Mon AlloCiné
Marin Karmitz fête ses 80 ans : "tout ça se construit avec des spectateurs"
Par Gauthier Jurgensen, propos recueillis à Cannes le 10 mai 2018 — 7 oct. 2018 à 10:00
facebook Tweet G+Google

Le fondateur de l'empire mk2 est à l'honneur ! Puisqu'il célèbre aujourd'hui ses 80 ans, revenons sur l'échange que nous avons eu avec Marin Karmitz au 71e Festival de Cannes, qui programmait une copie restaurée de son film "Coup pour coup".

Gauthier Jurgensen

AlloCiné : Réalisez-vous que le MK de MK2 c’est vous ?

Marin Karmitz : Je me vois comme un catalyseur de toutes les énergies. Et en particulier, l'énergie de ceux qui ont voulu travailler avec moi dans cette toute petite structure. Je pense en particulier aux auteurs, et c'est avant tout grâce à eux que MK2 existe. C'est aussi grâce aux frères Taviani et à la palme d'or attribuée à Padre Padrone que j’ai pu me lancer. Des équipes formidable ont ensuite rejoint ce projet. Chacune a apporté des envies différentes, ainsi que différentes approches du cinéma. Et tout ça se construit avec des spectateurs. Sans eux rien n'aurait été possible.

A quel moment avez-vous décidé de transformer le circuit de salles 14 juillet en MK2 ?

Ca remonte à l’ouverture du MK2 Quai de Seine. C'est une idée du fils de Michel Ciment.  J'ai mis du temps à me laisser convaincre. Je tenais beaucoup à mon 14 juillet. Et je le regrette un peu.

Après la sortie du Coup pour coup, je n'ai pas pu continuer à travailler. J'étais boycotté et ostracisé par la profession. Il faut se souvenir que Coup pour coup a été un énorme scandale. Les banques, le patronat  et les syndicats étaient vent debout contre le danger potentiel que je représentais. Je suis alors devenu antiquaire, et ça m'a et d'ailleurs servi dans mon métier de producteur.  Ce sont des amis qui m'ont incité à revenir dans le milieu du cinéma. Et pour faire changer les choses et apporter ma vision du cinéma,  j'ai dû devenir producteur et distributeur. Et tout en 1974.

Est-ce que le producteur Marin Karmitz de 2018 aurait produit Coup pour coup ?

C'est difficile à dire, c'est une autre époque. À Cannes, mes fils et moi, nous présentons cinq longs metrages. Dont un, celui de Stéphane Brizé, qui montre une grève avec occupation d'usine. Donc c'est la même histoire que Coup pour coup, mais traitée différemment,  avec des acteurs professionnels. C'est un sujet traité très rarement au cinéma finalement. On peut citer Le Sel de la terre de Biberman, un très beau film. Je trouve qu'il est important de traiter ce sujet.

Ce qui m'importait c'était de filmer la capacité de résistance de ces femmes, leur joie, leur gaîté, leur optimisme, leur envie de changer le monde.

Il y a un point commun entre vous et les frères Lumière : le réflexe de filmer des ouvrières.

Je n'y avais jamais pensé, mais vous avez raison. Ce qui m'importait c'était de filmer la capacité de résistance de ces femmes, leur joie, leur gaîté, leur optimisme, leur envie de changer le monde. Il y a aussi le rapport avec leurs enfants, leur lutte contre le harcèlement à l'usine. Et ça va des mains baladeuses à l'interdiction d'aller aux toilettes. Elles ont pris leur destin en main. Et c'était en 1971. Il y a quasiment 50 ans, et il a fallu tout ce temps pour qu'on se repose la question.

Cannes 2018 : "Il est plus compliqué de tomber amoureux à notre époque" selon le réalisateur de Cold War

Votre film "Coup pour coup" et d'une grande actualité...

J'ai montré ce film à un public d'ouvriers et d'ouvrières au lendemain de l'élection de Macron. Il y avait tous les anciens militants de la CGT, les enfants et petits-enfants des ouvrières, les enfants des écoles alentours. À l'issue de la projection nous avons un débat de plus de 2h, mais ça aurait pu durer toute la nuit. Les petits-enfants découvraient la vie de la grand-mère, ce qu’elles avaient pu vivre à l'époque. Ils se sentaient très concernés. Rien n'a vraiment changé.

Si vous refusez de côtoyer les banques ou les institutions, elles se vengent très rapidement.

Trouvez-vous un paradoxe entre le Marin Karmitz militant et le Marin Karmitz producteur, qui est devenu un grand patron ?

J'ai tout à fait conscience du paradoxe, et j'ai toujours essayé de rester cohérent avec moi-même. Je me suis fixé comme fondamentaux de défendre la création et l'idée du cinéma moderne, représenté entre autres par KiarostamiKieslowski ou Angelopoulos. J'ai essayé de rester tout le temps en marge, mais il y a une limite à cette démarche. Si vous restez constamment en marge, si vous ne faites pas des percées dans le système, un peu comme dans une guerre, vous êtes très vite marginalisé. Et très vite vous ne pouvez plus rien faire. Si vous refusez de côtoyer les banques ou les institutions, elles se vengent très rapidement. Il faut donc être capable de les côtoyer et de revenir ensuite à sa base. C'est l'aller-retour qui compte. L'aller simple est très simple. L'aller-retour et très compliqué à faire comprendre : vous passez souvent pour un traître.

Comment vivez-vous l'hommage dont vous faites l'objet à Cannes cette année ?

Il y a une conjonction incroyable. Il y a d'abord la célébration de mai 68. Il y a ensuite le cinéma et il y a Cannes. Et puis, sur un plan plus personnel, je vais avoir 80 ans. Soit le double de l'âge de mon fils. C'est comme si on me disait de me préparer à mourir (Rires).

Au début de notre entretien, vous avez piqué ma curiosité en mentionnant un film que vous veniez de réaliser. Pouvez-vous nous en dire un peu plus ?

J'ai un très grand respect pour le travail accompli par mes enfants. Et je sais à quel point il est compliqué de succéder à quelqu'un. Il est difficile de s'entendre dire : "Mettez-vous à ma place". C'est un grand effort d'altérité. C'est Levinas qui disait que l'altérité débute le jour où on propose à une autre personne de passer devant soi. En octobre 2017,  j'ai fait une grande exposition à la Maison Rouge à Paris. À partir des photos, des dessins et des tableaux dont je dispose, j'ai composé une mise en scène. L'idée était de raconter une histoire. Mais une exposition n'est jamais pérenne et j'ai donc décidé de réaliser un petit film inspiré de ce travail. Ce film est un court metrage, il fait trente minutes.

Découvrez l'actualité du Festival de Cannes dans notre émission quotidienne : "Face Cannes"

 

facebook Tweet G+Google
Sur le même sujet
Commentaires
Voir les commentaires
Top Bandes-annonces
Le procès contre Mandela et les autres Bande-annonce VO
The Predator Bande-annonce VO
Sponsorisé
Capharnaüm Bande-annonce VO
Yéti & Compagnie Bande-annonce VF
Cold War Bande-annonce VO
Le Grand Bain Bande-annonce VF
Bandes-annonces à ne pas manquer
Actus ciné Festivals
Ethan Hawke, Karin Viard, Quentin Dupieux, Anna Karina attendus au Festival de La-Roche-sur-Yon 2018
NEWS - Festivals
lundi 15 octobre 2018
Ethan Hawke, Karin Viard, Quentin Dupieux, Anna Karina attendus au Festival de La-Roche-sur-Yon 2018
The Predator : la chasse reprend dans la première bande-annonce
NEWS - Vu sur le web
jeudi 10 mai 2018
The Predator : la chasse reprend dans la première bande-annonce
Sponsorisé
Dernières actus ciné Festivals
Meilleurs films à l'affiche
A Star Is Born
A Star Is Born
4,5
De Bradley Cooper
Avec Lady Gaga, Bradley Cooper, Sam Elliott
Bande-annonce
Il était une fois dans l'Ouest
Il était une fois dans l'Ouest
4,4
De Sergio Leone
Avec Henry Fonda, Charles Bronson, Frank Wolff
Bande-annonce
Les Indestructibles 2
Les Indestructibles 2
4,4
De Brad Bird
Bande-annonce
Thunder Road
4,4
De Jim Cummings (II)
Avec Jim Cummings (II), Kendal Farr, Nican Robinson
Bande-annonce
Tazzeka
4,3
De Jean-Philippe Gaud
Avec Madi Belem, Ouidad Elma, Olivier Sitruk
Bande-annonce
Girl
4,2
De Lukas Dhont
Avec Victor Polster, Arieh Worthalter, Oliver Bodart
Bande-annonce
Tous les meilleurs films au ciné
Back to Top