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Le Poulain de Mathieu Sapin s'inspire-t-il de faits réels ? Rencontre avec l'équipe
Par Brigitte Baronnet (@bbaronnet) — 19 sept. 2018 à 12:55
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L'auteur de BD Mathieu Sapin arrive au cinéma avec "Le Poulain", un premier long métrage dans l'univers impitoyable de la politique et de la communication. Rencontre avec Mathieu Sapin et ses acteurs principaux, Alexandra Lamy et Finnegan Oldfield.

AlloCiné : Le Poulain s'inspire-t-il de faits réels ? Ou autrement dit, pourrait-on indiquer "toute ressemblance avec des personnes existant ou ayant existé serait purement fortuite..." ?

Mathieu Sapin, réalisateur et co-scénariste : Je pense que c'est une vraie fiction. C'est une histoire que je trouve assez romanesque : elle parle surtout des rapports entre ces personnages, notamment ceux d'Arnaud (Finnegan Oldfield) et Agnès (Alexandra Lamy). Ce sont des choses que je n'ai jamais observé, des histoires de désir et d'amour dans le milieu politique. Donc ça, c'est la partie romanesque.

Mais tout ce qu'il y a autour, le milieu en revanche est nourri de plein de petites choses, de plein d'anecdotes, comme les « je te rappelle » et la personne ne rappelle jamais. Ce sont des choses que j'ai vues. 

On pourrait même se demander s'il n'y a pas de l'anticipation, puisque le Président de la République est une Présidente…

De décider que le Président de la République est une femme, c'était aussi pour vraiment décoller, dire que c'est une fiction, et ne pas essayer de chercher de reconnaître untel ou untel. Mais aussi, c'est tentant bien sûr d'installer quelque chose qui peut être arrivera, j'espère ! Je trouverais ça super. Et ça peut installer l'idée aussi.

Pour être honnête, quand j'ai élaboré le film, mon intention première était qu'on découvre vraiment beaucoup plus tard, vraiment à la fin du film que, en fait, il se trouve que le Président est une femme, mais ce n'est pas un sujet particulier. J'ai testé le film, comme ça se fait, en cours de montage : les gens avaient du mal, si on ne les prépare pas, à admettre qu'à l'Elysée, c'est une femme qui est Présidente. Donc j'ai été obligé de prendre la mesure de ça, de l'installer plus. Le spectateur participe aussi au film. Il faut être capable d'anticiper ses réactions.

Bac Films

De manière générale, la place accordée aux femmes dans le film est intéressante. Il y a presque un renversement des rôles…

J'ai été un peu rattrapé par l'actualité, car en plein tournage, il y a eu le scandale Weinstein. Après coup, j'ai réalisé que sans doute c'était quelque chose dans l'air du temps, mais effectivement la question de la sexualité, le positionnement des femmes et des hommes dans le film évidemment n'est pas anodin. Il y a plein de situations, je pense, qui ne marcheraient pas du tout si on inversait les rôles. Ça ne raconterait pas du tout la même chose.

Évidemment c'était ça qui m'intéressait avec Noé Debré qui a écrit avec moi, renverser les postulats. Les personnages de femmes sont plutôt des personnages forts, durs. Mais après ce que ça raconte, c'est aussi qu'ils ont des traits peut être plus virils que les personnages masculins. Il y a une inversion des postes, mais aussi une inversion des caractères. 

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Le réalisateur et dessinateur Mathieu Sapin

C'est votre première expérience en tant que réalisateur. De passer de la réalisation d'une BD à la réalisation d'un film, en quoi était-ce un challenge ? On serait tenté de dire qu'une BD, ça pourrait être un story-board. Avez-vous d'ailleurs dessiné le film avant de le réaliser ?

J'ai dessiné tout le film, pour moi, dans un premier temps, d'abord parce que ça me rassurait, de fixer des images. Ça rassurait aussi je pense au moment du financement, parce que ça permet de montrer des choses.

Ce qui est très difficile sur un tournage, c'est d'expliquer, dire c'est ça que je veux. Le dessin évidemment simplifie énormément de choses. Je pense aux équipes technique, au décor, au cadrage, ça donne tout de suite une direction. Après, il faut aussi arriver à s'en détacher. J'ai mis le story-board de côté une fois qu'il était fait ; je n'avais pas le nez dedans pendant le tournage. C'était vraiment plus pour la préparation. C'est le lien que l'on peut faire avec le dessin.

Pour le reste, c'est vraiment très très différent parce que c'est une œuvre collective. Quand on fait une bande-dessinée, on est tout seul, on décide de tout, on fait ce qu'on veut. Mais on est aussi un peu limité par soi-même. Là j'ai à ma disposition une équipe qui va me suggérer des choses. Je ne l'ai pas vécu comme une limite, ça m'inspirait. Évidemment aussi sur les personnages, le jeu, j'ai des idées pour diriger les acteurs, comment le personnage doit faire ceci ou cela. Mais ce que proposent les comédiens, il y a des choses que je ne pourrais jamais inventer. Ils me donnent des choses très excitantes, par rapport à l'intention que je vais mettre dans une bande-dessinée. 

Un des points forts du film est précisément la justesse du jeu, et d'ailleurs on ne sait pas trop comment les définir, ils évoluent…

C'est ce que j'adore : la vie est par essence imprévisible, impalpable. J'aime bien les personnages qui sont un peu changeants, du coup inquiétants aussi. Alexandra Lamy s'est beaucoup amusée à jouer sur différentes intentions et ce qui est formidable, c'est que je pouvais lui demander d'essayer des choses. Elle m'a fait plein de propositions ; ça me permettait de construire le personnage au cours du tournage. Il y avait des moments où j'avais besoin de tâtonner. Ce que j'aime bien, c'est que son personnage est très changeant. Elle peut être sympa, et la fois d'après, lui foutre une baffe.

J'adore les personnages imprévisibles. Et il y a plein de choses qui sont dans le film qui n'étaient pas écrites. Je pense notamment aux scènes avec Gilles Cohen qui a proposé plein de choses et ce sont des cadeaux. 

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Un acteur qui n'en est pas un, c'est Gaspard Gantzer [ancien conseiller chargé de la communication de la présidence de la République]. Je crois que vous avez dit que c'est parce que vous ne trouviez pas l'acteur qui pourrait assurer ce rôle ! Le plus simple était de prendre quelqu'un qui connaissait bien ce poste ?

Oui, ce personnage de conseiller un peu de l'ombre, on en avait une idée assez précise pour en avoir observé certains, et je voulais éviter de tomber sur un personnage trop sérieux, trop à l'américaine. Je voulais, au contraire, un personnage un peu étonnant, curieux, et puis il est quand même un peu inquiétant aussi. Gaspard Gantzer trimballait avec lui toute une crédibilité.

Par ailleurs, je trouve que c'est un personnage : je l'avais dessiné dans mes bande-dessinées (Campagne présidentielle, Le Château, édité chez Dargaud) et c'est quelqu'un que j'ai pris beaucoup de plaisir à faire vivre. Quand je lui ai proposé, je pense qu'il était très intrigué. Il l'a pris comme un défi. Je n'ai pas regretté parce que d'abord il amène cette vérité : Gaspard peut improviser sur la TVA ou des choses comme ça. Un comédien peut faire beaucoup de choses, mais une impro sur des termes politiques très techniques, c'est difficile.

Après il y a un côté taquin de ma part, car évidemment ça brouille les cartes ! On est sur le fil. Il y a ce mélange. D'ailleurs certains décors sont de vrais décors : on a par exemple tourné à l'Elysée. J'ai aussi fait appel à de vrais journalistes qui jouent leur propre rôle, comme Bruce Toussaint ou Laurence Ferrari, ou d'autres moins médiatiques. Là encore, je trouvais qu'ils avaient une manière de s'exprimer, une manière d'être qui est parfois caricaturée au cinéma. Je voulais un truc plus vrai. 

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Mathieu Sapin, réalisateur du Poulain

Est-ce que cela a été compliqué de tourner à l'Elysée ? Ce n'est pas si fréquent ! Par exemple, Les Tuche n'ont pas tourné à l'Elysée pour de vrai...

Je n'en reviens pas moi-même ! Le film a été anticipé avant l'élection, donc ça aussi c'était compliqué car il fallait arriver à prendre une distance par rapport à une élection dont on ne connaissait pas l'issue au moment de l'élaboration du film. Le tournage a eu lieu peu de temps après l'arrivée de Macron au pouvoir. Je lui ai demandé et il a dit oui ! Je suis chanceux ! Je le remercie. Je ne sais pas pourquoi, mais j'aurais été très frustré de tourner dans un faux Elysée. Le lieu a une gravité. Quand on est dans un lieu comme l'Elysée, on ressent ce pouvoir. C'était compliqué aussi parce qu'on avait très très peu de temps, donc il fallait rester concentré.

Le Poulain : de qui se sont inspirés Alexandra Lamy et Finnegan Oldfield pour leurs personnages ? 

 

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