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Cannes 2018 - Valeria Golino : "En art, il ne faut pas opposer les hommes et les femmes"
Par Vincent Formica — 17 mai 2018 à 10:00
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La comédienne et cinéaste italienne Valerio Golino a présenté son 2ème film, Euforia, dans la catégorie Un Certain Regard lors du Festival de Cannes 2018. Entretien avec la flamboyante artiste transalpine.

Andrea Pirrello

Euforia de Valeria Golino - Sortie prochainement

SYNOPSIS :

Une situation difficile donne à deux frères éloignés l'occasion de se connaître davantage. Matteo est un jeune entrepreneur prospère, ouvert d'esprit, charmant et dynamique. Son frère Ettore vit toujours dans la petite ville de province où ils sont nés et enseigne au collège local. C'est un homme prudent et honnête. Tous les deux vont découvrir qu'un lien très étroit les rapproche.

AlloCiné : Vous êtes-vous basée sur des histoires réelles pour écrire Euforia ?

Valeria Golino : Certains éléments de l’histoire d’Euforia sont vraiment arrivés à de très proches amis à moi. Plus particulièrement, le personnage principal, Matteo, joué par Riccardo Scamarcio, est basé sur un de mes plus proches amis. Il a dû aussi faire face à la maladie de son frère. Quand il me racontait ce qui se passait autour de son histoire, j’ai très vite eu l’idée d’en faire un film. C’est une histoire à la fois personnelle mais qui appartient aussi à tout le monde. Bien sûr, le film est devenu autre chose, ça reste une fiction, ce n’est pas la réalité, même si le matériau de base est réel.

Pourquoi avez-vous choisi Riccardo Scamarcio pour interpréter le personnage principal, Matteo et Valerio Mastandrea pour incarner son frère, Ettore ?

J’ai choisi Riccardo car il a le don d’être «enfantin ». Et pour un personnage comme Matteo, c’est très important. Quelqu’un de vraiment défini en tant que personne aura perdu cette partie enfantine, ce sourire, cette énergie…  et ça n’aurait pas marché. J’ai considéré d’autres acteurs pour le rôle mais finalement, Riccardo était le seul à pouvoir camper ce personnage car il est vraiment irrésistible. Malgré ses défauts, on a envie de lui pardonner.

Andrea Pirrello
Valerio Mastandrea et Riccardo Scamarcio

Quant à Valerio Mastandrea, c’est un comédien très sophistiqué. Il absorbe toute l’énergie et la relâche. Il est en ce sens très complémentaire de Riccardo. Valerio parvient à filtrer la réalité à travers ses yeux.

Des femmes peuvent raconter de très bonnes histoires sur des hommes et vice-versa.

Pensez-vous qu’une femme peut raconter une histoire sur des hommes d’une meilleure façon que les hommes racontent des histoires sur les femmes ?

Non, je ne pense pas. Des femmes peuvent raconter de très bonnes histoires sur des hommes et vice-versa. Il y a surtout des gens qui ne savent pas raconter de bonnes histoires. J’ai de nombreux exemples de réalisateurs ayant inventé de grands rôles pour des femmes. Il ne faut pas opposer les hommes et les femmes, il y a des individualités talentueuses, d’autres moins talentueuses… que ce soit des hommes ou des femmes, point.

Après, en tant que citoyenne, je peux débattre sur des sujets comme le droit des femmes, l’égalité salariale, la façon dont nous sommes traitées… Mais quand il s’agit d’art, je ne veux pas entendre parler de ces conneries.

Il y a trop peu de réalisatrices en Italie.

Que pensez-vous justement de la place des femmes dans le cinéma italien ?

Il y a trop peu de réalisatrices en Italie. Toutefois, nous avons d’excellentes actrices et de très belles histoires sur les femmes. Mais je crois que les choses commencent à bouger, ça prend du temps mais ça va venir.

Quel est votre regard sur Hollywood ?

J’ai de très bons souvenirs de l’Amérique et d’autres moins bons.  J’ai vécu là-bas pendant 12 ans et je trouve que Los Angeles est une ville étrange. J’ai de très bons amis qui vivent à LA, j’aime y retourner de temps en temps et y rester un petit peu. Hollywood a toutefois été une expérience importante pour moi.

Comment avez-vous appréhendé la mise en scène dans Euforia ?

L’aspect esthétique est vraiment primordial pour moi. Je voulais qu’il soit au service de l’histoire. Si ce n’est pas le cas, cela me met mal à l’aise. L’esthétique du film doit être organique et imprégner l’histoire. J’ai donc dû me restreindre à ce niveau car je ne voulais pas que l’esthétique phagocyte le récit.  Je prends soin de chaque plan pour qu’il soit beau. Je suis toujours à la recherche du « beau » dans un plan.

Chaque acteur doit être dirigé d’une manière différente.

Y-a-t-il une méthode Golino sur le plateau ?

Je ne pense pas avoir une méthode spécifique. Chaque acteur doit être dirigé d’une manière différente. Comme je suis aussi actrice, j’essaie, dans mes directives, de donner aux comédiens ce que j’aimerais qu’on me donne. Certains acteurs aiment être rassurés, d’autres mis sous tension, d’autres encore préfèrent qu’on les laisse tranquilles.

Au final, il faut trouver la meilleure manière de les faire briller, de les pousser à donner le meilleur d’eux-mêmes. J’ai beaucoup d’empathie pour les acteurs car je sais combien c’est dur et combien ils sont importants. Ce sont carrément des co-auteurs du film. Si vous avez un acteur malin, ça changera tout pour votre film. Il viendra avec des idées, avec ses propres mots, son look…

Votre premier film, Miele, est sorti en 2013. Pourquoi 5 années pour faire un 2ème long-métrage ?

J’ai beaucoup travaillé en tant qu’actrice durant ces années. J’essaie de jongler entre ma carrière de comédienne et celle de réalisatrice. De plus, je ne parvenais à trouver LA bonne histoire à raconter jusqu’à ce que l’idée d’Euforia arrive. Je suis déjà actrice, je n’ai pas d’urgence à réaliser. Je veux le faire uniquement si j’ai quelque chose de vraiment important à raconter.

Le public italien n’est pas aussi le plus bienveillant des publics.

Que pensez-vous de la vitalité du cinéma italien moderne ?

Nous avons de nombreux talents et de très bons réalisateurs. C’est l’industrie qui ne devrait pas fonctionner comme ça. Le public italien n’est pas aussi le plus bienveillant des publics. Les français aiment aller au cinéma contrairement aux italiens qui sont moins cinéphiles.

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