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Bienvenue en Sicile : "Le cinéma donne une image cool de la mafia mais la réalité est bien plus dramatique", selon Pif
Par Vincent Formica — 23 mai 2018 à 05:30
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Bienvenue en Sicile, comédie réalisée et incarnée par Pierfrancesco Diliberto, débarque en salles aujourd'hui. Rencontre avec le metteur en scène italien plus connu sous le pseudonyme de Pif.

Bienvenue en Sicile - Sortie le 23 mai
De Pierfrancesco Diliberto avec PifMiriam LeoneAndrea Di Stefano

DE QUOI ÇA PARLE ?

New York, 1943. Arturo rêve d’épouser la belle Flora, déjà promise à un chef de la mafia new-yorkaise. La seule façon d’obtenir sa main est de la demander directement à son père, resté en Sicile. Arturo s’engage alors dans l’armée américaine. Il est loin d'imaginer que l'armée a scellé un pacte avec la mafia pour assurer le débarquement en Italie…

AlloCiné : Dans Bienvenue en Sicile, vous montrez un aspect méconnu de la seconde guerre mondiale, pourquoi cet intérêt ?

Pierfrancesco Diliberto : Justement parce que c’était un sujet qui n’avait pas été traité et c’était incroyablement inédit. On me disait : pourquoi ne pas le traiter ? On en est venu à l’idée qu’au final c’était une convenance de nier ce chapitre de l’histoire. Il fallait absolument le raconter et on a saisi cette occasion pour le faire.

Le film traite de la renaissance de la mafia qui a été rendue possible grâce aux Alliés, ces derniers ayant laissé faire cela. Vous n'avez pas eu peur de scandaliser en montrant un aspect positif du fascisme ? En l'occurence, ce régime a réussi à complètement étouffer l'influence de la mafia.

Il y a eu un vrai risque de passer par le fascisme et de traiter ce sujet aussi de ce point de vue. Mais nous parlons ici de deux régimes vraiment différents. Il y a deux pouvoirs, le régime fasciste et le régime mafieux et l’un doit survivre à l’autre. Le pouvoir des organisations mafieuses est indéniable. Même le fascisme s’est éteint alors que la mafia subsiste encore.

Cela a été difficile de trouver des financements pour votre film ?

Evidemment, mon premier but était de faire rire les gens même avec un sujet aussi dramatique. On n’a pas eu de problème de ce point de vue là car grâce à mes succès précédents, j’avais réussi à mettre de coté.

Vous êtes né à Palerme en 1972 ; pouvez-vous nous dire comment était votre jeunesse en Sicile avec toutes les conséquences de la renaissance de la mafia ? Quelle est la situation aujourd'hui ?

Je suis en effet né à Palerme et on peut voir des différences très nettes par rapport à quand j’étais petit. C’est vrai que les choses ont changé. Rien que l’idée de tourner non pas un mais plusieurs films en Sicile, à Palerme, sans avoir à payer -  tout en abordant par exemple la question du racket ou de la corruption - c’est déjà un symbole de changement. Cela est très important de voir qu’à partir de 1992 après la mort de Falcone et Borsellino, les choses et même les mentalités ont changé. On voit une vraie différence. Le fait de ne pas payer pour faire un film de ce genre et être encore en vie, c’est un vrai symbole de ce changement.

Saje Distribution
Pif et Andrea Di Stefano

Comment s'est déroulé le travail de recherche historique ? Avez-vous consulté des historiens avec l'objectif d'être inattaquable sur le plan historique ? 

J’ai pris conscience de cette partie historique et évidemment je n’aurais pas fait le film si je n’avais pas été inattaquable. On ne peut pas nier le fait qu’il y a d’autres thèses, par exemple américaines, qui disent que le fait de nommer une personne politique dans le film à cette époque là c’était un choix par hasard alors que pas du tout, ce n’est pas crédible.

Je me suis donc basé sur ces thèses pour consolider cette histoire et on ne peut par exemple pas occulter la présence de Vito Genovese, il y avait des personnages dont on ne peut pas dire qu’ils étaient présents. En plus, les américains connaissaient très bien la mafia donc on ne peut pas nier cela.

C’est un film, pas un documentaire, mais les faits historiques restent très solides et la vérité historique est présente.

N'avez-vous pas eu peur d'être traité de théoricien du complot en traitant de ce sujet méconnu de la seconde guerre mondiale ?

Je risque vraiment de passer pour quelqu’un qui invente des choses mais pas du tout, je me suis basé sur des faits. J’en ai parlé avec des historiens, j’ai aussi regardé des documentaires de la BBC. Tout est très documenté, ce sont des faits réels. Et l’idée était de traiter ce sujet de manière factuelle sans émettre d’hypothèses. C’est un film, pas un documentaire, mais les faits historiques restent très solides et la vérité historique est présente.

Le film a été tourné en Sicile, comment avez-vous fait pour la reconstitution historique ?

Même si l’histoire est scénarisée, la mise en scène est très réaliste. Il est même arrivé que des personnes qui participaient au film nous montrent une photo d’époque qu’on aurait dit prise sur le tournage tellement les personnages paraissaient authentiques. On a réussi à trouver un équilibre entre qui est de l’ordre de l’invention et ce qui fait partie de l’Histoire. Par exemple on n’a pas pu tourner sur les plages ou les endroits effectifs du débarquement, mais on a quand même tourné en Sicile malgré tout.

Depuis Le Parrain, la mafia est devenue une sorte de mythe dont les clichés sont reconnaissables dans le monde entier. Et je pense que cette vision-là va perdurer encore longtemps.

Pourquoi la mafia italienne est tellement cinématographique selon vous ? Pourquoi le public est tellement intéressé par des grandes figures criminelles italiennes comme Lucky Luciano ? Comment expliquez-vous l'attraction spéciale pour la mafia italienne. Par exemple, les récentes séries Gomorra ou Suburra cartonnent.

Depuis Le Parrain, la mafia est devenue une sorte de mythe dont les clichés sont reconnaissables dans le monde entier. Et je pense que cette vision-là va perdurer encore longtemps. Mais si la mafia subsiste en Italie ce n’est pas pour être une source pour des films ou des séries, comme Gomorra ou Suburra. Le cinéma et la télévision donnent une image plutôt « cool » de la mafia, alors que la réalité est bien plus dramatique.

 

Le titre original est "En guerre par amour", pourquoi ce choix ? Que pensez-vous du titre français, Bienvenue en Sicile ?

La chose la plus importante était avant tout d’amener les gens à venir voir le film. C’est vrai qu’en Espagne et en Pologne, les titres étaient très différents (Ciao Italia en Pologne). Après je ne suis pas un artiste puriste et si adapter le titre permet de faciliter la distribution, alors ça me va.

Pourquoi avoir décidé d'incarner vous-même le personnage principal, Arturo Giammaresi ?

C’est un choix vraiment très logique et cohérent parce que pourquoi pas ne pas le faire. Je profite de la popularité que j’ai à la télévision italienne ainsi que du succès de mon premier film. Alors pourquoi ne pas le faire. Et c’est surtout que l’histoire me regarde, c’est moi qui ai eu envie de parler de ça. Mais pourquoi pas rester derrière la caméra et réaliser prochainement un autre film sans forcement être acteur dedans.

Il y a une sorte de renaissance du cinéma italien ces dernières années avec beaucoup de jeunes réalisateurs, quel est votre opinion sur la vitalité du cinéma italien moderne ? 

La vérité c’est qu’au fond le cinéma est un miroir de la société donc si la société va mal, le cinéma ne peut pas aller bien. Je pense que c’est plutôt le public qui est mort. Les réalisateurs eux sont bien vivants, ils font des choses très intéressantes. Je pense notamment à Sorrentino, GarroneTornatore mais c’est vrai que c’est plus une question de culture. La société change donc le cinéma change lui aussi. Ce qui est dommage c’est qu’on a les auteurs mais pas le public.

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Pouvez-vous nous parler de votre prochain projet ?

Mon prochain projet n’est pas comme réalisateur mais en tant qu’acteur avec Daniele Luchetti. Je suis un peu stressé pour ça mais je fais confiance au réalisateur.

J’ai promis à tout le monde de ne pas traiter de nouveau le thème de la mafia, donc en tant que réalisateur cela sera quelque chose de différent mais il y aura un film c’est sûr.

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