faut continuer à avancer et ne pas baisser les bras, et comme nous étions toujours amis, j'étais donc toujours le bienvenu chez Ghibli.

Allez-vous consacrer un huitième documentaire à Hayao Miyazaki ?

Oui, nous continuons à nous voir régulièrement. Miyazaki m'a confié qu'il ferait des films jusqu'à sa mort. Donc je vais continuer à l'accompagner au quotidien, j'espère juste que cela n'interviendra pas pendant ce film-là. Je suis un peu embarrassé pour le titre néanmoins, puisque le dernier s'intitule Never-Ending Man. Il faut savoir que le lendemain de la diffusion du film à la télévision japonaise, il a eu une réaction intéressante puisque si l'on traduit littéralement le titre japonais, cela serait quelque chose comme "L'homme qui ne finit jamais". Mais Miyazaki m'a dit que ce n'était pas correct, et que le film aurait dû s'intituler "L'homme qui ne peut jamais finir". C'est pour cela qu'il continue à faire des films, car il ne peut pas s'arrêter. Ce sera donc peut-être le titre du prochain film. (rires)

Remerciements à la Maison de la Culture du Japon et NHK WORLD-JAPAN

La bande-annonce du documentaire Never-Ending Man: Hayao Miyazaki :

Never-Ending Man: Hayao Miyazaki Bande-annonce VO
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