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Les Confins du monde : "Guillaume Nicloux n'a pas peur de se planter", affirment Guillaume Gouix et Lang-Khê Tran
Par Propos recueillis par Maximilien Pierrette à Cannes le 11 mai 2018 — 5 déc. 2018 à 05:15
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Sortis de la jungle dans laquelle Guillaume Nicloux les a plongés, Guillaume Gouix et Lang-Khê Tran reviennent sur "Les Confins du monde", une expérience sur le tournage et pour le spectateur.

De la Vallée de la Mort aux États-Unis à l'Indochine de 1945, il n'y a visiblement qu'un pas pour Guillaume Nicloux. Trois ans après s'être frotté à la Compétition cannoise, c'est à la Quinzaine des Réalisateurs que le metteur en scène a fait son retour sur la Croisette avec un "film de guerre psychologique", comme le précise l'actrice Lang-Khê Tran à propos des Confins du monde, son premier long métrage, dans lequel elle donne la réplique à Gaspard Ulliel et Guillaume Gouix. Et c'est aux côtés de ce dernier qu'elle revient sur l'expérience.

"Les Confins du monde" fait partie de ces films difficiles à résumer en peu de mots. Guillaume Nicloux est-il parvenu à le faire au moment de vous le présenter ?
Guillaume Gouix : Ah non, il ne définit rien lui. Il aime bien le secret. C'est un peu fantasmagorique et je trouve que c'est un peu sur les coulisses de la guerre en fait. Sur l'horreur, mais sans action, coup de feu ou posture de film de guerre dont on a l'habitude. Ça va des bordels à la drogue, à la jungle, à la moiteur, aux insectes, aux branlettes dans les dortoirs, aux corps démembrés. Je trouve qu'il arrive à montrer tout cela de manière très crue et très poétique en même temps. Il montre les coulisses et la peur de ces gens-là, le fait que ça n'est pas normal d'être là.

Je n'ai jamais vécu la guerre, mais j'imagine que ça doit ressembler à ça la plupart du temps : une espèce d'attente horrible, sans vraiment savoir ce que l'on attend. A l'époque du film, il s'agissait d'appelés, car les militaires n'étaient pas tous de carrière. Ces mecs n'avaient rien à faire là, ils étaient complètement flippés et trop jeunes pour être là.

Est-ce un rôle effrayant pour un premier au cinéma, car ça n’est pas le plus facile pour commencer ?
Lang-Khê Tran : Je n’avais pas trop d’attentes, car je n’avais jamais tourné dans un film avant. J’y suis un peu allée tête baissée, et c’est pour ça que j’ai réussi à faire les choses sans trop me poser de questions ou avoir de craintes. Même si j’étais impressionnée de jouer face à Gérard [Depardieu], ça s’est super bien passé.

Guillaume Nicloux montre les coulisses et la peur de ces gens-là, le fait que ça n'est pas normal d'être là.

Y a-t-il un élément qui vous a plus fasciné qu’un autre sur ce projet ?
Guillaume Gouix : Moi c’est surtout Guillaume Nicloux qui donne super envie, je trouve. C’est un cinéaste tout le temps surprenant, tout le temps dans la recherche. On ne sait jamais où il va nous emmener quand on est spectateur car, d’un film à l’autre, il passe d’une comédie avec Houellebecq à Depardieu et Huppert dans le désert puis à un film tourné en dix jours dans la forêt de Fontainebleau [The End, ndlr]. Il me fascine complètement, puis le scénario m’a plu car on y retrouvait déjà le côté elliptique du film, ce rythme très étonnant.

Il y a effectivement des coupes assez brutes dedans, quand on passe d’une saison à l’autre : ça coupe presqu’au milieu d’une action.
Guillaume Gouix : Oui c’est tout son charme. C’est un cinéaste qui tente, qui essaye. Et là je trouve qu’il réussit en plus, mais il n’a pas peur de se planter donc il ne fait rien de tiède. Tout est un parti pris radical.

S’il ne définit pas grand-chose, comment est-il avec ses acteurs ? Il accompagne beaucoup ou reste en retrait ?
Guillaume Gouix : C’est un mélange.
Lang-Khê Tran : Il parle quand c’est nécessaire. Mais pas trop non plus, il laisse faire.
Guillaume Gouix : Il aime bien le secret, les zones d’ombre. Il en laisse car il a quand même envie qu’il y ait la possibilité de tous se surprendre sur un plateau. Il laisse aussi des parts de mystère et ne donne pas de psychologie aux personnages. Il préfère donner un contexte. Il ne nous a pas donné de documents, car il ne s’agit pas d’un documentaire. Nous nous sommes bien sûr renseignés sur cette guerre, mais ça n’est pas un film réaliste. Il fallait laisser de la place pour être dans la tête de Tassen [joué par Gaspard Ulliel, ndlr], dans ses fantasmes et sa poésie.

Maximilien Pierrette / AlloCiné
Lang-Khê Tran et Guillaume Gouix pendant le Festival de Cannes 2018

Comment vous êtes-vous plongés dans la tête des vôtres, pour atteindre cette folie qui gagne chacun des personnages ?
Lang-Khê Tran : Les conditions de tournage au Viêtnam étaient déjà très compliquées, Gaspard et Guillaume ont dû beaucoup maigrir pour le film aussi.
Guillaume Gouix : Oui, il y avait tout pour y croire, comme quand on joue aux cow-boys à la récré. Si ce n’est qu’on est regardé par un génie et pas par le pion (rires) Il faisait moite, on pesait dix kilos de moins chacun et avec ces gueules-là… C’était facile d’y croire. C’était bien écrit et pensé. Et je ne sais pas comment Guillaume fait, mais il arrive à pousser les acteurs dans des choses, des états un peu extrêmes : ça va des scènes de larmes aux scènes de drogue, et il arrive à amener l’âme tout en douceur.

Y a-t-il une scène qui a été particulièrement éprouvante ?
Guillaume Gouix : Pour moi c’était sur une semaine de tournage. La nuit dans la jungle, quand on est dans le village et qu’on se défonce à l’opium, qu’on est criblés de balles et qu’on se retrouve un peu perdus dans cette jungle, de nuit, à moitié défoncés. Ça c’était un sacré truc. Et comme on a tourné sur une semaine, et qu’il y a une continuité directe dans le film, il fallait retrouver cet état de transe bizarre tous les soirs. Tout le tournage était une aventure. Il a duré sept semaines, ce qui est la moyenne d’un film français. Mais pour un film français tourné dans la jungle au Viêtnam, c’est quelque chose.
Lang-Khê Tran : Oui et c’était la jungle tout en haut des montagnes, pas la petite avec la route à côté.

Propos recueillis par Maximilien Pierrette à Cannes le 11 mai 2018

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