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    Shéhérazade : fait divers, casting sauvage... Une plongée réaliste dans la délinquance à Marseille
    Laurent Schenck
    Laurent Schenck
    -Journaliste rédacteur base de données
    Passionné par les films qui traitent de la criminalité au sens large, Laurent Schenck travaille sur la base de données cinéma du site. Ses missions sont les suivantes : la rédaction de biographies et secrets de tournage, l'enrichissement de castings/fiches techniques et la revue de presse.

    Plongée aussi fascinante qu'inquiétante dans les quartiers populaires marseillais, "Shéhérazade" sort aujourd'hui en salles. L'occasion de revenir sur la conception particulière de ce film très réaliste.

    UN FAIT DIVERS COMME POINT DE DÉPART

    Remarqué au dernier Festival de Cannes, le drame Shéhérazade est le premier long métrage de Jean-Bernard Marlin, qui avait auparavant signé deux courts : La Fugue et La Peau dure. C'est un fait divers survenu dans la cité Phocéenne en 2013, centré sur un petit proxénète, qui a servi de point de départ au scénario du film : un adolescent de 16 ans en fugue a été arrêté dans un hôtel de passe du centre-ville où il vivait avec deux filles prostituées de son âge… Le metteur en scène explique :

    "Pendant plusieurs mois, ils vivent de l’argent de la prostitution. On l’accuse de proxénétisme. Eux, ils vivent une histoire d’amour. C’était assez violent entre eux, il y avait des coups échangés. Mais les protagonistes l’identifiaient bien comme une histoire d’amour. Cette histoire, je l’ai rencontrée plusieurs fois dans la rue, à Marseille. J’ai vu des jeunes filles prostituées se battre et tenter de survivre sur le trottoir pendant que leur copain était en galère. Certaines leur ramenaient même de l’argent en prison."

    Ad Vitam

    IMMERSION DANS UN QUARTIER MARSEILLAIS

    L'objectif central qu'avait Jean-Bernard Marlin était de faire en sorte que Shéhérazade, se déroulant dans les quartiers populaires de Marseille, soit le plus authentique possible. Plusieurs choses ont donc été faites pour y parvenir. Parmi elles, l'immersion du cinéaste dans le quartier de la Rotonde (où il a grandi) pendant plus de six mois en compagnie de jeunes prostituées (entre 16 et 24 ans) qu'il a observées et écoutées. Il se rappelle :

    "Elles vivent dans des chambres d’hôtel du quartier. J’ai observé leur vie dans la rue, je leur ai demandé de me parler de leur vie amoureuse. Je me suis rendu compte que beaucoup d’entre elles étaient passées par des foyers. Ça s’inscrivait dans la continuité de mon travail, un documentaire et un court métrage sur un jeune de foyer. Au départ, ce n’était peut-être pas conscient, mais je sais aujourd’hui qu’à la base d’un projet, il y a toujours pour moi une exigence documentaire." 

    CASTING SAUVAGE DE LONGUE DURÉE

    A l'instar d'un Kim Chapiron qui avait procédé de la sorte avec le film carcéral Dog Pound (2010), Jean-Bernard Marlin a choisi de faire appel à des acteurs non-professionnels. Le casting de Shéhérazade a duré près de huit mois, jusqu’à fin août 2017 - alors que le tournage démarrait en septembre. Le réalisateur et la directrice de casting Cendrine Lapuyade ont effectué des recherches dans tous les quartiers de la ville pour dénicher les comédiens, en passant par les foyers et les sorties de prison. Certains des acteurs venaient de terminer leur peine et avaient encore des jugements en cours pendant le tournage... Il y en a même un que Jean-Bernard Marlin allait chercher tous les matins en centre de détention, une prison pour les longues condamnations.

    Ad Vitam

    DYLAN ET KENZA, ISSUS DES QUARTIERS DÉFAVORISÉS

    Dylan Robert, le comédien principal de Shéhérazade, est très proche de Zachary, son personnage. Jean-Bernard Marlin l'a rencontré juste après sa sortie de l’Etablissement pénitentiaire pour mineurs de Marseille, le même que celui que l’on voit dans le film. Il indique : "Quand il sort de prison au début du film, il « rejoue » donc ce qu’il a vécu vraiment dans la vraie vie, trois mois auparavant, avec les mêmes surveillants de l’administration pénitentiaire... Avec les autres acteurs, j’ai recherché de la même façon cette coïncidence entre le réel et le scénario du film. Du coup, beaucoup d’acteurs jouaient leur propre rôle, y compris les avocats et les éducateurs que cela amusait beaucoup. La juge est jouée par une avocate."

    Caster le personnage de Shéhérazade s'est avéré plus compliqué. Comme il s'agit d'un rôle de composition, Jean-Bernard Marlin devait trouver une fille qui accepte de jouer une prostituée et qui l’assume une fois le film diffusé. Le réalisateur a d'ailleurs dû expliquer à tout le monde, notamment aux parents, ce que ce rôle impliquerait. Il précise : "J’ai trouvé Kenza Fortas dans le quartier de la Belle de Mai, elle est passée par un foyer elle aussi, comme beaucoup des filles qui traînent à la Rotonde. Les autres filles sont plus âgées, je voulais un personnage qui n’ait pas encore été abîmé par cette vie. Aujourd’hui, Kenza a 17 ans. Elle était déscolarisée, mais depuis le film elle a commencé un CAP « seconde chance »."

    Shéhérazade : "Etre au plus juste et au plus près du réel"

    Dylan Robert et Kenza Fortas se connaissent depuis qu’ils ont 10 ans. Ce sont des enfants de la Belle de Mai, un des quartiers les plus défavorisés de Marseille. Ils étaient amoureux à l’époque et se sont retrouvés sur le tournage de Shéhérazade. Dylan avait été incarcéré pour les délits que son personnage raconte dans le film et c'est l'une des raisons pour lesquelles les deux adolescents se sont perdus de vue. Jean-Bernard Marlin termine : "Je lui ai dit de se servir de son passé, de choses personnelles pour nourrir le personnage. Je voulais une véracité du langage, des gestes, des expressions, du comportement. Il est d’origine irakienne et tunisienne, il s’appelle Dylan Robert ! Il vient d’avoir 18 ans."

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