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    Michael Caine en tyran dans Dear Dictator : "C’est vraiment Fidel Castro qui m’a donné le déclic"

    Comédien britannique de légende, Michael Caine a plus de 160 rôles et soixante ans de carrière à son actif. Mais il n’avait encore jamais interprété une version loufoque de Fidel Castro qui fait la rencontre d’une ado délurée !

    Defiant Pictures

    AlloCiné : Qu’est-ce qui vous a séduit, dans le projet de Dear Dictator ? Le ton, le scénario… ?

    Michael Caine : À la lecture du script, je me suis dit que je n’avais jamais rien lu de tel. Les auteurs m’ont confirmé que beaucoup d’adolescentes essayaient d’entrer en contact avec des hommes de pouvoir. Dans notre film, on imagine que la rencontre a enfin lieu. Je n’avais jamais vu de film avec une amitié qui se noue entre un si vieil homme et une si jeune fille. Et j’ai trouvé ça très amusant. Comme j'avais beaucoup ri en le lisant, je me suis dit que j’allais faire le film. J’ai aussi été très impressionné par le talent d’Odeya Rush qui me donne la réplique dans Dear Dictator. Elle a l’étoffe d’une star ! Elle était étonnante.

    C’est vraiment un des personnages les plus fous de votre carrière. Qui vous a inspiré ?

    C’est un personnage cinglé ! (Rires) La barbe, bien sûr, c’est le dictateur cubain Fidel Castro. D’ailleurs, on peut dire que Castro a largement inspiré mon personnage. Mais ce qui était plus difficile à jouer, c’était cette rencontre  sans aucun modèle de référence. Deux étrangers complets qui sont des tempéraments aussi éloignés que possible. Un vieux dictateur et une adolescente naïve, issus de deux pays différents. Le potentiel comique de la situation a suffi à me convaincre.

    Je ne me suis jamais vraiment vu en dictateur !

    Et si Michael Caine était vraiment dictateur, quelle serait son premier décret ?

    Aucune idée ! Je sèche… Je ne me suis jamais vraiment vu en dictateur ! (Rires) Si je sais ! Je créerais partout, comme depuis peu à Hyde Park, de bonnes pistes cyclables, bien conçues. On les voit très bien, c’est pratique pour les piétons qui traversent parce qu’on repère les vélos de loin, même quand ils surgissent de derrière un bus.

    Defiant Pictures

    On retrouve certains de vos personnages, dans ce dictateur. Il est aussi bien le fuyard traqué dans le monde entier de Crime contre l'Humanité que Jack Carter dans La Loi du milieu ou Harry Brown. Tous des hommes qui n’aiment pas beaucoup débattre !

    Non, je n’en vois pas tellement un qui lui ressemble tant que ça. En tout cas, je ne suis pas allé puiser chez eux. Le déclic, c’est vraiment Fidel Castro. Evidemment, je n’ai pas été jusqu’à parodier un accent. Mais il m’a inspiré parce qu’il n’était pas le pire des dictateurs. Ce n’était pas Hitler. En tant que dictateur, on peut presque aller jusqu’à dire qu’il était bénin. Et il parlait parfaitement anglais, ce qui m’a sans doute fait penser à lui.

    Ce qui est étonnant, quand on se penche sur votre carrière, c’est justement le nombre de rôles iconiques que vous avez joués. Dans tous ces superbes héros, est-ce qu’il y en a un qui se détache dans votre cœur ?

    Alfie, forcément, puisqu’il a fait de moi une si grande star et que j’ai reçu ma première nomination à l’Oscar en le jouant. Je n’ai pas gagné cette année-là, même si je l’espérais ardemment. De toute ma carrière, c’est forcément le film le plus important puisque c’est celui qui m’a lancé.

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    Justement : Lewis Gilbert nous a quittés en ce début d’année. Naturellement, nous aimerions avoir un commentaire de l’acteur qui a interprété Alfie pour lui…

    Je dois quasiment l’intégralité de ma carrière à Lewis Gilbert et à Alfie. Lewis m’a confié ce rôle que tous les grands acteurs de l’époque refusaient. C’était un coup de poker, pour lui. Il m’avait seulement vu dans Ipcress - Danger immédiat, qui m’avait rendu célèbre en Grande-Bretagne. Mais c’est avec Alfie que je suis devenu une star dans le monde entier. C’est essentiel, pour un acteur. Lewis était un homme adorable, comme on n’en rencontre pas deux fois dans une vie. Il n’élevait jamais la voix. Il vous laissait travailler à votre guise, sans interférer avec vos envies. Et il avait un sens de l’humour stupéfiant ! Je me souviendrai toute ma vie d’une chose qu’il m’a dite. Dans Alfie, je m’adresse parfois directement à la caméra. On mettait toujours un peu de distance entre l’objectif et moi. Il me demandait de m’adresser à la caméra comme si je parlais à un public imaginaire. Un jour, il m’a dit : "Je vais bouger la caméra et je vais faire un gros plan sur toi. Et quand je serai près de ton visage, je veux que tu me parles comme si nous étions bons amis et que nous ne nous étions pas vus depuis longtemps." On a essayé et ça a fonctionné parfaitement à l’écran. Il était très intelligent.

    Depuis, vous avez tout de même eu deux Oscars, remportés face à Tom Cruise, Willem Dafoe, Denis Hopper, Jude Law… qui n’en ont d’ailleurs jamais eu depuis !

    Non, c’est étonnant, alors que moi, j’en ai reçu deux.

    Il n’y a plus rien, après l’Oscar : c’est la plus grande récompense qui soit. C’est d’ailleurs pour ça que c’est la plus difficile à obtenir.

    Que représentent ces récompenses pour vous ?

    C’est une des plus belles choses qui me soient arrivées. Il n’y a plus rien, après l’Oscar : c’est la plus grande récompense qui soit. C’est d’ailleurs pour ça que c’est la plus difficile à obtenir. Vous venez de citer quelques noms qui disent le niveau de la concurrence. Donc j’étais, bien sûr, très heureux à chaque fois.

    Pourtant, vous n’êtes pas venu chercher le premier !

    Non, je n’y étais pas. Woody Allen, avec qui j’avais tourné Hannah et ses sœurs, est très anti Oscars. Du coup, personne ne faisait campagne et personne ne me représentait pour mettre en avant ma nomination. Moi, je ne pensais même pas être nommé, au départ. J’étais très jeune, à l’époque, et je tournais un film dans les Caraïbes quand la cérémonie s’est déroulée. Ma femme y est allée pour moi. Elle m’a téléphoné et m’a dit : "C’est toi qui a gagné !". Evidemment, je savais que j’étais en lice, mais j’avais promis que j’irais tourner ce film, donc je n’avais plus le choix. Je ne pouvais pas aller chercher ma statuette et je ne pensais vraiment pas que je l’obtiendrais. Woody Allen déteste tellement tout ça…

    S’il vous plait, précisez à nos lecteurs quel était ce film si important que vous aviez promis de tourner dans les Caraïbes !

    C’était Les Dents de la mer 4 : La Revanche ! J’avais un petit rôle, là-dedans. Le tournage n’a duré que deux semaines, pour moi, mais ça tombait pile pendant les Oscars. Contractuellement, j’étais obligé de rester là-bas pour finir le film. Je n’avais pas le choix. C’était un très mauvais film, mais comme je n’avais pas un grand rôle dedans, ça ne m’a pas nui.

    Carlotta Films

    Ce qui est formidable avec vous, c’est qu’en continuant à travailler avec de jeunes cinéastes comme Christopher Nolan et Matthew Vaughn, vous êtes resté une grande vedette, même pour les jeunes d’aujourd’hui.

    Ça me comble de joie. Les jeunes me connaissent parce que j’ai fait le majordome dans Batman. L’autre jour, je marchais dans la rue à Londres et un car plein de touristes est passé près de moi. Il y avait des adolescentes japonaises à bord qui m’ont reconnu ! (Rires) Elles ne parlaient pas anglais, bien sûr, mais elles ont commencé à crier : "Alfred ! Alfred !" J’entends ça tout le temps depuis que j’ai fait ces trois films. Plein de jeunes me reconnaissent ! Je suis le premier surpris. A mon âge !

    Vous avez travaillé avec tous les plus grands noms du cinéma : Joseph L. Mankiewicz, John Huston, Woody Allen… Qui était le plus grand d’entre tous ces montres ?

    John Huston, sans hésiter. Bien sûr, j’ai adoré bosser avec Mankiewicz ou d’autres comme de sa stature. Mais John avait un formidable rapport à son travail. Un jour, sur le tournage de L'Homme qui voulut être roi, je lui ai dit : "Mais pourquoi tu ne me donnes jamais de directive ?". Il n’interagissait jamais avec ses acteurs. Il m’a simplement répondu : "On te paie beaucoup d’argent pour que tu fasses ton travail, Michael. Tu n’as pas besoin de directives." (Rires) Un jour, quand même, il m’a interrompu pendant un monologue alors que je n’avais pas fait d’erreur. Je n’ai pas compris pourquoi. Je lui ai demandé quel était le problème et il m’a simplement répondu : "Tu peux parler plus vite. Ton personnage est un homme honnête."

    C’est un bon conseil ! Ne jamais faire confiance aux gens qui parlent trop lentement.

    Oui, depuis je suis très méfiant quand on s’adresse à moi en me disant : "Bonjour, Michael… Comment allez-vous …?" (Rires) J’en déduis qu’il y a anguille sous roche !

    Dear Dictator, disponible en Téléchargement digital et DVD à partir du 3 juillet 2018

     

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