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Sicilian Ghost Story : "l’horreur de la Mafia a transformé notre terre en une terre sordide" selon les réalisateurs
Par Propos recueillis par Corentin Palanchini par mail le 8 juin — 13 juin 2018 à 06:00
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Les réalisateurs italiens Fabio Grassadonia et Antonio Piazza ("Salvo"), ont accepté de répondre à nos questions sur leur nouvelle collaboration, "Sicilian Ghost Story", en salles ce mercredi.

Jour2fête

Ce mercredi sort en salles Sicilian Ghost Story, présenté à la Semaine de la critique 2017 du Festival de Cannes et au Festival de Beaune en 2018. Ce scénario mêlant une histoire d'amour à la mafia en la saupoudrant de fantastique nécessitait un entretien pour en percer tout le mystère avec ses réalisateurs Fabio Grassadonia et Antonio Piazza.

AlloCiné : Il s'agit de votre second film traitant de la Sicile et de la mafia (de deux façons distinctes), avez-vous trouvé votre thème de prédilection ? Est-ce parce que ce sont deux thèmes que vous maîtrisez parfaitement ?

Quand on est passé à la réalisation après avoir été scénaristes, c’était naturel pour nous d’explorer notre vécu de siciliens grandis à Palerme dans les années 80 et 90, les années les plus obscures de notre histoire récente, des années pendant lesquels l’horreur de la Mafia a transformé notre terre en une terre sordide. Sicilian Ghost Story répond pour nous au sens d’élaboration de cette histoire et au besoin que nous ressentions de nous y confronter.

D.R.
Antonio Piazza et Fabio Grassadonia (les réalisateurs de "Sicilian Ghost Story")

Vous avez ajouté des éléments fictifs à ce fait divers, qu'est-ce qui a motivé votre choix ? Etait-ce pour adoucir cette histoire difficile ?

L’imagination et l’utilisation des genres différents des stéréotypes de narration de mafia nous ont semblés des outils nécéssaires pour redonner vie à des thèmes et des situations qui depuis longtemps ont déjà été exploités sous différentes formes. On a fait appel à des formes d’imagination et de beauté que la barbarie mafieuse a détruit à travers un système fondé sur la violence, sur la laideur et sur la peur. Dans nos deux long-métrages (dont Salvo), la vie intérieure des protagonistes entrouvre miracouleusement la possibilité de se soustraire et s’opposer au royaume de la mort spirituelle et morale du monde de la mafia ; l’imagination, le courage, l’amour deviennent alors les armes de nos protagonistes pour redonner de la vie à cette terre abimée à laquelle ils appartiennent.

Cette histoire de fantôme est aussi une histoire d'amour très pure, avec une forte alcimie entre les jeunes comédiens. Comment y êtes-vous parvenus ?

Pour réunir le couple des deux protagonistes (et aussi pour trouver tous les autres jeunes personnages), nous avons fait un long casting, pendant 9 mois, dans les écoles siciliennes. On a rencontré des milliers d’adolescents avant de choisir. Ensuite, on s’est installés avec les deux acteurs protagonistes dans les bois siciliens et on a passé avec eux tout l’été avant le tournage. Un été où on s’est mieux connus, pour approcher le travail de façon ludique et progressive, pour mieux s’empreigner de l’histoire et des personnages, et au final du scénario. Les dialogues des deux dernières versions du scénario ont été écrits avec eux, en les adaptant à leurs personnalités. Après cette longue période de préparation, les deux jeunes protagonistes étaient prêts et ils se connaissaient parfaitement.

D.R.
Julia Jedlikowska et Gaetano Fernandez

Nous sentons dans votre film que les années 90 en Sicile n'étaient pas faciles à vivre. Pouvez-vous détailler un peu le contexte de cette époque, dans laquelle s'inscrit le film et qui est méconnue en France ?

Les années 80 et 90 répresentent la periode la plus sombre et violente de l’histoire sicilienne récente. C’est la période des guerres de clans mafieux et de l’attaque frontal de "Cosa Nostra" contre l’Etat. L’un des principaux quotidiens locaux de Palerme, L’Ora, imprimait tous les jours sur la une le nombre de morts tués par la Mafia en Sicile, un chiffre qui dépassait la centaine. Un carnage. A cette époque on étaient des gamins, mais on devait vivre dans cet environnement et faire semblant que rien ne se passait, c’est ce qu’on nous enseignait.

La présence de la Mafia et leur contrôle du territoire créait un état d’âme basé sur la peur, la méfiance, la désillusion et la soumission, semblable à celui qu’on vit dans des régimes totalitaires. Pendant ces années, l’histoire de Giuseppe Di Matteo, qui a inspiré Sicilian Ghost Story, est emblématique de ces années de barbarie et de cruelle stupidité . Après l’histoire sordide de Giuseppe, nous avions décidé de quitter la Sicile et construire ailleurs notre futur. C’est à travers nos films que nous avons abordé de nouveau ces blessures lointaines, ces fantômes cachés dans nos consciences et dans les consciences de tous les siciliens.

Comment se déroule votre collaboration ? Travaillez-vous sur les mêmes choses au même moment ou répartissez-vous les tâches ?

La partie la plus importante dans notre travail est l’écriture du scénario. Pendant la longue (et parfois conflictuelle) phase d’écriture, nous prenons les décisions les plus importantes, même celles qui concernent des choix de mise en scène. Quand on commence le tournage, on a déjà clarifié et reparti les rôles. Sur le plateau, on passe deux heures avec le directeur de la photographie avant l’arrivée du reste de l’équipe afin de déterminer les cadres. Lorsque la caméra tourne, Fabio est plus près des acteurs et des collaborateurs artistiques, alors qu’Antonio suit les images sur le moniteur. Mais l’échange entre nous deux ne s’arrête jamais.

Sicilian Ghost Story Bande-annonce VO

 

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