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Blanche Neige, Belle, Raiponce, Elsa, quelle évolution pour les héroïnes Disney ?
Par Guillaume Nicolas (@gehenne) — 20 févr. 2019 à 20:00
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Ralph 2.0 met un coup de projecteur sur les princesses à l'occasion d'une séquence déjà culte. L'occasion de revenir sur l'évolution des héroïnes dans l'animation américaine.

2018 Disney. All Rights Reserved

Ralph, premier du nom, était aussi une histoire de couple. Le personnage éponyme et Vanellope ou Félix et Calhoun (le couple antagoniste qui allait porter secours au duo vedette). L’amitié d’un côté, la romance de l’autre. Et dans les deux cas, des héroïnes qui ne se laissent pas démonter face à l’action et qui n’entendent pas jouer les demoiselles en détresse. Dans Ralph 2.0, il faudra aussi compter sur Shank (héroïne du jeu de course Slaughter Race, elle aidera Vanellope dans ses aventures) pour venir secouer les choses. C’est aussi cela, l’animation américaine. Une évolution notable dans la représentation des femmes, plus en phase avec son époque.

Pour la première fois dans un film d’animation, toutes les princesses Disney, de Blanche Neige à Elsa, sont réunies. Une sororité royale qui va s’amuser à démonter les poncifs que l’on retrouve régulièrement dans leurs films. Une séquence qui pose la question : qu’est ce qu’une princesse, aujourd’hui ? Pamela Ribon, co-scénariste sur le film s’exprime pour Allociné : « Quand j’ai vu toutes ces princesses et toutes leurs histoires, j’ai voulu être certaine d’avoir tout compris. J’ai donc demandé quelles princesses avaient été kidnappées, lesquelles avaient été empoisonnées, et auxquelles on avait jeté un sort ». Une princesse aujourd’hui, s’habille casual, n’hésite pas à sortir les armes et se défend très bien toute seule. Hollywood aura mis du temps à s’en rendre compte mais il existe un public féminin en mal de représentation et demandeur de personnages moins uniformes, stéréotypés et caricaturaux.

Disney


« Aujourd’hui, on déchire ! »

Pendant longtemps, les héroïnes dans l’animation américaine (autant dire, chez Disney) se limitaient à la reproduction d’un vieux schéma : elles attendent que quelqu’un (de préférence un homme) vienne les sauver. Leur importance dans l’histoire était significative mais leur personnalité restait inexistante et ne suscitait aucun développement particulier. Elles subissaient les événements. Un constat sans appel pour des personnages d’un autre temps. « Toutes les héroïnes Disney sont des produits de leur époque. Les princesses créées dans les années 40 et 50 étaient la quintessence de ce que pouvait être une femme à l’époque. La fille bien qui encaisse les coups durs… et qui au final chante et est gentille. Mais on n’est plus comme ça aujourd’hui. Aujourd’hui, on déchire » dira Linda Woolverton, scénariste dans la maison aux grandes oreilles pour Associated Press.

Oui, fini les corvées, le ménage en chantant en attendant que monsieur vienne sauver ces demoiselles en détresse, place à des héroïnes qui savent prendre le taureau par les cornes. Bien sûr, il a fallu du temps, passer par plusieurs étapes. Premier indicateur du changement ? La Petite Sirène. Même si sa renommée est moins forte aujourd’hui, Ariel a provoqué quelques remous chez Disney, jusqu’à figurer une forme d’émancipation. Elle se détache de ce à quoi elle destinée. L’ombre du mâle dominant règne encore puisque l’histoire la poussera dans les bras du bellâtre local mais la marche est enclenchée. Il y a Belle également, autre histoire d’indépendance manquée où l’on montre une héroïne plus intéressée par les livres que par les hommes mais qui finit par tomber inexorablement amoureuse.

Alors vient Mulan. Déjà, Pocahontas montrait une héroïne plus physique et active, même si tout la conduit (encore) vers un simili prince charmant (selon un modèle proche de La Petite Sirène). Il n’y a pas vraiment de profil sentimental et de place à la romance chez Mulan. Elle joue au garçon, avec les garçons, un profil audacieux pour l’époque et qui le reste aujourd’hui.

The Walt Disney Company France


La révolution est venue du numérique

Le vent du changement a finalement soufflé du côté de Pixar et Dreamworks. D’un côté le rapprochement entre Disney et la boite à Toy Story a donné un coup de pouce au lancement poussif pendant les années 90 ; de l’autre, Shrek a mis un coup de pied salvateur dans la fourmilière des contes de fée traditionnels. Finies les princesses à l’ancienne qui attendent bien sagement, « elle ont évolué très nettement, elles ont davantage leur mot à dire. Ce sont souvent elles qui dirigent la manoeuvre, elles ne se laissent pas faire. Ce sont des femmes normales comme on aimerait en voir plus souvent » admet Paule Pagliano, éditrice chez Disney Hachette Edition, à Libération.

Raiponce marque un premier tournant en montrant qu’un personnage féminin peut être drôle et combative. Même son de cloche pour Rebelle, premier film Pixar à avoir une femme en personnage principal : « Mérida était conçue spécifiquement pour sortir du moule. Elle a été créée pour bouleverser l’image de la princesse Disney habituelle, pour montrer qu’elle est proche d’une vraie princesse. [...] Les princesses étaient des femmes actives, tout comme leurs pères et c’est pourquoi j’ai décidé de donner une touche de modernité » confie Brenda Chapman, scénariste et productrice de Rebelle pour A Mighty Girl.

Est ce que cela veut dire que les princesses sont remisées au placard ? Pas forcément. L’évolution des héroïnes chez Disney n’a pas indiqué que l’image de la princesse était dépassée mais que la façon de les raconter avait changé. Le public est toujours friand du sujet (voir le succès de la Reine des Neiges et l’engouement que suscite sa suite) mais surtout d’histoires plus en phase avec son époque. Et l’un des principaux motifs de ce changement est élémentaire : la présence accrue de femmes dans l’industrie. Rebelle et La Reine des Neiges ont été co-réalisés par des femmes. Jusqu’aux années 70, leur présente était quasi inexistante. En 1938, Mary V. Ford adresse un courrier pour obtenir un poste d’animatrice, la réponse sera cinglante, morceau choisi : « Les femmes ne participent en aucune manière au travail créatif lié à la préparation des dessins animés à l’écran ». En 2015, on trouvait 60% de femmes dans les écoles d’animation aux Etats-Unis et seulement 20% occupait un poste créatif au sein de l’industrie, selon les chiffres de Women in Animation. Le colossal succès de La Reine des Neiges montre que le féminisme comme l’inclusion (que ce soit devant comme derrière les écrans) ne permettent pas uniquement de briller en société mais que cette évolution est également très rentable.

Disney


Tout va bien dans le meilleur des mondes ?

Si les codes se renversent petit à petit, jusqu’à voir dans Les Indestructibles 2 l’homme au foyer et la femme sauvant le monde, tout n’est pas parfait et certains points méritent encore d’être améliorés. Deux linguistes, Carmen Fought et Karen Einsenhauer se sont penchées sur l’école Disney et montrent que la progression significative des héroïnes s’accompagne également de sorties de piste. En cloisonnant les productions sur trois périodes : classique (1937 - 1959), renaissance (1981 -1998) et actuelle (2009 - 2013), elles sont parvenues à des conclusions plus nuancées. Le temps de parole entre homme et femme était paritaire dans la période classique. Dans Pocahontas (renaissance), les hommes parlent 75% du temps. Et malgré la présence de deux héroïnes, les femmes n’ont que 45% des répliques dans La Reine des Neiges.

En revanche, les deux linguistes indiquent une évolution très nette de la nature des compliments. Dans la période classique, 55% d’entre eux parlent de beauté, quand la renaissance baisse à 38% et l’actuelle tombe à 22%. Plus on avance dans le temps, plus les femmes sont valorisées par leurs actes, leurs capacités, leur bravoure, de 11% dans la période classique à 40% dans l’actuelle. Autre point de tension et malgré la nette évolution des héroïnes Disney, leur représentation physique n’a pas beaucoup changé. Elles sont toujours représentées mince, leur silhouette s’est même amincie avec le temps.

The Walt Disney Company France


Un retard qui se comble

L’animation américaine se dirige dans le bon sens, avec une prise de conscience générale sur la nature des héroïnes. Enfin, a-t-on envie d’ajouter. Car si l’on regarde de l’autre côté du Pacifique, on se rend compte que la fiction japonaise s’est montrée plus inspirées et ce, depuis de nombreuses années. Ghost in the ShellGunnm (dont Alita est l’adaptation), les héroïnes de Hayao Miyazaki (Princesse Mononoké, Nausicaä, Chihiro, etc…) ou Takahata (Kié, Le Conte de la princesse Kaguya), autant d’exemples qui montrent la richesse et la vitalité du patrimoine nippon concernant l’animation.

En permettant aux femmes de tenir des postes importants au sein de la confection des films, Hollywood s’est ouvert à différentes sensibilités, différents points de vue, différentes approches pour les héroïnes. Il n’y a pas de recette miracle, seulement du bon sens. Aujourd’hui, si tout n’est pas encore parfait, on remarque que les petites filles possèdent de multiples sources d’identification. Qu’elles soient princesse, guerrière ou militaire ; qu’elles s’habillent en robe ou en pantalon ; qu’elles manient l’épée, le volant ou l’arc ; qu’elles cherchent ou non l’amour ; qu’elles préfèrent la compagnie ou la solitude, il n’existe plus un schéma répété ad nauseam.

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