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    Shéhérazade : fait divers, casting sauvage... Une plongée réaliste dans la délinquance à Marseille
    Par Laurent Schenck — 5 sept. 2018 à 14:00
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    Plongée aussi fascinante qu'inquiétante dans les quartiers populaires marseillais, "Shéhérazade" sort aujourd'hui en salles. L'occasion de revenir sur la conception particulière de ce film très réaliste.

    UN FAIT DIVERS COMME POINT DE DÉPART

    Remarqué au dernier Festival de Cannes, le drame Shéhérazade est le premier long métrage de Jean-Bernard Marlin, qui avait auparavant signé deux courts : La Fugue et La Peau dure. C'est un fait divers survenu dans la cité Phocéenne en 2013, centré sur un petit proxénète, qui a servi de point de départ au scénario du film : un adolescent de 16 ans en fugue a été arrêté dans un hôtel de passe du centre-ville où il vivait avec deux filles prostituées de son âge… Le metteur en scène explique :

    "Pendant plusieurs mois, ils vivent de l’argent de la prostitution. On l’accuse de proxénétisme. Eux, ils vivent une histoire d’amour. C’était assez violent entre eux, il y avait des coups échangés. Mais les protagonistes l’identifiaient bien comme une histoire d’amour. Cette histoire, je l’ai rencontrée plusieurs fois dans la rue, à Marseille. J’ai vu des jeunes filles prostituées se battre et tenter de survivre sur le trottoir pendant que leur copain était en galère. Certaines leur ramenaient même de l’argent en prison."

    Ad Vitam
    Dylan Robert et Kenza Fortas
    IMMERSION DANS UN QUARTIER MARSEILLAIS

    L'objectif central qu'avait Jean-Bernard Marlin était de faire en sorte que Shéhérazade, se déroulant dans les quartiers populaires de Marseille, soit le plus authentique possible. Plusieurs choses ont donc été faites pour y parvenir. Parmi elles, l'immersion du cinéaste dans le quartier de la Rotonde (où il a grandi) pendant plus de six mois en compagnie de jeunes prostituées (entre 16 et 24 ans) qu'il a observées et écoutées. Il se rappelle :

    "Elles vivent dans des chambres d’hôtel du quartier. J’ai observé leur vie dans la rue, je leur ai demandé de me parler de leur vie amoureuse. Je me suis rendu compte que beaucoup d’entre elles étaient passées par des foyers. Ça s’inscrivait dans la continuité de mon travail, un documentaire et un court métrage sur un jeune de foyer. Au départ, ce n’était peut-être pas conscient, mais je sais aujourd’hui qu’à la base d’un projet, il y a toujours pour moi une exigence documentaire." 

    CASTING SAUVAGE DE LONGUE DURÉE

    A l'instar d'un Kim Chapiron qui avait procédé de la sorte avec le film carcéral Dog Pound (2010), Jean-Bernard Marlin a choisi de faire appel à des acteurs non-professionnels. Le casting de Shéhérazade a duré près de huit mois, jusqu’à fin août 2017 - alors que le tournage démarrait en septembre. Le réalisateur et la directrice de casting Cendrine Lapuyade ont effectué des recherches dans tous les quartiers de la ville pour dénicher les comédiens, en passant par les foyers et les sorties de prison. Certains des acteurs venaient de terminer leur peine et avaient encore des jugements en cours pendant le tournage... Il y en a même un que Jean-Bernard Marlin allait chercher tous les matins en centre de détention, une prison pour les longues condamnations.

    Ad Vitam
    DYLAN ET KENZA, ISSUS DES QUARTIERS DÉFAVORISÉS

    Dylan Robert, le comédien principal de Shéhérazade, est très proche de Zachary, son personnage. Jean-Bernard Marlin l'a rencontré juste après sa sortie de l’Etablissement pénitentiaire pour mineurs de Marseille, le même que celui que l’on voit dans le film. Il indique : "Quand il sort de prison au début du film, il « rejoue » donc ce qu’il a vécu vraiment dans la vraie vie, trois mois auparavant, avec les mêmes surveillants de l’administration pénitentiaire... Avec les autres acteurs, j’ai recherché de la même façon cette coïncidence entre le réel et le scénario du film. Du coup, beaucoup d’acteurs jouaient leur propre rôle, y compris les avocats et les éducateurs que cela amusait beaucoup. La juge est jouée par une avocate."

    Caster le personnage de Shéhérazade s'est avéré plus compliqué. Comme il s'agit d'un rôle de composition, Jean-Bernard Marlin devait trouver une fille qui accepte de jouer une prostituée et qui l’assume une fois le film diffusé. Le réalisateur a d'ailleurs dû expliquer à tout le monde, notamment aux parents, ce que ce rôle impliquerait. Il précise : "J’ai trouvé Kenza Fortas dans le quartier de la Belle de Mai, elle est passée par un foyer elle aussi, comme beaucoup des filles qui traînent à la Rotonde. Les autres filles sont plus âgées, je voulais un personnage qui n’ait pas encore été abîmé par cette vie. Aujourd’hui, Kenza a 17 ans. Elle était déscolarisée, mais depuis le film elle a commencé un CAP « seconde chance »."

    Shéhérazade : "Etre au plus juste et au plus près du réel"

    Dylan Robert et Kenza Fortas se connaissent depuis qu’ils ont 10 ans. Ce sont des enfants de la Belle de Mai, un des quartiers les plus défavorisés de Marseille. Ils étaient amoureux à l’époque et se sont retrouvés sur le tournage de Shéhérazade. Dylan avait été incarcéré pour les délits que son personnage raconte dans le film et c'est l'une des raisons pour lesquelles les deux adolescents se sont perdus de vue. Jean-Bernard Marlin termine : "Je lui ai dit de se servir de son passé, de choses personnelles pour nourrir le personnage. Je voulais une véracité du langage, des gestes, des expressions, du comportement. Il est d’origine irakienne et tunisienne, il s’appelle Dylan Robert ! Il vient d’avoir 18 ans."

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    Commentaires
    • Hareng rouge
      c'est quoi ces gens bronzer avec leur survet degeu et leur perruque de dylan
    • Alex A.
      A part des comedies et des films sur les cités et des emissions de cuisine/appartement a vendre, les français savent faire autre chose ?
    • max270893
      T'imagines bien que je ne t'ai pas tout citer hein ?
    • -Nomade-
      Non mais attends : c'est toi qui vient balancer des généralisations, te plains pas si je te réponds sur le même registre...ÉVIDEMMENT que le ciné US peut aussi faire de très bons films, encore heureux, ce serait vraiment dramatique...De la même manière que le ciné Français, même social, peut faire des films exceptionnels.Et au passage, j'ai adoré BR 2049
    • Bob Arctor
      C'est marrant, un autre news d'aujourd'hui sur ce site, c'est que Blade Runner 2049 passe à la télé ce soir. Voilà bien l'exemple-type du film pop-corn, formaté, pour nous abrutir, qui ne dit rien, etc.Ben oui, forcément puisque c'est un film de SF...Tes généralisations sur le genre fantastique sont d'une très grande bêtise, et en même temps, tellement représentatives de la mentalité étriquée du cinéma français...
    • -Nomade-
      Ça c'est une rengaine qui m'énerve vaguement...Je sais pas trop d'où ça vient, un espèce d'anti-intellectualisme un peu primaire, qui consiste à dire oh làlà, ça manque de pop-corn !, en gros...Le cinéma Français a dans l'ensemble une production assez fournie, et fait un peu de tout: du polar, de la comédie, du film noir, du drame social, du film d'époque, etc.La comparaison que sous-entend ce type de critique est évidemment avec le cinéma US. Sauf que les deux industries ne jouent pas du tout dans la même cour niveau budgets, ce qui autorise l'une à faire des films, souvent nullissimes faut bien l'admettre, mais qui plaisent, parce qu'ils ne font pas mal au crâne, n'engagent à rien, ne disent rien.Alors que l'autre, forcément, ne peut pas rivaliser (ou rarement, et maladroitement en général) avec ce type de produit grand spectacle.Et, pour ma part, c'est tant mieux : on a déjà Hollywood, pour nous abrutir avec ces produits aussi formatés qu'inoffensifs, ça suffit, pour moi.Et puis, c'est malhonnête, comme critique, parce que le film de type drame social a beau être effectivement proche d'un réel qui ne fait pas toujours rêver, le propre du cinéma est de le présenter de telle façon qu'on puisse rêver avec, justement. Ou réfléchir. Ou s'émouvoir.Ce qui vaut bien un film pop-corn, pour moi.Le rôle du cinéma n'est pas que de faire du bruit avec des images en Imax...
    • Bob Arctor
      Grave en 2016, Seuls en 2017, Dans la brume en 2018 : ouais, un film par an ! En effet on a de quoi faire.
    • max270893
      Seuls, Grave (bon plus horreur que fantastique c'est vrai), Dans la brume, etc... Si on s’intéresse un peu, il y a eu de quoi faire en film fantastique (ou même en comédie fantastique qui sont de plus en plus courantes)
    • Bob Arctor
      J'aime bien ton aussi. Hors comédie, 99.999 % des films français sont des films parlant de la réalité.Ce serait sympa que de temps en temps, il y ait aussi des films fantastiques.
    • max270893
      Il n'y a pas que les films fantastiques dans la vie... Les films parlant de la réalité sont aussi importants...
    • Bob Arctor
      Ouais, on va dire que c'est à cause de ça.N'empêche, si la vraie Shéhérazade avait raconté des histoires sociales ultra-réalistes au sultan, sans le moindre sens du fantastique et de l'aventure, ça m'étonnerait qu'elle aurait réussi à tenir mille et une nuits. Dès le lendemain de la 1ère nuit, elle se serait faite zigouiller...
    • -Nomade-
      On ne peut pas tous avoir des rêves de droite...
    • Bob Arctor
      Ah, enfin un film français qui va nous faire rêver ! Euh...ah, bah non en fait, fausse alerte.
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