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Tidelands, Siren : pourquoi les sirènes ont-elles le vent en poupe ?
Par Guillaume Nicolas (@gehenne) — 14 déc. 2018 à 20:00
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Avec les sorcières, les sirènes retrouvent le devant de la scène. Longtemps absentes du paysage, les créatures mythologiques se découvrent une nouvelle visibilité. Fruit du hasard ? L’actualité favorise leur retour.

Jasin Boland/Netflix

Dans une industrie aussi importante que la télévision, sommée de toujours produire plus de contenus, trouver deux séries traitant du thème des sirènes pourrait relever du hasard. Quelques années plus tôt, il aurait même été fort peu probable que l’on remarque cette proximité : l’une est produite aux Etats-Unis, l’autre en Australie. Mais la diffusion des séries s’étant largement internationalisée, il est aujourd’hui possible de voir figurer sur les calendriers sériels, deux oeuvres aussi géographiquement éloignées et de voir dans cette petite récurrence de quoi susciter la curiosité.

De la tentatrice d’Ulysse à La Petite Sirène

On peut distinguer deux origines de sirènes : une version antique que l’on retrouve dans l’Odyssée d’Ulysse (elles prennent la forme de créatures mi-femmes, mi-oiseaux) ; une version scandinave qui a marqué l’imaginaire collectif avec ses hybrides à queue de poisson. En langue de Shakespeare, la distinction est faite par l’emploi de deux termes distincts : « siren » (version antique) et « mermaid » (version scandinave), que ne respecte pas la série américaine Siren puisqu’il est question de... Mermaids. Dans les deux versions, elles sont synonymes de mauvais présages, de tentatrices conduisant les hommes à leur perte. Les écailles de poisson ont fini par devenir des écailles de serpent au fil des représentations, la rapprochant du reptile biblique venu corrompre Eve avec sa pomme. De quoi alimenter des décennies de diabolisation, avec comme focal : les femmes. C’est avec le conte d’Andersen La Petite Ondine, son adaptation par Disney ou Splash de Ron Howard avec Daryl Hannah et Tom Hanks, qu’on a fini par les assimiler à de gentilles et inoffensives créatures. 

L’Australie qui a semble-t-il fait de la sirène un genre national (H2O et son spin off Mako MermaidsOcean Girl et aujourd’hui Tidelands), n’avait offert jusqu’à présent que des versions édulcorées dans des séries familiales. Les sirènes circa 2018 sont moins dociles et passives qu’Ariel et ne se définissent plus par une quête du prince charmant. L’antagonisme avec les hommes est célébré de façon plus politique et intervient à une époque post #MeToo qui entend éveiller les consciences sur la condition des femmes et une société viriarcate. Il y avait peu de chances que l’industrie du spectacle et particulièrement Hollywood passe à côté du mouvement. Et difficile de ne pas rapprocher les sirènes des récentes exploitations des sorcières que l’on retrouve dans plusieurs séries (les remakes de Charmed et Sabrina).

Freeform/Sergei Bachlakov


Symboles du féminisme

Sorcières comme sirènes symbolisent l’idée de sororités, « qui permettent non seulement de communier autour de croyances voisines, mais également de se sentir plus fortes pour lutter ensemble »*. Les mouvements féministes se sont emparés du sujet dès les années 70, jusqu’à créer un branche de réflexion intitulée Witch Studies. Pour Xavière Gauthier, qui fonda la revue Sorcières en 1975, elle est une rebelle, une femme révoltée, créative, politique et en lutte contre le patriarcat. Un portrait qui correspond également à l’idée que l’on peut se faire des sirènes. Ces deux formes littéraires traduisent un féminisme allégorique. 

En effet, que ce soit dans le remake de Charmed où le « le pouvoir des trois » entend faire résonner la voix d’un féminisme militant ou dans Tidelands qui présente une société matriarcale, ces séries soulignent la capacité de la pop culture à s’emparer des bouleversements de la société. Evidemment, Hollywood n’est pas philanthrope et voit surtout dans cette émergence, un nouveau marché à conquérir. De l’exploitation à but lucratif. Avec Une Île (diffusée prochainement sur Arte), la France possédera également sa représentante. Pourtant prudente dès qu’il s’agit de s’aventurer dans le fantastique, la fiction hexagonale va trouver dans le mythe de la sirène une façon de mêler le politique et l’écologie. Au-delà des éventuelles réussites publiques et artistiques, s’installent des oeuvres qui ont pour vocation de montrer une représentation des femmes autrement que par un prisme victimisant. Sorcières (Charmed, Sabrina) ou sirènes (Tidelands, Siren, Une Île), le fantastique sert d’allégorie aux luttes féministes et de vitrine à un empowerment au féminin. Attention toutefois à traiter ces thématiques avec le bon curseur, il ne s’agit pas de perpétuer quelques figures archaïques mais de se nourrir de l’imaginaire pour repenser le présent. Tout l’intérêt est là.

* http://www.slate.fr/story/155654/sorcellerie-feminisme

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