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3 jours à Quiberon : "La règle la plus importante était de ne jamais être dans l’imitation"
Par Olivier Pallaruelo (@Olivepal) — 13 juin 2018 à 05:00
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Réalisatrice franco-iranienne née à Berlin, Emily Atef signe avec "3 jours à Quiberon" un film hommage bouleversant sur une authentique parenthèse (dés)enchantée dans la vie de Romy Schneider. Entretien avec la cinéaste.

Peter Hartwig / Rohfilm Factory / Prokino Filmverleih GmbH

1981. Pour une interview exceptionnelle et inédite sur l'ensemble de sa carrière, Romy Schneider accepte de passer quelques jours avec le photographe Robert Lebeck et le journaliste Michael Jürgs, du magazine allemang "Stern" pendant sa cure à Quiberon. Cette rencontre va se révéler éprouvante pour la comédienne qui se livre sur ses souffrances de mère et d'actrice, mais trouve aussi dans sa relation affectueuse avec Lebeck une forme d'espoir et d'apaisement.

Ci-dessous, la bande-annonce du film "3 jours à Quiberon"...

3 jours à Quiberon Bande-annonce VO

 

Tiré d'un authentique épisode douloureux et intime de la vie de l'immense et regrettée actrice Romy Schneider, incarnée à l'écran par une formidable Marie Baümer dont le mimétisme avec la comédienne disparue est impressionnant, le film évite tous les pièges de la reconstitution factice, pour déboucher sur un portrait profondément émouvant d'une actrice complexe à la personnalité souvent incomprise, rebelle, sans filtre. Forcément attachante. Cette poignante parenthèse (dés)enchantée a d'ailleurs été récompensée à l'équivalent des César en Allemagne, par 7 récompenses, dont celle du meilleur film, de la meilleure réalisatrice, et de la meilleure actrice pour Marie Baümer.

Emily Atef, réalisatrice franco-iranienne né à Berlin (et installée là-bas) signe avec 3 jours à Quiberon son 4e film. L'occasion de nous entretenir avec elle par mail.

AlloCiné : Avant le projet de votre film, quel regard portiez-vous sur Romy Schneider, l'actrice bien sûr, mais aussi la femme blessée, avec ses fêlures ?

Emily Atef, réalisatrice : J´ai passé mon adolescence en France. J´ai rencontré Romy à travers ses films français. Ce sont surtout ceux de Claude Sautet qui m´ont marquée. D´ailleurs celui qui m´a le plus touchée et inspirée, c´est Une histoire simple. Comme je suis née moi-même en Allemagne, je ressentais d´autant plus un lien avec elle. En tant qu´actrice, même dans des films que j´aime moins, elle est toujours juste et authentique. En grandissant, j´avais bien sûr entendu les drames de sa vie, mais c´est vraiment en me plongeant dans ce projet que ses fêlures se sont révélées à moi.

Comment est venu le projet de votre film ?

L’idée du film est venue d´un producteur français, Denis Poncet, malheureusement décédé pendant le développement du projet, et qui était ami avec Marie Bäumer, qui joue Romy. C’est lui qui a pensé à ce zoom sur la fin de vie de Romy Scheider et qui m´a proposé d´écrire le scénario et de réaliser le film.
Les photos de Robert Lebeck durant ces trois jours m’ont d’autant plus parlé et émue qu’elles n’étaient pas les photos d´un mythe, d’une icône, mais d’une femme de 42 ans sans maquillage, qui semblait être en crise mais faisait tout pour s’en sortir, avec une grande envie de vivre. Et en lisant l´interview de Michael Jürg du Stern, j’ai été totalement bouleversée par son audace d´aller si loin dans ses questions et par la volonté de Romy d’y répondre sans aucun filtre parce qu’en fin de compte elle avait un besoin énorme de dire aux lecteurs allemands qui elle était. En réfléchissant à ces quatre personnages (le journaliste, le photographe, l´amie et Romy) sur cette île de l´Atlantique pendant ces 3 jours, j´y ai vu un film.

La comédienne Marie Bäumer a justement été récompensée par le Lola de la meilleure actrice pour sa formidable composition dans le rôle de Romy Schneider. Au-delà de sa très troublante ressemblance, lui confier le rôle relevait de l'évidence dès le départ ? Comment avez-vous abordé le rôle avec elle ? Avez-vous eu beaucoup de discussions avec elle dessus ? Car c'est quand même très compliqué de se glisser dans la peau d'une actrice aussi iconique…

Le projet est arrivé à moi avec Marie Bäumer qui devait jouer Romy Schneider, mais pour autant je n’aurais jamais accepté de faire ce film avec une autre actrice. Bien sûr, elle ressemble physiquement à Romy Schneider et elle parle français tout en étant née en Allemagne, comme elle, mais le plus important pour moi c’est que c’est une comédienne extraordinaire. Le rôle était tellement difficile pour elle étant donné qu’on la compare à Romy Schneider depuis ses seize ans, que pendant toutes ces années où j’ai développé le projet, années pendant lesquelles nous sommes devenues de plus en plus proches, je me suis rendu compte que je ne pouvais pas lui parler de l’évolution du scénario parce que sa peur d’incarner Romy Schneider la bloquait. Mais deux mois avant le tournage, je lui ai dit : « maintenant, il faut y aller ! », et là, elle s’est lancée avec tout son être dans la préparation du rôle. La règle la plus importante pour nous était de ne jamais être dans l’imitation. Elle a certes travaillé son accent, regardé des images archives, travaillé sur la langue, le corps et la respiration de Romy Schneider… mais je ne voulais absolument pas de cette contrainte d’imitation. Et sur le tournage on ne parlait pas de Romy mais de cette femme qui était dans cette situation particulière, à ce moment de sa vie. Le tournage a été très éprouvant émotionnellement, pour elle, pour moi, comme pour toute l’équipe mais finalement, je me suis aperçue pendant le montage que cette tension, cette fatigue, rendait Marie d’autant plus incroyable dans son interprétation.

Pourquoi le choix du Noir & blanc pour votre film, plutôt que la couleur ?

Il y avait une vingtaine de photos de Robert Lebeck qui étaient tombées dans le domaine public, et j’ai eu la chance que Robert Lebeck et sa femme, à l’époque, me donnent toutes les pellicules de ce séjour, donc 580 photos, que le photographe ne considérait pas assez bonnes ou trop intimes. Pour moi c’était un trésor, j’ai passé des heures à me plonger dans ces photos en m’imaginant comment pouvaient être les scènes et les dialogues de ce séjour à Quiberon. Le noir et blanc n’était donc pas un choix intellectuel mais un choix d'après mes recherches, quand j’ai commencé à écrire le scénario, tout me venait en noir et blanc. La couleur était impossible, d’autant plus que je voulais démarquer le film des nombreux reportages et documentaires sur Romy Schneider. Avec le chef opérateur, Thomas Kinas, on s’est inspirés des photos, mais nous avons cessé de les regarder pendant le tournage pour garder une totale liberté.

Pouvez-vous nous parler de votre rencontre avec le vrai Robert Lebeck, par ailleurs formidablement joué par Charly Hübner dans votre film ? Est-ce qu'il vous a donné des conseils, fait des suggestions ?

J’ai eu la chance de le rencontrer deux ou trois fois avant son décès en 2014. Il avait déjà 84 ans, était très malade, mais avait une étonnante mémoire. C’est d’ailleurs lui qui m’a conseillé ce titre, et l’idée de la fin du film. Pour la fin, je cherchais absolument l’image d’une femme lumineuse avec un brin d’espoir, et c’est lui qui m’a raconté que quand il avait apporté l’interview à Romy à Paris, il ne l’avait jamais vue aussi sereine, aussi apaisée, aussi belle. J’ai su que ce serait ma fin. Personne ne pourra lui prendre ce moment, quoiqu’il lui soit arrivé après.

Pouvez-vous nous parler de votre prochaine réalisation ?

Mon prochain film sera mon premier français, Mister, produit par Eaux Vives Productions. Il sera tourné en France et en Norvège. De nouveau, c’est un sujet très émotionnel sur une femme qui traverse une crise existentielle et qui va vers la lumière, cette fois avec plus d’humour… J’ai hâte de vous le montrer !

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