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Border de Ali Abassi : "C’est un peu un croisement entre Mme Bovary et L’Incroyable Hulk"
Par Emilie Schneider - Propos recueillis à Paris le 6 décembre 2018 — 9 janv. 2019 à 05:30
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À l'occasion de la sortie ce mercredi en salles de "Border", primé au dernier Festival de Cannes, rencontre avec le réalisateur suédois d'origine iranienne Ali Abbasi.

Lauréat du Prix Un Certain Regard lors de la 71ème édition du Festival de Cannes, Border suit la rencontre entre Tina, douanière à l'odorat extraordinaire capable de flairer la culpabilité d'un individu, et Vore, un homme à l'apparence aussi singulière que suspecte. 

AlloCiné : Border est une adaptation d’une nouvelle du Suédois John Ajvide Lindqvist. Comment avez-vous découvert son travail et pourquoi avoir choisi cette oeuvre en particulier ?
Ali Abbasi : En voyant le film de vampires Morse, qui est tiré de l’un de ses romans (édité en France sous le titre Laisse-moi entrer, ndlr). J’ai remarqué que nous avions en commun ce réalisme magique à travers lequel nous voyons le monde. Nous nous intéressons à la vie quotidienne et à ses problèmes mais d’une manière détournée.
Ce qui m'a plu dans cette histoire, c'est la tension entre l’intériorité du personnage, ses sentiments, son anxiété sociale et l’aspect fantastique auquel le personnage se rattache. J’aime dire en plaisantant que c’est un peu un croisement entre Mme Bovary et L’incroyable Hulk.

Vous avez écrit le scénario en collaboration avec John et Isabella Eklöf. Comment s’est déroulé le processus ?
John a écrit le premier jet en transposant basiquement sa nouvelle en scénario. Isabella et moi l’avons ensuite étoffé en ajoutant de nouveaux éléments. C’était un vrai challenge car d’habitude je travaille à partir de mon propre matériel et là, il fallait que je comprenne la logique de quelqu’un d’autre. La contribution d’Isabella a été précieuse, elle m’a beaucoup aidé sur l’histoire d’amour en la rendant plus tangible. J’avais peur que ça sonne trop romantique et niais.

Border est une histoire d'amour qui questionne les notions de différence et d'identité tout en interrogeant le genre fantastique par son approche réaliste d'un mythe. Comment décririez-vous votre film ?
C’est une histoire sur des gens moches. C’est le cœur émotionnel du film pour moi. Évidemment, on suit Tina dans son parcours, sa quête d’identité mais ce qui résonne vraiment en moi, c’est avant tout l’histoire d’amour.

 

Le film repose sur Eva Melander et Eero Milonoff qui portent tous les deux un maquillage prosthétique imposant.
Ça m’a pris 1 an et demi pour trouver les bons comédiens. Au début je m’inquiétais beaucoup en me disant qu’il fallait que je trouve des comédiens qui soient laids, gros, … mais je me suis rendu compte qu’il serait beaucoup trop compliqué de trouver quelqu’un qui colle physiquement au rôle puis de lui apprendre à jouer. Assez tardivement dans le processus, j’ai décidé de trouver les meilleurs acteurs possibles et ensuite seulement de m’occuper de leur apparence et de les transformer. Et c’est ce qui s’est passé. Le maquillage était très contraignant mais ça les a aussi aidés d’avoir cet outil avec lequel travailler. Je ne peux pas imaginer Border sans Eva et Eero, le film serait totalement différent.

Votre précédent et premier film, Shelley, est un film d’horreur. Avec Border, vous vous frottez au fantastique. Pourtant, vous citez Chantal AkermanLuis Buñuel et Federico Fellini parmi vos références. Vous considérez-vous comme un réalisateur de films de genre ?
Je ne m’en préoccupe pas plus que ça. Je pense que je suis chanceux de faire les films que je fais et j’ai trouvé ma place dans un système. Ça ne me dérange pas d’être un réalisateur de genre mais je ne veux pas non plus en être un à tout prix, tant que je fais ce que je veux. L’étiquette qu’on veut y mettre est plus une question de marketing. Ce qui m’intéresse dans le genre, c’est qu’on peut sortir du drame conventionnel que je trouve assez ennuyeux pour tout dire. Il y a une tradition dans la culture européenne de se concentrer sur les problèmes de la classe moyenne bourgeoise. Ce n’est pas une mauvaise chose mais ça ne m’intéresse juste pas. Le genre, c’est une manière d’en échapper.

Wild Bunch Germany

Vous étiez écrivain auparavant. Pourquoi vous êtes-vous tourné vers le cinéma ?
Je me suis aperçu que l’une des choses qui m’intéresse le plus c’est l’atmosphère, l’intériorité d’un personnage, ses pensées, des choses sur lesquelles il est difficile de mettre des mots. Et le cinéma en est le médium idéal. Il se situe entre la littérature et la musique pop. Il tient de cette dernière cette universalité, cette capacité à capter les gens. Beaucoup de personnes fredonnent en boucle des chansons aux paroles stupides qu’elles ne comprennent pas mais ça ne veut pas dire pour autant qu’elles n’en ressentent pas les émotions. Le cinéma a de ça, mais il tient aussi de la littérature pour l’expérience intellectuelle qu’il peut offrir. C’est cette tension qui me plaît.

Comment cette expérience passée sert-elle votre carrière de réalisateur ?
C’est compliqué à dire... Je devrais être bon en intrigue mais je ne le suis pas tant que ça en fait… Disons que c’est plus facile d’articuler ce que je veux raconter, je suis habitué à suivre une structure. Mais ça ne veut pas dire pour autant que je suis un bon conteur. Je ne me vois pas d’ailleurs comme un conteur mais comme un réalisateur et je pense qu’il y a une énorme différence. Je n’enchante pas les gens par mes récits, mon cinéma repose plutôt sur des choses dont on ne parle pas. Je n'emprunte pas le même parcours quand j’écris un roman et un film.

Vous êtes installé en Suède mais êtes originaire d'Iran. Voudriez-vous y faire du cinéma ?
J’adorerais, je travaille d’ailleurs sur un projet basé sur l’histoire vraie d’un serial-killer, le plus connu d’Iran en fait. Il a tué environ 16-17 femmes en un an. Mon film parle d'un vétéran de guerre qui devient fou et s’imagine être mandaté par Dieu pour nettoyer les rues de la prostitution.
L’Iran est un pays génial pour faire des films, il y a beaucoup de talents et de possibilités. Mais il y a bien sûr des restrictions politiques et religieuses qui peuvent autant nourrir un projet que le tuer. J’essaie de naviguer au milieu de tout ça et de faire quelque chose qui puisse entrer dans ce cadre.

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