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Hippocrate - Thomas Lilti : "Je voulais raconter l'hôpital comme un raccourci entre la vie et la mort, le raccourci ultime"
Par Jean-Maxime RENAULT (@J_M_Renault) — 3 déc. 2018 à 18:45
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La série médicale "Hippocrate" poursuit sa diffusion ce lundi soir sur Canal + avec les épisodes 3 et 4. Son créateur et réalisateur Thomas Lilti revient sur le film qui l'a inspirée, sur ce qu'il voulait raconter, sur ses références sérielles..

Denis Rouvre / Canal+

AlloCiné : Est-ce que c'est vous qui vous êtes dit que votre film Hippocrate ferait une bon point de départ pour une série ou est-ce qu'on vous l'a soufflé ?

Thomas Lilti , créateur et réalisateur d'Hippocrate : Avant même de faire le film, j'envisageais de faire une série Hippocrate. Et puis c'est devenu un film parce que j'ai rencontré des producteurs de cinéma, que j'en avais déjà fait un et que l'idée leur plaisait, là où les chaînes de télé n'étaient pas intéressées. Quand j'ai terminé le film, j'avoue l'avoir entendu, et au fond c'est quelque chose que je me suis dit aussi : j'avais envie de raconter encore plus d'histoires sur l'hôpital, l'institution, mais aussi sur ce que c'est d'être un jeune médecin interne, le rapport à la mort et à la vie, les premières responsabilités. Je sentais que j'avais encore plus de choses à raconter. La légitimté que m'avait apporté le film m'a permis d'en faire une série, en gardant le même ton.


Est-ce qu'il a été question de reprendre les personnages du film ?
Oui, on s'est tous posé la question, et on a tous été très vite d'accord qu'il fallait mieux partir sur de nouveaux personnages parce que même si les sujets sont les mêmes, l'idée ce n'était pas de refaire le film. Ce qu'il y a de commun avec le film, c'est le plus important : le ton, l'univers, le romanesque. On me dit souvent que je fais du cinéma réaliste, mais moi ce qui me plaît c'est d'avoir des personnages qui sont des héros romanesques, au sein d'un univers réaliste. J'ai envie que l'on puisse s'identifier à eux parce qu'ils sont proches de nous, contemporains.


Quelles étaient vos références en matière de séries médicales avant de vous lancer ?

J'ai fait mes études de médecine en plein pendant la période d'Urgences, dans les années 90, et elle a marqué toute une génération, notamment une génération de jeunes médecins parce que c'était la première série médicale qui donnait un sentiment d'ultra-réalisme, de montrer les gestes médicaux, les intubations, les massages cardiaques... Il y avait aussi une vraie réflexion intellectuelle, thérapeutique. C'est sûr que ça m'a influencé. Les autres séries, je les ai vues, je les ai bien aimées en général, en particulier Dr House, même Grey's Anatomy. Mais je préfère d'autre types de séries que les médicales en vérité.

Pourquoi ça a l'air si compliqué de faire une série médicale en France ? Toutes nos références sont américaines...

Peut-être parce que les tentatives françaises n'ont pas été faites par les bonnes personnes, parce qu'ils n'ont pas trouvé le bon angle, parce que souvent ils ont voulu parler de l'hôpital comme d'une sorte d'arène mais qu'il ne fallait pas rendre trop anxiogène, parce que c'était un prétexte pour parler d'autre chose, que ce soit des histoires d'amour ou des histoires policières, des choses qui décalent la problématique. Moi ce que je voulais raconter c'est le soin, ce que c'est de soigner les gens; raconter l'hôpital comme un raccourci entre la vie et la mort, le raccourci ultime. A l'hôpital, la mort c'est le quotidien, la mort c'est la norme. Les gens meurent à l'hôpital, c'est le cas de 90% de la population française je crois. Quand on parle de la mort, on parle forcément de la vie aussi. 

Hippocrate la série, c'est presque une mission de service public. C'est étonnant qu'elle soit sur Canal + et non sur France 2...

Canal m'a apporté surtout de la liberté, beaucoup de liberté, du casting à la direction artistique. Ils m'ont fait une grande confiance, ils croyaient en mon univers. Mais peut-être que ça se serait passé de la même manière avec le service public. J'aurais peut-être fait la même série. Quand j'ai dit à Canal que je voulais montrer un hôpital ré aliste, avec tous ses dysfonctionnements, avec son côté insalubre, ils m'ont dit d'y aller sans héstation. Je n'ai pas eu besoin de présenter le projet ailleurs.


Le dispositif de la quarantaine, qui n'était pas dans le film, vous l'avez ajouté dans quel but ?

J'avais envie de renforcer les enjeux, j'avais envie de montrer aussi à quel point l'interne est seul. J'ai cherché un moyen romanesque de raconter ça, et j'ai eu envie de prendre l'idée au pied de la lettre : il est vraiment seul, il n'y a plus de médecins titulaires. Il fallait un pourquoi. J'aurais pu choisir un accident d'avion où ils sont tous morts en rentrant d'un colloque; j'ai préféré une mise en quarantaine.

Hippocrate sur Canal + : et si c'était la meilleure nouvelle série française de l'année ?


Comment créé-t-on du romanesque sans forcément tomber dans le soap, au-delà du dosage ?

Il y a un peu de soap dans la série, il y a un peu de comédie aussi; j'ai confiance en mes personnages, chacun est dans l'engagement. Et c'est ça qui fait la différence. Ils ne sont pas engagés dans leurs histoires sentimentales, ils sont engagés dans la passion de leur métier, et finalement on voit peu la jeunesse de cette façon. Souvent on nous la montre désabusée, ne s'intéressant à rien, pas motivée, pas cultivée... C'est faux. La majorité des gens sont passionnés par ce qu'ils font. Ils étudient, ils se ratent parfois, ils ne se découragent pas... c'est ça que j'ai envie de montrer et c'est ça qui est romanesque. Et c'est politique aussi, ça va à l'encontre des idées reçues.


Les personnages de vos films et les enjeux sont très rapidement posés en général. Dans la série, ils se dévoilent plus lentement, on les découvre peu à peu. C'était indispensable pour que ça fonctionne sur la longueur ?

Je me suis surtout attaché au rythme et j'ai choisi de ne pas faire d'exposition. Les internes sont directement plongés dans la quarantaine, elle a déjà commencé. Les personnages sont racontés à travers l'action, et on les découvre au fil de ces actions, progressivement, au fil des épisodes. Ce sont les situations qui font avancer les choses, toujours.


Le générique est très réussi, quel était votre intention ?

J'avais envie de montrer des soignants face à des soignés, des médecins face à des patients, et ça, on peut avoir les meilleurs moyens du monde, ce lien-là est irremplaçable. C'est un échange, où le patient donne aussi quelque chose, de l'affection, de la reconnaissance... Et je voulais que ça speede, d'où ces images très rapides. Bien montrer qu'on n'est pas dans une série molle, contemplative, elle peut avoir des moments de chronique, mais ça bouge toujours.


Vous avez déjà commencé à travailler sur la saison 2... pour la proposer le plus vite possible ?

Oui, Canal veut réduire un maximum le temps entre deux saisons. Je veux faire les choses bien, donc on prend notre temps mais il y a déjà toute une équipe d'auteurs autour de moi qui écrivent et j'espère qu'on va réussir. On va garder les 4 mêmes personnages principaux, la plupart des secondaires aussi.

Vous pensez pouvoir revenir au cinéma sans mal ensuite, sans pouvoir autant développer des univers et des personnages ?

Oui, j'adore le format long-métrage, qui forme un tout. J'aime l'idée de faire exister les personnages seulement le temps du film, que leur vie s'arrête à la dernière image et que le spectateur puisse ensuite imaginer la suite. C'est le contraire de la série où les personnages sont toujours en suspend. C'est sa force et sa différence avec le cinéma.


Vous pensez adapter d'autres de vos films en séries ?

On m'a déjà proposé d'adapter Médecin de campagne, et j'ai refusé. La médecine rurale c'est un beau sujet mais ça ne m'intéressait pas trop. Par contre Première Année ce serait un super sujet de série, sur l'université, le campus, une série d'étudiants et il n'y en a pas encore chez nous...

Propos recueillis à Paris le 18 octobre 2018

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